Duo Discordant

Cela faisait quelques temps que je n’avais pas remis le nez dans un livre de Bernard Simonay ! Du coup, j’ai enchaîné L’Appel de l’Orient et La fille de la Pierre qui sont liés car ils parlent des mêmes personnages mais qui restent toutefois deux livres différents avec deux histoires différentes. En fait, il n’y a pas de suite. Chronologiquement parlant, Bernard Simonay a d’abord écrit La Fille de la Pierre. Ensuite, il explique que des lecteurs assidus étaient intrigués par l’histoire de Pierre Ménétrier, ce qui l’a poussé à écrire L’Appel de l’Orient qui est centré sur l’histoire de ce personnage. Sans conteste, j’ai préféré L’Appel de l’Orient. Je vais parler de chaque livre séparément, dans l’ordre dans lequel je les ai lus, mais ma principale critique réside justement dans le fait qu’ils soient liés… Je m’explique.

L’Appel de l’Orient : Nous sommes au XIXème siècle. Pierre Ménétrier quitte son Cher natal pour rejoindre Paris et y faire fortune. Il laisse sa famille derrière lui sans regret sauf pour sa mère. Mais il est persuadé qu’un avenir meilleur l’attend dans la capitale. D’abord vendeur de journaux, Pierre va évoluer et rencontrer des gens qui vont l’enrichir intellectuellement. Thibault, un médecin, devient son ami et est présent avec lui sur les barricades lors des révolutions populaires. Le peuple a faim, le Gouvernement ne bouge pas, le socialisme émerge. Pierre y adhère et joue sa vie sur l’entassement des pavés. Il va découvrir également le musée du Louvre et notamment ses richesses égyptiennes. Son amour pour l’Egypte antique devient tel qu’il désire ardemment aller dans ce pays. C’est au musée qu’il va rencontrer Dyane, une noble avec laquelle il va nouer une liaison tumultueuse. Après une douloureuse séparation, Pierre va aller par monts et par vaux, découvrir d’autres pays pour finir par aller visiter celui dont il a toujours rêvé : l’Egypte.

     Nous retrouvons dans ce livre un thème cher à Bernard Simonay : l’Egypte. Tout commence en France, dans le Cher au dix-neuvième siècle. J’ai beaucoup aimé découvrir cette période de l’histoire que je connais très peu et très mal (1830 et les années suivantes) Bernard Simonay nous dresse un portrait complet des combats opposant le régime au peuple, les différentes révoltes, la venue du chômage, l’industrialisation des villes. Le personnage découvre le train qui est mis en place à cette époque. On imagine l’émerveillement des gens de cette époque et la frayeur également, créé par cette machine monstrueuse qui crache de la fumée. J’ai eu le droit à un cours d’histoire complet qui m’a beaucoup plus. Nous arpentons le Paris de l’époque et découvrons une ville en cours d’expansion, avec ses quartiers typiques. Bernard Simonay raconte avec simplicité la vie de tous les jours des parisiens. La découverte du Louvre par Pierre est plutôt sommaire mais reste au cœur de l’intrigue puisque c’est là qu’il va rencontrer Dyane de Courtraye, une noble féministe qui dénote.

     Les événements qui amènent Pierre à se rendre en Algérie nous dévoile un pan de l’histoire dont bizarrement on entend très peu parler : la colonisation de l’Algérie. On vous a sûrement rebâcher la décolonisation, on vous a parlé de la France en tant qu’empire colonial, mais on ne vous a jamais décrit l’horreur des combats comme l’auteur le fait, ni le sentiment de supériorité que nous possédions à cette époque et qui semblait à lui seul, justifier nos actes. Bien que tragique et presque honteuse, cette période fait bien parti de l’histoire de notre pays et j’ai été heureuse de la découvrir. Ce passage permet à l’auteur de mettre les pieds de notre héros hors de France et de nous amener, doucement mais sûrement vers l’Egypte.

     La suite qui se déroule en Egypte est un vrai plaisir. Bernard Simonay renoue avec le mythe de la réincarnation grâce à une vengeance à travers les âges. Pour notre plus grand plaisir, nous découvrons une Egypte qui émerge doucement et qui prend conscience petit à petit de la richesse de son patrimoine. A notre grand désarroi, certains voient la richesse de manière très terre à terre et le patrimoine égyptien se retrouve éparpillé aux quatre coins de la planète. Heureusement toutefois que certains ont une conscience aiguë de la valeur de ces biens pour le peuple égyptien qui au début n’y attache guère d’importance. La fin, bien que triste, est tout à fait plausible et j’ai donc commencé l’autre livre avec la certitude qu’il allait être aussi bien. La déception n’en fut que plus rude !

La Fille de la Pierre : Sylvine adore son père. Elle adore l’accompagner dans les caves où on extrait le tuffeau, dans les vignes où on récolte le vin. Elle est heureuse au côté de sa mère, de ses frères et soeurs dans leur logement de la Sauvagine. Mais un terrible malheur va s’abattre sur son bonheur : son père, Pierre Ménétrier est assassiné. Enfin officiellement, la police déclare que c’est un accident mais la fillette est persuadée que son père a été tué. Et malgré tout ce qu’on lui fera subir, elle finira par découvrir la vérité et indirectement des secrets de famille bien gardés…

     Je commence cette lecture en me disant que ma connaissance du personnage m’apporterait peut-être un petit éclairage sur certains de ses actes mais que dans tous les cas, il ne pourrait me desservir. Ce en quoi je me suis trompée ! D’abord, j’ai trouvé que Bernard Simonay avait écrit ce livre, plus pour décrire le travail des carriers dans les carrière de tuffeau que pour dérouler une intrigue avec des tenants et des aboutissants. Ainsi l’histoire de Sylvine me semble un simple prétexte pour parler d’un sujet qui l’a sûrement passionné. Je ne me remets donc pas en cause la qualité de son travail de recherche, ni des explications apportées sur ce travail pénible, mais j’aurai aimé avoir une histoire d’aussi bonne qualité. Ce qui n’est pas le cas à mon sens.

     Sylvine suit un trajet que l’on comprend dès le début. Tout est cousu de fils blancs. Le début est incroyablement long… Quand enfin, Sylvine se retrouve livrer à elle même, je n’ai pas compris pourquoi elle ne pense pas tout de suite à ses arrières-grand-parents alors qu’elle a adoré aller chez eux. Bref, cela m’a semblé incohérent eu égard au caractère de la jeune fille.

     Pour finir, nous arrivons aux « révélations » de la fin et là catastrophe… La Sylvine de ce livre n’est pas la même que celle qui naît à la fin de l’Appel de l’Orient, ce n’est pas possible ! Elle serait une enfant illégitime et tout le monde s’en douterait car elle serait née à peine 7 mois après que son père et sa mère se soient mises ensemble, alors que dans l’autre tome, elle naît 18 mois après leur rencontre… Et leur mariage !!! Voilà une grossière erreur qui m’a chagriné et surtout qui m’a gâché la fin du livre. Je vous conseille donc de les lire avec une sacré intervalle entre les deuxpour oublier ce genre de détails qui gâchent tout.

     Et M. Simonay, la prochaine fois, faites plus attention à ce genre de choses qui me semblent pourtant fondamentales quand on repart d’une histoire. Néanmoins, cela ne m’empêchera pas de récidiver et de continuer à apprécier la plume de Bernard Simonay. Après tout même les plus grands font des erreurs !

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7 réflexions sur “Duo Discordant

  1. freytaw 3 octobre 2011 / 10 h 56 min

    Ha la continuité… Un problème général que je connais bien (surtout avec les comics… oui encore). Voilà qui a de quoi frustré un maximum. Après y’a les auteurs comme Terry Pratchett (oui encore XD) qui arrivent à jongler avec cet aspect sans trop faire de dégâts. Je pense qu’il y a quelques soucis à droite et à gauche, mais rien de bien frustrant comme le cas énoncé ici. Et je pense que c’est un exercice difficile pour un auteur, de pas s’emmêler les pinceaux dans le déroulement de ces histoires…

    • Maêlle 3 octobre 2011 / 11 h 36 min

      Ce doit être un exercice difficile sans nul doute dans la mesure où l’auteur doit reprendre un livre qu’il a fini. Néanmoins, ça n’empêche pas de faire attention surtout en reprenant un livre pas si « difficile » que cela dans le développement. Mais bon tant pis, une déception qui ne m’empêche pas d’aimer l’auteur…

  2. freytaw 3 octobre 2011 / 15 h 08 min

    Bah là où c’est surtout étrange, c’est que ce sont deux bouquins seulement et non pas toute une série. C’est encore plus facile de faire attention et permet donc de soulever quelques questions… Simonay a déjà commenté cette incohérence quelques part ? Ca me parait vraiment gros quand on y réfléchit bien.

    • Maêlle 5 octobre 2011 / 9 h 39 min

      Je n’ai rien vu au sujet de cette incohérence qui m’a semblé à moi aussi, énorme. Mais à croire qu’il a voulu vraiment différencier les deux… Le problème c’est qu’au début de L’Appel de l’Orient il précise bien que c’est l’histoire de Pierre Ménétrier, le personnage de La Fille de la Pierre. Donc indirectement il a voulu les relier ce qui m’a amené à être aussi déçue je pense…

  3. Lintje 3 octobre 2011 / 16 h 39 min

    C’est décevant de sa part, lui qui est souvent porté sur les détails c’est surprenant… Peut être n’a-t-il pas voulu s’encombrer de sa première histoire pour l’intrigue de sa seconde. En tout cas je comprends ta déception… Heureusement que l’on connait ses autres livres!

    • Maêlle 5 octobre 2011 / 9 h 40 min

      Oui comme je le disais, ça ne m’empêchera pas de lire d’autres livres de lui, mais la déception est assez importante, je ne m’attendais pas à une telle erreur de sa part… Une écriture précipitée peut-être ?…

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