Au bout de la nuit – Tess Gerritsen

   On imagine la frayeur ressentie par le Dr Isles quand elle découvre qu’un des cadavres de sa chambre est… Vivant. Alors qu’elle revient vérifier quelque chose sur un autre cadavre dont elle a fait l’autopsie un peu plus tôt dans la journée, son attention est retenue par une autre housse. Lorsqu’elle l’ouvre, la jeune femme qui git dedans ouvre les yeux. Heureusement que ce médecin légiste a du sang froid ! Ses réflexes de médecin prennent le dessus sur la peur et elle s’empresse de sortir le corps de la chambre froide et d’appeler les secours… Je vous laisse imaginer la surprise de ces derniers quand elle annonce qu’elle a une femme déclarée morte vivante dans son IML. Ce policier commence donc sur les chapeaux de roue et durant une bonne moitié vous restez dans cette atmosphère tendue et étrange pour notre plus grand plaisir… Néanmoins ce roman souffre de quelques soucis quand à la présence et à la vraisemblance de certains personnages.

   Maura Isles est médecin légiste à Boston. Un carambolage estival lui amène une surcharge de travail telle qu’elle se retrouve à mettre en attente pas mal de cadavres dans sa chambre froide. Quand soudain l’un d’eux ouvre les yeux : une jeune femme déclarée morte par des pompiers après qu’ils l’aient repêchées dans une baie. Transférée à l’hôpital la noyée va faire entendre parler d’elle. Pendant ce temps, l’inspecteur Jane Rizzoli vient de perdre les eaux en pleine audience pénale où elle était entendue. Commence pour elle un nouveau travail physique : son accouchement.

   Dès le début l’auteur nous plonge dans une affaire qui s’annonce alambiquée : une femme retrouvée inconsciente (à défaut d’être morte) après un séjour prolongée dans l’eau qui se révèle être totalement inconnue. Une Jane Doe, un véritable fantôme administratif : aucun papier n’est à son nom. C’est comme si elle n’était jamais arrivée aux Etats-Unis. Après moult péripéties que je ne détaillerai pas pour garder intact le suspens du début et surtout la surprise, l’auteur nous embarque dans un des problèmes majeurs des Etats-Unis : l’immigration clandestine « forcée ». J’appelle « forcée » l’immigration qui consiste à faire venir des femmes et des hommes pour la prostitution, la drogue… Sans qu’ils sachent ce qui les attendent. Pays gigantesque, entouré de chaque côté par des océans, les Etats-Unis ne demeurent pas moins très touchés par le phénomène notamment à cause de la « porosité » de sa frontière avec le Mexique. L’auteur nous dévoile ce qui est une plaie pour un pays qui se pose en meneur de la démocratie et du respect des droits de l’Homme. Un très bon sujet, très bien étudié et utilisé pour le roman. L’auteur nous y amène de manière logique et cohérente sans jamais nous larguer en cours de route. Sur cette voix nous rencontrons des personnages qui éclairent le problème d’un point de vue humain ce qui est plutôt agréable.

   Les personnages de l’histoire sont aboutis tant notre Jane Doe que les policiers amenés à travailler sur l’affaire. Jane Rizzoli prend de plus en plus d’ampleur au fil du roman avec son mari Gabriel auquel je me suis beaucoup plus attaché qu’à sa femme. En effet, Jane Rizzoli est un peu trop tête brûlée, inconsciente à mon goût… Je veux bien admettre que certaines femmes ont du mal à se sentir investie dans leur rôle de mère mais là Mme Rizzoli est parfois pitoyable. Vous vous voyez emmener votre enfant d’un mois avec vous et une inconnue chez un homme que vous connaissez à peine, le tout avec le risque de finir avec une balle ? Dur à croire mais notre inspectrice y parvient… Voilà ce qui a quelque peu altéré le plaisir de lecture mais j’ai compensé à m’accrochant à son mari, agent du FBI, ancien militaire enquêteur pour les crimes de guerre. Posé, calme il est l’opposé de sa femme et me semble plus réaliste quand aux responsabilités des parents !!!

   A côté des réactions peu vraisemblable de notre héroïne un autre bémol méritait d’être relevé… C’est la disparition pure et simple du Dr Isles alors qu’elle est à « l’origine » si on peut dire de toute l’histoire. On comprend un peu mieux lorsqu’on lit les dernières lignes du roman mais je n’ai pu m’empêcher de noter qu’on ne sait rien d’elle à la fin du roman (ses sentiments, ses impressions…) alors que tout passe par elle au début. Surtout qu’elle est directement concernée par les événements étant une amie proche de Gabriel et Jane. Mais non, elle s’évapore en cours de route sans raison valable. Jusqu’à la moitié du livre elle s’investit dans l’enquête, amène Gabriel à découvrir des éléments essentiels et puis d’un coup on ne parle plus d’elle. Mais plus du tout, c’est pas moins c’est plus rien. Ça m’a dérangé quelque peu… Et c’est dommage car à côté de ça, l’auteur maintient un bon niveau de suspense, dévoile une histoire extrêmement bien ficelée et cohérente. Des personnages un peu mieux gérés aurait rendu ce roman policier très bon. Il n’en reste pas moins que ceux qui souhaitent une lecture de détente et préfèrent que l’histoire soit privilégiée par rapport aux personnages trouveront leur bonheur en le lisant.

   A noter que ce n’est pas la première fois que l’auteur utilise ces personnages que sont Jane, Gabriel et Maura. Le fait de ne pas avoir lu le (ou les) tome(s) précédent(s) ne gêne en rien la compréhension de l’histoire. Cela peut sûrement éclairer les relations entre les personnages et encore pour ma part, cela ne m’a absolument pas manqué. Espérons toutefois que le dosage entre ces personnages soit mieux réussi que pour ce roman.

Bonne lecture !

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