Mosaïque d’une vie

Dans le cadre d’une challenge GGK proposé par Merkilia, je m’étais engagée à lire en plus de la trilogie de Fionavar que j’ai déjà lu il y a maintenant quelques temps, une autre « suite » à savoir La Mosaïque de Sarance qui se divise en deux tomes : Le Chemin de Sarance et Le Seigneur des Empereurs. Encore une fois je n’ai pas été déçue par cette lecture !

Comment parler de ces livres sans rien révéler de l’histoire magnifique qu’ils renferment ? Là est toute la difficulté de la critique dans ce cas là ! J’aimerai tellement vous raconter tout ce qui s’est passé, tout ce qui m’a rendu triste ou heureuse ! Mais je suis là autant pour parler du livre à ce qui l’ont déjà lu que pour en parler à des profanes de GGK. Je vais donc diviser ma critique selon les différents éléments qui composent les livres.

   Tout d’abord, les personnages. GGK a ce don inné de créer des personnages divers et attachant aussi différents soient ils les uns des autres. L’histoire est principalement contée par le regard de Caïus Crispus. On commence avec lui et on termine avec lui. Néanmoins, l’auteur nous balade entre les regards de certains personnages que l’on connaît plutôt bien, qui gravitent autour de Crispin et parfois il nous plonge dans le regard d’un parfait inconnu. Juste pour nous montrer une scène sous un autre angle. En effet, comment raconter une émeute si ni Crispin, ni aucun des autres personnages n’y étaient présents ? GGK choisit donc de nous « expliciter » certains passages, certaines scènes (dans l’hippodrome notamment) en usant de personnages totalement éphémères et insignifiants. Cette technique, qui peut perturber un peu au début, enrichit énormément la lecture. On a la sensation d’être omniscient et de pouvoir tout comprendre mieux que les personnages. Cela peut évidemment nous amener à hurler contre un personnage, à pester contre un autre et à vouloir absolument qu’ils pensent comme nous parce que nous nous savons ! Enrichissant mais parfois frustrant mais toujours pour notre plus grand plaisir. Il crée pour nous une galerie de personnages haut en couleurs, avec des caractères bien trempés et différents ! On le sent admiratif (et on le devient du coup) de l’empereur Valérius, un des personnages auquel je me suis le plus attachée avec Scortius, l’aurige. Il faut noter que GGK, d’habitude si prudent avec ses personnages, si volontaire pour les garder en vie, ne nous épargne pas dans ce diptyque ! Certaines pertes sont aussi douloureuses pour nous que pour les personnages, car si GGK sait bien faire une chose, c’est transmettre les émotions, même les plus intenses. On se retrouve à pleurer les morts aux côtés des personnages. Magie de l’écriture quand tu nous tiens…

Le décor. Les décors. Les déserts de sables avec ces oasis, la forêt de Sauradie si mystérieuse, nous traversons de magnifiques paysages, et on les imagine grandiose. La description de Sarance directement inspirée de Byzance en son temps, nous plante un décor luxueux pour une histoire haute en couleur. On imagine parfaitement le gigantesque hippodrome avec ses 80 000 spectateurs en furie ! La place du forum avec les fous de Dieu qui parlent aux foules sans cesse, les étals qui embaument l’atmosphère, on se prend à vouloir sentir les épices, à vouloir s’approcher des échoppes. On découvre la joie des thermes (un bon hammam en sortant du travail, je pense que beaucoup dirait oui !!) les plaisirs simples auxquels s’adonne notre héros torturé. On se prend à adorer les bleus dans les courses de char (vive Scortius !!), à encourager le nouvel aurige de cette faction, mais à regretter que la belle Shirin soit la première danseuse des verts (les couleurs étant réellement celles en vigueur à l’époque de l’hippodrome). GGK, à travers ces livres, ne nous raconte pas seulement une histoire, il nous déroule un pan de l’histoire d’un beau pays qu’est la Turquie, il imagine comment ça devait être à cette époque là bas. Et il nous fait voyager dans son monde et dans le notre par la même occasion.

L’histoire. On peut être sceptique quand on en lit le résumé du tome 1. Un mosaïste du nom de Caïus Crispus, ayant perdu sa femme et ses enfants suite à une épidémie de peste dans sa contrée, la Batiare, est convoqué par Valérius II empeureur de Sarance, pour réaliser la mosaïque d’un dôme voué au culte de Jad. Avec réticence il s’y rend. Le tome 1 ne parle quasiment que du voyage de Crispin vers Sarance. Même si c’est plaisant, on se lasse par moment et on trouve le temps long. L’arrivée de Crispin dans la Cité revigore le récit et nous relance sur la fin. Cette dernière est telle qu’il devient très vite urgent d’attaquer le tome 2 !! Le tome 2 connaît moins de longueur et GGK dose mieux le suspense qui nous pousse à lire et à connaître la suite de l’histoire. Il y a de nombreux rebondissements, certaines choses nous surprennent totalement, d’autres sont prévisibles, même si GGK a toujours un petit quelque chose qui nous surprend ! Ce deuxième tome raconte donc la vie de Crispin une fois dans la Cité avec son dôme. Les changements auxquels il va assister. Peu de temps morts et une envie permanente d’avancer encore et encore. Vous avez néanmoins par moment des passages saugrenus comme le messager qui devient ermite et dont il nous raconte la fin. L’homme qui sort de sa tente dans le désert, qui part puis revient bien plus tard à son camp. Tout cela en 2/3 pages. Pourquoi ? Bonne question ! Comme Lintje a pu le mettre dans sa critique, on dirait des passages à consonance biblique. Le deuxième m’a fait tout de suite penser à Moïse partant pour le Mont Sinaï recevoir les tablettes des 10 commandements et revenant pour instituer ces changements… Même si cela est bien le parallèle de ce que GGK a écrit, je ne vois pas l’intérêt par rapport à l’histoire… Passons, nous ne sommes pas à quelques pages près !

La fin. Pourquoi la fin vous allez me dire ? Parce qu’une fin nulle aurait tout gâchée. Là GGK nous sert une belle fin, mélancolique, triste, nostalgique, une fin dont on a pas vraiment l’habitude. Comme si les changements survécus dans le livre n’offraient pas toujours satisfaction. Comme si pour une fois, il se mettait du côté de ceux qui sont délaissés par ces changements. Mais l’épilogue reste beau, plein d’émotions et on termine comme on a commencé : ravi…

C’est donc une totale réussite ! La qualité du récit, des personnages, supplante totalement les quelques défauts ou reproches que nous pourrions faire à ces livres. Néanmoins, je maintiens comme dans ma première (très courte j’admets, c’était mes débuts !) critique de GGK, sur la trilogie de Fionavar, qu’il demeure un auteur extrêmement agréable à lire mais difficile. A mon sens, il faut vraiment aimer lire, aimer ce genre de bouquins pour y trouver ce plaisir de lecture. Il aime s’attarder sur des descriptions, sur des sentiments qui peuvent parfois sembler complexes et qui coupent le rythme de la lecture… En bref, c’est un excellent auteur qui nécessite sûrement un peu de temps pour l’apprécier pleinement.

Article écrit dans le cadre du

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11 réflexions sur “Mosaïque d’une vie

  1. freytaw 7 juillet 2011 / 7 h 54 min

    Il y a « trois catégories » d’auteurs :
    – Ceux qui ne font pas de descriptions
    – Ceux qui font des descriptions bien chiantes
    – Ceux qui font des description immersives

    Je peux pas juger de GGK mais ce que tu en dis laisse présager du meilleur à ce niveau !

    • maellethaemiss 8 juillet 2011 / 18 h 53 min

      Sans hésiter, je dirai que GGK nous fait des descriptions immersives qui nous plonge dans son univers, nous emporte avec ses personnages. C’est d’autant plus dur de quitter le livre à la fin, tellement on a eu l’impression de vivre avec les personnages, d’avoir ressenti comme eux… Comme m’a déjà dit Lintje une fois, on a l’impression de quitter des amis. Et je trouve ça incroyable de pouvoir nous plonger aussi profondément dans une histoire…

  2. Lintje 7 juillet 2011 / 8 h 52 min

    Je suis très contente de voir que ce livre t’as plu. Je l’ai beaucoup apprécié pour ses décors, son ambiance, ses personnages etc. Je le trouve différent des autres GGK mais j’apprécie toujours autant l’auteur!

    • maellethaemiss 8 juillet 2011 / 18 h 49 min

      Je suis contente de voir que ma critique laisse bien apparaître mon plaisir d’avoir lu ce diptyque ! Pour moi, la différence est une richesse ! Et je pense que quand on apprécie cet auteur, on apprécie la richesse de son style et sa capacité à écrire des livres au style très différent mais toujours dans le domaine de la fantasy. C’est une véritable force pour un auteur et vivement que je lise les autre !! Merci de me l’avoir fait découvrir.

  3. Merkillia 9 août 2011 / 20 h 44 min

    Mais, mais… C’est que je viens seulement de réaliser que, si je ne me trompe pas, tu as réussi mon challenge Guy Gavriel Kay grâce à cet article et à celui sur La Tapisserie de Fionavar! Félicitations!!! Ça ne t’aura pas pris beaucoup de temps! ^^

  4. Maêlle 10 août 2011 / 9 h 00 min

    Haha mais oui Merkilia, je l’ai fini ! Néanmoins, j’hésite à faire Le Sacrifice Ultime ayant une fournisseuse officieuse de GGK sous la main… Je te tiens au courant !

    • Lintje 11 août 2011 / 8 h 23 min

      Moi je pense que ta fournisseuse officielle serait enchantée de te préter ses romans et de te voir te lancer dans le sacrifice ultime. De toute façon avec moi tu n’y coupera pas, tu seras obligée de tous les lire 😉 !

      • Maêlle 11 août 2011 / 8 h 48 min

        Oula mais attention, je vais être gavée comme une oie au GGK !! Bien donc tant qu’à faire autant que ça soit dans un challenge !! 🙂

      • Lintje 14 août 2011 / 8 h 49 min

        Chouette, je vais te faire une crise de foi (non je n’ai pas oublié le « e ») en GGK!
        Mes livres sont à ta disposition!

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