Où que souffle le vent, il pleuvra sur les Kindaths.

Mes doigts effleurent la quatrième de couverture. Ma tête s’appuie contre la vitre du train. J’ai les yeux encore pleins de larmes. Le sentiment d’être abandonnée…

Vous est-il déjà arrivé de lire 570 pages et de vous dire encore ? D’avoir terriblement envie de savoir la fin, une envie qui vous presse le cœur, qui vous obsède mais qu’en même temps vous n’avez pas envie de finir le livre, pour ne pas quitter ces nouveaux compagnons ? Je le vis régulièrement mais rarement avec autant d’intensité qu’après avoir lu Les Lions d’Al Rassan de Guy Gavriel Kay dont Lintje a fait un très bon article. D’ailleurs je m’interroge sur ce que je peux dire de plus… Mais en même temps je ne pouvais pas ne pas mettre quelque chose sur mon blog au sujet de ce livre. Peut être un merci à l’auteur qui m’a fait vivre une très belle aventure, qui m’a fait ressentir de belles émotions. Un pur bonheur. Une exaltante aventure qui nous fait sentir drôlement à l’étroit dans notre vie de tous les jours…

Nous découvrons l’Espéragne ou ce qui l’en reste avec ses trois Royaumes qui se déchirent, l’Al Rassan et ses multiples cités ayant chacune leur Roi depuis la mort du dernier khalife. Un décor, un univers entier voué à vous raconter l’histoire magnifique de trois personnages : Jehane, Rodrigo et Ammar. Oui à la fin vous les appelez par leur prénom avec la sensation de les avoir toujours connu. Leur joie est la vôtre, leurs peines aussi et GGK nous ballote entre les deux, maniant avec brio un équilibre permanent.

La fantasy, sous la plume de cet auteur, devient porteuse de message. Amitié, amour et tolérance. En démontrant la stupidité religieuse et les travers des religions, quelque soit la croyance, GGK nous renvoie à nos propres histoires : guerres de religions cachant des guerres de conquête, l’absurdité même des conquêtes et de la volonté des hommes à s’auto-détruire. Au fond, dans notre monde, les croisades, le djihad quelle différence ? Aucune si ce n’est la volonté de s’imposer à l’autre. On se cache derrière de beaux principes pour massacrer autrui qui est comme nous. Belle intelligence que celle dont se prévaut l’espèce humaine…

Avec une précision quasi-chirurgicale, GGK nous décrit sans nous épargner, les conflits de loyauté qui animent les personnages. Peut-on toujours croire en sa religion quand elle prône le massacre de gens d’une confession que vous avez appris à connaître et à apprécier ? Peut-on participer à une guerre qui vous opposera à vos amis les plus chers ? Nous avons envi que les personnages dépassent ces questions, les transcendent, mais ils réagissent selon leur logique, la même pour tous les trois au final. Une logique qu’on répugne à admettre mais qui est présente et appliquée à notre grand désespoir. Le message aurait sûrement une portée moins grande si GGK n’était pas allé au bout de cette logique… Et cela nous aurait paru incohérent. Décidément, même nous, nous sommes pris dans les conflits qui animent les personnages. Une qualité indéniable de l’auteur que de nous rendre aussi sensible à ces sentiments…

J’ai aimé ces personnages avec le sentiment de ne pas connaître assez Ammar par rapport aux deux autres, le sentiment de le voir un peu effacé jusqu’à ce que Jehane lui offre une nouvelle place dans l’histoire. Et pourtant je l’ai adoré autant que les deux autres. Jehane… La femme au milieu de deux hommes, tiraillée par tous les sentiments qui l’assaillent. On la comprend, on l’admire, on l’aime. Comme les deux autres. On s’attache à eux et à tous les personnages secondaires qui ont un tant soit peu d’importance dans l’histoire : Miranda Belmonte, Inès de Vallédo et son mari Ramiro, Mazur Ben Avren, Alvar, Lain… Autant de noms chatoyants qui restent à vagabonder dans notre esprit quand bien même la dernière page est finie.

Mais ça y est je l’ai fini. J’ai refermé le livre. Mais il s’est gravé dans mon esprit et je tire de celui-ci une belle leçon de tolérance. Si seulement ce livre pouvait remplacer la Bible, le Coran, la Torah, les Evangiles… Et que la tolérance et le respect deviennent les préceptes d’une nouvelle religion : la Paix.

Le titre de mon article est un proverbe Kindath (dont Jehane nous parle), une des religions du livre, avec les Asharites (« représenté » par Ammar) et les Jaddites (Rodrigo). Ayant particulièrement parlé de mon ressenti suite à cette lecture, je vous renvoie vers l’article de Lintje pour avoir plus d’informations sur l’histoire en tant que telle…

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9 réflexions sur “Où que souffle le vent, il pleuvra sur les Kindaths.

  1. Freytaw 19 octobre 2011 / 10 h 54 min

    Ca me le fait souvent aussi ça. D’ailleurs, pourquoi crois-tu que je met temps de temps à me décider de lire certains bouquins ou non !

    Ca donne envie en tout cas. Et ton dernier paragraphe, il est tellement juste pour tellement d’oeuvre en général…

    • Maêlle 19 octobre 2011 / 12 h 21 min

      Ton indécision est liée au fait que tu hésites à t’attacher tant à des personnages ? Pour ma part je trouve que c’est un vrai bonheur de ressentir tout cela et je suis en admiration devant les gens (auteur, poète…) capables de susciter tant d’émotions chez leur lecteur.

      Mon dernier paragraphe est une image de la morale des Lions d’Al Rassan je trouve. Il est vrai qu’il pourrait peut être s’adapter à d’autre œuvre, mais je crois vraiment que seul ce livre a été capable de le faire ressortir aussi intensément et aussi tragiquement. Bernard Simonay qui pourtant ne lésine pas à décrier les travers des religions, n’a pas encore réussi à me bouleverser autant à ce niveau. Bernard Simonay tend à pointer du doigt ces travers, à nous mettre en colère contre ces religions. GGK nous pousse à réfléchir à ce que les gens croyants éprouvent. Ça change tout sur le ressenti même si le message final est le même…

      • Lintje 19 octobre 2011 / 16 h 17 min

        Je suis d’accord avec toi sur le ressenti.
        GGK est le seul à avoir réussi à me faire pleurer (de vraies larmes qui coulaient vraiment sur ma joue) en lisant un livre !!!!

      • Freytaw 3 novembre 2011 / 15 h 53 min

        En fait, c’est surtout que j’explore déjà tellement de choses que j’ai jamais de place (question temps) pour d’autres personnages… J’ai pas assez de temps déjà pour tout ce que je veux lire/jouer/regarder… C’est dur de s’impliquer encore un peu plus ailleurs ! Parce que si je m’attache, faut que j’explorer les choses à fond, c’est comme ça !

  2. Lintje 19 octobre 2011 / 11 h 20 min

    J’ai adoré tout autant que toi ce livre, il est terriblement beau, poétique, nostalgique. Je pense qu’il est gravé en moi, c’est une formidable œuvre que nous a offert GGK. Je le conseil à tout et à chacun !
    Juste le fait de relire ton article m’a replongé dans la beauté de son univers. Un vrai bonheur !!!!

    • Maêlle 19 octobre 2011 / 12 h 17 min

      Tu m’en as dis beaucoup de bien, je m’attendais donc à un récit poignant et prenant et j’ai été servi ! Comme toujours c’est un plaisir de partager tes lectures ! J’espère qu’Ysabel sera bien malgré ce que Merkilia a entendu comme bruit de net… A suivre, tu nous tiens au courant 🙂

      • Lintje 19 octobre 2011 / 16 h 18 min

        Ca me fait craindre le pire. Mais bien sur je vous dirais tout!

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