Objet Littéraire Non Identifié

   Voilà qu’à mon anniversaire, un ami m’offre Le Passage de la Nuit d’ Haruki Murakami. Auteur totalement inconnu chez moi mais pas dans le monde de toute évidence, j’étais curieuse de le découvrir. Ayant des lectures très hétéroclites, je lis de tout et je trouve que c’est une vraie richesse. On apprend à apprécier tous les genres (plus ou moins). Alors me voilà à lire cet auteur japonais qui n’en est pas à son coup d’essai. Trois jours plus tard, je refermais le livre, empreint d’une certaine admiration pour cet écrivain, capable d’écrire sur trois fois rien, un récit étonnant et captivant. C’est d’ailleurs toute sa force. Mes premières impressions seraient : douceur et réalisme. Profondeur cachée derrière une superficialité apparente. Je m’explique…

   Le récit se déroule une nuit à Tokyo. Tout commence quelques minutes avant minuit et se termine quelques minutes après sept heures. C’est le genre de livre qui ne se résume pas facilement parce qu’on a l’impression que les personnages évoluent en dehors d’une trame écrite, logique, avec un cheminement, un but déterminé. Haruki Murakami dresse plutôt une galerie de personnages qui évoluent, gravitent les uns autour des autres, qui interagissent ensemble. En même temps, il intervient, en tant qu’auteur, dans le récit en nous parlant à nous lecteur. Et il intègre une forme de surréalisme bizarre dans certains passages. Dur de suivre ? Je vais tâcher d’être le plus clair possible mais c’est carrément pas évident.

Une galerie de personnages : Je commencerai par Mari personnage central du livre. Attablée dans un bar, elle lit tranquillement quand un homme qu’elle ne reconnaît pas l’aborde. Il va s’attabler à ses côtés, lui parler d’un tas de choses. Il est un ami de la sœur de Mari, il s’appelle Takahashi. Elle le connaît, de loin, ils se sont rencontrés il y a deux ans. Il va parler, presque pour deux, avant de partir pour sa répétition nocturne. Mari est sceptique après le passage de cet étrange jeune homme. Mais impassible elle continue ce qu’elle a commencé. Jusqu’à ce qu’une femme de forte carrure vienne à son tour la déranger. Elle a besoin d’aide pour traduire les propos d’une « fille » qui s’est fait violentée et qui parle chinois. Et on lui a dit que Mari pourrait l’aider. Qui ? Le musicien, Takahashi. Et c’est ainsi que doucement se met en place un « manège » de personnages autour de Mari. Elle se retrouve confrontée à la prostitution et va trouver des appuis inattendus et une façon bien différente de voir la vie auprès de ces personnes qu’elle n’a jamais côtoyé auparavant.

C’est presque avec réticence qu’elle va faire la connaissance de Takahashi notre cher musicien du début, – personnage redondant auquel on s’attache-, mais au final, elle va en tirer beaucoup de bien. La nuit, propice aux confidences, va les amener à se dévoiler l’un à l’autre et leur permettre de sortir de la nuit quelque peu changés.

En parallèle, on suit Eri, la sœur de Mari. Eri fait ce que la majorité des gens font la nuit, elle dort. Mais elle dort d’un sommeil particulier proche du coma plus que du sommeil ordinaire. Et elle ignore qu’elle est espionnée pendant son sommeil. Je n’en dis pas plus au risque de dévoiler trop de choses qui gâcherait le plaisir de votre (éventuelle) future lecture.

Deux parties parallèles qui finissent par se rejoindre : La partie du roman qui concerne Mari est clairement celle qui m’a le plus plu, cette découverte de soi au travers des rencontres faites en cours de route est un cheminement que je trouve très beau. On a l’impression que l’auteur déroule une pelote de laine avec pour fil, Mari. Pour aller où ? On l’ignore. La richesse du roman n’est pas dans le but mais dans le cheminement. La seule chose intéressante c’est de lire ce qui se passe, sans se poser la question de savoir ce que cela va faire à la fin. Extrêmement particulier et déroutant, ce style d’écriture est néanmoins agréable pour qui veut prendre le temps de lire ce genre de récit. On a l’impression que l’auteur veut nous pousser à prendre notre temps, à voir le livre d’une autre manière. C’est ainsi que je l’ai ressenti et je pense que chacun peut le voir différemment selon sa sensibilité du moment.

La partie concernant Eri est extrêmement différente. Étrange que d’être prise à parti par l’auteur pour aller « voir » ce qui se passe, devenir simple spectateur d’un événement. Étrange aussi, la mésaventure qui arrive à Eri. Même carrément déroutante. Pourquoi lui arrive-t-il cela ? A vous de voir, à vous de ressentir selon votre humeur du moment, je n’en dirai pas plus là encore, ça briserai le charme.

Mon appréçiation du livre semble effleurer l’histoire et c’est le cas. Je préfère vous laisser intact le plaisir de le lire, et de me contenter juste de vous donner l’envie, la curiosité nécessaire pour que vous vous penchiez sur ce livre.

Au final, ce livre c’est un peu comme un poème : on le lit et il nous trotte dans la tête, on le retourne dans tous les sens et on finit par y comprendre des choses qu’on n’a pas vu de prime abord. L’auteur parle de sentiments, de personnes, noyés dans l’immensité de la ville, dans la noirceur de la nuit… Qui passe doucement. J’ai trouvé beaucoup de simplicité, un dénuement total, de la poésie… Ce fut une nouvelle expérience littéraire, que la curiosité me pousse à renouveler un jour…

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4 réflexions sur “Objet Littéraire Non Identifié

  1. freytaw 28 septembre 2011 / 9 h 59 min

    Ca donne envie. Pour ma part, je m’intéresse surtout aux histoires pour les personnages. Si une histoire gravite autour d’un ou plusieurs (c’est encore mieux) personnage extrêmement bien caractérisé… je suis en général preneur.

    Tu m’as convaincu en tout cas et je veux bien l’ajouter dans ma liste « futur lecture »

    • Maêlle 28 septembre 2011 / 10 h 18 min

      Je suis contente d’avoir réussi à te convaincre alors que je ne suis pas rentré dans trop de détails.

      Je te souhaite une bonne future lecture 🙂

  2. Gaëtan 3 octobre 2011 / 12 h 06 min

    Très content que ça t’ait plu. Murakami a clairement une patte particulière et il faut aimer. N’ayant jamais lu celui-ci, tu viens de me donner envie. Il faut aussi que je lise « Kafka sur le rivage », considéré comme son chef d’œuvre.
    Et sinon pour toi, je te conseille aussi « Les Amants de Spoutnik ». Là encore, l’histoire est secondaire, mais les dérives et relations entre personnages sont tout à fait passionnantes.

    • Maêlle 3 octobre 2011 / 13 h 34 min

      Oui tu m’avais déjà parlé de ce livre qui m’intrigue aussi beaucoup je dois dire. Si tu l’as je te l’emprunterai volontiers 🙂 (qui a dit que les gnomettes étaient des taxeuses littéraires compulsives ??)
      Faudra que tu me dises ton avis sur son « chef d’oeuvre ».

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