Je m’habillerai de nuit – Terry Pratchett

   Terry, où est passé votre célèbre humour burlesque ? C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai commencé Je m’habillerai de nuit, quatrième et dernier tome des aventures de Tiphaine Patraque. J’ai souri au premier tome, j’étais écroulée de rire au second avec notamment les Nac Mac Feegle et j’ai littéralement pleuré au troisième. Quelle émotion pour le quatrième ? Un certain malaise au départ et un sentiment infini de plénitude à la fin. Vous savez comme quand les choses vont bien comme il faut. Quand on se dit que ça pouvait pas finir autrement… Saupoudrez cela d’un peu de solitude car nous perdons une héroïne que l’on suit et voilà le panel des émotions ressenties lors de la lecture de ce tome.

   Tiphaine a grandi et ça transpire dans chaque ligne du livre. Elle se pose des questions qu’on se pose pas tous à 16 ans, car Tiphaine est plus vieille dans sa tête. Être une sorcière implique de nombreux sacrifices qui sont pas toujours aisés quand on reste une adolescente. On s’interroge sur l’amour également… Entre Roland et l’Hiverrier où se trouve le cœur de Tiphaine dans tout cela ? Elle même ne sait pas trop finalement. Même les Nac Mac Feegle semblent trop sérieux. L’ambiance lourde et pesante, pleine de menaces que l’auteur met en place est presque difficilement supportable pour le lecteur. Pas étonnant une telle réussite quand on connaît la bibliographie fournie de l’auteur dans laquelle figure de nombreux succès, Terry Pratchett est un auteur de génie que la maladie d’Alzheimer va nous enlever sans scrupules. Une maladie que j’ai en horreur et pour cette raison il fallait que je le dise. Je m’habillerai de nuit fait sûrement parti des derniers livres écrits par l’auteur britannique et c’est peut-être aussi ça qui ajoute à mon malaise. Néanmoins la fin trahit la nature optimiste et philosophique de l’auteur qui nous offre un peu de magie pour égayer notre vie.

=> Tiphaine a 16 ans et est sorcière dans la Causse, la pays sous la vague. Le quotidien est parfois bien difficile même si les Nac Mac Feegle veillent sur elle avec une grande bienveillance. Après tout c’est leur “ch’tite michante sorcieure jaeyante”. Mais à ces difficultés quotidiennes viennent s’ajouter la montée de la haine à l’égard des sorcières. On se met à les mépriser on se retrouve avec des jetées de tomates pourries mélangés à des personnes assez intelligentes pour savoir qu’on a toujours besoin d’une sorcière : ces dernières viennent les voir mais en cachette. Mais quelle menace pèse réellement sur les sorcières ? Tiphaine ne va pas tarder à le savoir et se dit qu’elle aurait très bien pu s’en passer.

   Nous retrouvons notre Tiphaine avec son caractère bien trempé. Un caractère qui sera finalement sa plus grande arme ainsi que sa capacité d’analyse. Dès le début nous sommes confrontés à la mort du vieux baron, une mort bien belle grâce à l’intervention de Tiphaine mais c’est sans compter sur l’idée que les autres vont se faire de son intervention. Néanmoins, Tiphaine peut toujours compter sur les fidèles Nac Mac Feegle que l’on découvre sous un autre jour : loin de tout détruire, ils sont capables de reconstruire pour aider leur sorcière. Une bien bonne chose pour la jeune fille ! Malgré leur omniprésence tout le livre reste bien centré sur Tiphaine. Mais quand même, la rencontre avec un de leur semblable (qui ignore être un Nac Mac Feegle… Tout à fait Pratchettien comme situation) est absolument géniale et met un peu de piment dans l’histoire.

   On pourrait dire que le livre se divise en trois parties. La première correspondrait à la mise en place de l’ambiance du livre. On n’oublie pas qu’on a terminé sur L’hiverrier (que j’ai trouvé magnifique et qui restera sans nul doute un de mes préférés) plein de tristesse. Je m’habillerai de nuit reprend un peu cette tristesse, cette mélancolie qui habitent la tempétueuse Tiphaine. Le début m’a semble morne, terne, morose. A l’image de ce que notre héroïne va devoir affronter. On aborde ensuite une seconde phase qui est celle durant laquelle Tiphaine va enfin découvrir LE problème qui lui tombe dessus. J’aime les héros affirmés et là je suis servie. Tiphaine ne se laisse pas démonter, elle assume ses actes. On embrasse pas l’hiverrier sans conséquences et elle l’apprendra. Ravie de la retrouver égale à elle même, on note quand même quelques changements preuve de sa maturité. Mais l’auteur n’oublie pas qu’elle n’a que 16 ans et une expérience limitée dans certains domaines : même si elle se fait passer pour plus vieille qu’elle ne l’est, qu’elle se pose des questions que les autres ne se posent pas, Tiphaine reste une adolescente qui sera chamboulée par les mêmes choses qui chamboulent les autres adolescents ordinaires. Seule sa façon d’y faire face diffère certainement totalement de celle des autres… Et la troisième partie et bien c’est ni plus, ni moins tous les événements qui amènent à la fin. Tout ce que Tiphaine va faire pour résoudre le problème qu’elle a causé. Pour mon plus grand plaisir, elle va renouer avec la magie même si pour Terry Pratchett la plus grande magie réside dans tous les actes du quotidien semble-t-il.

   Et la fin… Elle est à la hauteur du reste sans aucun doute. C’est un mélange de tout ce qui fait la magie de cette série des Tiphaine Patraque. Et l’auteur revient à des sentiments et des choses tout à fait “terre à terre”. C’est-à-dire que contrairement à son habitude de tout tourner en dérision, il reprend des thèmes, des idées tellement répandues (et véridique) que ça en est surprenant. Mais du coup, dans ce monde où on y est si peu habitué, ça les rend encore plus… Violents, puissants. Magistral. Je crois que c’est le mot M. Pratchett : la série des Tiphaine est magistrale, de bout en bout. Merci pour tout, je tire mon chapeau au grand auteur que vous êtes et invite ceux qui ne vous connaissent pas encore à vous découvrir.

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6 réflexions sur “Je m’habillerai de nuit – Terry Pratchett

  1. Freytaw 17 juillet 2012 / 10 h 03 min

    Je te rejoins complètement ! Le début est déroutant et laisse effectivement un petit malaise. Le monde dépeint est trop sombre, trop malsain… Puis ça se décante en même temps que Tiphaine avance dans son aventure.
    La fin est effectivement grandiose et cette série est bien magistrale !

    A noter aussi, pour les lecteurs assidus du Disque-Monde, une bonne surprise apparait pendant l’histoire ! J’étais trop content de retrouver ce fameux personnage dont on entend parfois parler, mais qu’on ne voit jamais ! Superbe clin d’oeil et belle explication sur le pourquoi du comment on en a pas entendu parler depuis tout ce temps… Je lacherais pas le nom… mais c’est un des moments forts du bouquin !

    • Maêlle 17 juillet 2012 / 10 h 11 min

      Je vois de qui tu veux parler, dans tous les cas, le conseil que l’on peut donner c’est d’avoir lu au moins La huitième fille des annales du Disque Monde pour bien comprendre les références aux sorcières qui sont faites.
      Je pense par contre que les livres de Pratchett sont propices à la relecture pour bien tout comprendre et tout saisir…

  2. Lintje 17 juillet 2012 / 10 h 45 min

    Le style de Terry Pratchett est vraiment très particulier. Et pour le seul livre que j’ai lu (et dont le nom m’échappe) j’avais eu parfois du mal à accrocher. Mais celui ci a l’air vraiment très très différent. En tout cas tu me donnes bien envie de re-tester cet auteur…

    • Maêlle 17 juillet 2012 / 11 h 12 min

      Je suis d’accord c’est très particulier mais ça dépend aussi de ce que tu lis. Le Grand livre des Gnomes par exemple dont j’ai lu le premier tome n’a rien à voir avec les annales du Disque Monde (dont j’ai lu La Huitième Couleur, Le Huitième Sortilège,La Huitième Fille, Mortimer (que j’ai pas fini)) ou encore avec la série des Tiphaine Patraque. On retrouve son humour et son amour de l’absurde (sa vision des contes de fée est terrible) mais il change de style et s’adapte. J’ai énormément aimé la série de Tiphaine alors que j’apprécie seulement Le Disque Monde pour le moment (quoique le premier est à mourir de rire avec Deuxfleurs et la description du monde) Après il a sûrement peaufiné son écriture au fil de ses oeuvres.

      J’ai oublié aussi de féliciter le traducteur qui fait quand même un boulot monstre, les traductions étant toujours très très très bonnes. Elément essentiel quand l’auteur est étranger…

      Si tu veux re-découvrir l’auteur, la série des Tiphaine peut tout à fait te convenir. C’est comme ça pour ma part que j’ai appris à l’apprécier (et grâce à l’opiniâtreté de mon cher gnome préféré)

      • Freytaw 2 août 2012 / 12 h 38 min

        Oui, clairement, la saga de Tiphaine Patraque est un excellent point d’entrée pour l’auteur. C’est vraiment excellent et accessible. Puis sont écriture a déjà atteint sa maturité. Donc pas de couac à ce niveau là.

        Je conseil aussi Nation. Un one-shot, hors Disque-Monde, plus intimiste et proche de ces derniers bouquins sur Tiphaine. Mais vraiment prenant et sympa.

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