« Boro s’en va-t-en guerre » de Franck et Vantrin

      Mon oeil est attiré par une couverture. Un petit quelque chose qui accroche le regard, qui fait que je me penche sur ce livre plutôt que sur un autre lors d’une énorme braderie où s’étale des centaines de livres. Ma main se tend, je le saisis et je me cale dans un coin pour lire la quatrième de couverture. Ça parle de seconde guerre mondiale, de reporter-photographe, d’aventures en tout genre… Je re-regarde cette couverture. Elle me plaît. Le synopsis éveille en moi une certaine curiosité. J’embarque. Je le mets sur ma petite pile de livres à lire. Il patiente sagement dans son coin pendant que je dévore tout un tas d’autre livre. Ma pile s’amenuise, Noël arrive, interdiction d’acheter le moindre livre car on veut m’en offrir. Je me retourne donc vers ma pile d’histoires en attente et me décide pour ce bouquin qui m’avait drôlement attiré. J’examine la couverture et je trouve une petite phrase : « Couverture d’Enki Bilal ». Ah. Je comprends mieux pourquoi j’ai aimé ! Je ne suis pas une grande fan des histoires d’Enki Bilal mais j’aime énormément ses dessins que je trouve plein d’émotions : on sait ce que pense le personnage représenté. Et c’est ça : sur la couverture s’étale un homme au visage un peu hâlé, une canne à la main. C’est Boro j’en suis sûr. Et rien qu’à regarder la couverture, je l’imagine bel homme, boiteux et surtout plein d’une détermination sans faille. Gagné ! Allez on laisse la couverture et je vous invite à découvrir l’histoire qui se cache derrière elle.

   Il a voulu s’engager dans l’armée lorsque la guerre a commencé, mais il a été refoulé à cause de son infirmité. Boro est boiteux et regrette amèrement cette inaction ! Il a assisté, son appareil photo à la main, à l’envahissement de la France par les allemands, à la capitulation de Pétain, à la mise en place des deux zones par la ligne de démarcation. Il s’est contenté de saisir sur pellicule les images d’un quotidien difficile, le changement qui s’est opéré dans la capitale française où il vit. A travers son regard de photographe on saisit des images marquantes : les drapeaux ornés de la croix gammée battant contre les le fronton de l’Assemblée Nationale, les camions citernes suivi par des dizaines de voiture qui cherchent à se ravitailler, le silence des rues parisiennes dans la nuit lors du couvre-feu… Boro regarde, observe, critique, bouillonne de voir sa terre d’adoption bafouée par des hommes sans scrupules.

   Voilà donc Boro, Blémia Borowicz de ses prénoms et noms, un parisien d’origine hongroise, un peu juif mais pas assez selon les critères allemands pour se faire arrêter. Tout commence à Paris, alors que la ville est occupée par les allemands. Boro est à la tête de l’Alpha-Press, son agence, celle qu’il a monté avec ses deux comparses et amis hongrois eux aussi, Prakash et Pazmany. Les temps sont sombres. Prakash a été sur le front et s’est fait capturé. Il ne reste que Boro et Paz. Jusqu’au jour où Boro décide de quitter l’Alpha-Press : il ne supporte plus la censure, les photos consensuelles, les mensonges qui ornent les photos qu’ils fournissent. Il se déteste de faire ce genre de choses et décide d’arrêter. Et il commence à résister à sa manière : il prend des photos de ce qui se passe dans les rues pour qu’il reste un témoignage de cette sombre période : manifestation d’étudiants qui se font mitrailler par exemple.  De fil en aiguille, il va se retrouver face à un de ses vieux ennemi : Riegenburg. Officier SS empli de haine, cloué à un fauteuil roulant mais l’esprit en parfait état de marche, a décidé de se venger de la raison indirecte qui l’a amené à être un homme tronqué : Boro. Et c’est ainsi que Boro se met à vivre clandestinement. Au fur et à mesure que les événements se déroulent, Boro décide de se rebeller. Mais jusqu’où peut-on se rebeller quand on est aussi connu que lui ? Lui le reporter international qui a photographié tous les grands conflits du monde. Lui dont son agence a une grande réputation pour la qualité des photos. Lui qui a humilié des dignitaires nazis avant la guerre. Lui qui a un succès fou auprès de la gente féminine va user de son charme pour s’en sortir et non seulement pour le plaisir de séduire. A son grand regret.

   Je me suis beaucoup attaché à cet homme tête brûlé, prêt à tout pour aider son pays d’adoption. Intelligent, charmant, il apprend à survivre dans un monde où la délation est devenu un mode de vie pour certains. On se cache, on se fait tout petit, espérant que les autres nous oublient. La vie quotidienne est décrite simplement mais d’une manière qui m’a semblé réaliste même si je n’ai pas connu cette époque : les tickets de ravitaillement, le bruit des bombardiers qui survolent le pays, le bruit des talons qui claquent sur le sol, la peur au ventre en permanence et les petites joies trop rares. Le prix exorbitant du beurre, les cigarettes roulées avec les restes de mégots récupérés parfois mélangé à un peu de sciure, le café repassé dix fois quand s’en est du vrai. Et il en est ainsi pour tout.

   Dans ce décor sombre, se joue une pièce quasiment dramatique où Boro tient le rôle principal. Il va découvrir qui lui en veut et va tâcher coûte que coûte de s’en sortir en évitant de faire trop de mal à ceux qui l’entourent. Car pour l’atteindre ses ennemis sont prêts à tout et font preuve d’une imagination sans limite… On souffre toutefois aux côtés de Pazmany qui décide de rester au sein d’Alpha-Press et qui au final va souffrir plus que ses compagnons. Quand bien même les personnages allemands sont des inventions de la part des auteurs, ils se fondent parfaitement dans le paysage haineux des nazis de l’époque.

   Par moment, nous passons de l’autre côté de la Manche pour découvrir la cousine de Boro, Maryika. Actrice internationale, vivant aux Etats-Unis mais ancienne « petite fiancée de l’Allemagne », veuve d’un allemand mais ayant le nazisme en horreur, Maryika est une femme indépendante et forte. Elle est la cousine de Boro auquel elle voue un amour immodéré qui est réciproque. Même si Boro est un véritable Don Juan, Maryika est la Reine de son cœur. Suite à un tournage elle est présente en Ecosse lors de la guerre. Contactée par les services secrets anglais, Maryika va envoyer son fils aux Etats-Unis et rester pour savoir ce que ces chers britanniques lui veulent. Elle ne sera pas déçue du voyage ! Maryika est un personnage important et original pour l’époque : une femme indépendante, sûre d’elle, qui mène sa vie comme elle l’entend. C’est à travers elle que l’on va découvrir un bout de l’Angleterre pendant la guerre : comment les avions allemands bombardaient l’Angleterre, comment l’Angleterre répliquait. Comment les anglais ont gagné certains combats et en ont perdu d’autres. L’ingéniosité des anglais est dévoilée au travers de tout un tas de petites anecdotes : tous les panneaux de circulation ont été démontés pendant la guerre afin qu’un aviateur allemand qui venait à atterrir sur le sol anglais ne puisse pas se repérer ; ajout de réservoir d’essence sous les avions de chasse afin d’avoir plus d’autonomie que les allemands pour protéger leurs bombardiers. On voit la réalité de la promesse de Churchill qui a dit lors de son discours suite à sa désignation : « Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur « . On découvre un peuple solidaire, derrière son meneur – qui arbore régulièrement un costume et un casque de soldat -, prenant un soin tout particulier des pilotes de la RAF dont ils sont extrêmement fiers. La morosité française est exacerbée par le contraste avec le déterminisme et la volonté de fer des anglais de ne pas courber l’échine.

J’espère que ceux de mes amis ou collègues, ou anciens collègue qui sont touchés par la reconstruction gouvernementale me pardonneront si d’aventure j’ai, dans la nécessité d’agir, failli aux usages. Enfin qu’il me soit permis de tenir à la Chambre le même langage qu’à mes collègues du gouvernement :  » Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. « 

Extrait du discours de Churchill devant la Chambre des Communes en 1940

   Ce livre est donc une très belle surprise : une reconstitution historique précise nous immergeant complètement dans ce quotidien stressant où à part quelques personnes vraiment à l’abri, tout le monde vivait la peur au ventre. Le moindre trajet devient une épreuve et encore plus quand vous êtes « en tort » selon les nouvelles lois : juifs, communistes vous êtes de suite susceptible d’être arrêtés. Le moindre faux pas peut être considéré comme un acte de rébellion contre l’occupant tel que tout simplement, prendre des photos. Les personnages sont très bien travaillés et on a l’impression de les connaître depuis toujours : Scipion l’africain qui aime toujours sa femme naine malgré qu’elle l’ait quitté et qui a 10 enfants, Pépé l’Asticot, Chantal Pluchet, Marinette Merlu, Noémie Albinez, Vanessa d’Abrantès… Des personnages disséminés au gré des pages pour illuminer le chemin de notre « héros ».

   Aux côtés de Boro j’ai fulminé moi aussi de voir tous les moutons que la France a compté.  Mais peut-on toujours reprocher aux gens d’avoir courbé l’échine quand ils n’ont voulu que survivre ? Dur à dire…

   Après renseignement, j’ai découvert que ce livre était le sixième d’une série. Malgré mes lacunes faute d’avoir lu les précédents, j’ai parfaitement compris l’essentiel. Par contre, les petites subtilités m’ont échappé… J’envisage de reprendre la série depuis le début mais avant toute chose… Je voudrai lire la suite de ce tome ci !  « Cher Boro » est donc le prochain livre sur ma liste d’achat !

Bonne lecture !

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