Une place à prendre de J.K.Rowling

   Dire qu’on attendait des nouvelles de l’auteur du sorcier à lunettes le plus connu au monde serait un euphémisme. Alors évidemment quand on découvre son nouveau livre, arrivé sans crier gare – dans mon cas – et surtout au rayon adulte, on a l’impression qu’un miracle vient de se produire. Elle a – enfin – écrit un livre ! On va retrouver cette plume si caractéristique, qui nous a transportés à Poudlard, dans la forêt interdite, à Pré-au-Lard, qui nous a fait découvrir des sortilèges malfaisants et d’autres plus « enfantins ». Elle nous a ravi, elle nous a fait rêver. J’ai essayé, vraiment, de me dire que je ne pouvais rien attendre d’aussi bien. Disons que je me doutais que quand on avait atteint un sommet il était difficile d’y rester surtout en voulant changer totalement de style et de registre. Mais le verdict est tombé maintenant que j’ai lu ce pavé de 680 pages : je m’attendais à mieux venant d’elle. Nettement mieux. Et mes attentes, surement trop importantes, ont été la source de ma désillusion actuelle.

=> Barry Fairbrother décède soudainement d’une rupture d’anévrisme. Membre charismatique du conseil paroissial de la petite bourgade de Pagford, sa mort affecte profondément la petite société de manière plus ou moins franche. S’ensuit alors un « combat » pour le siège de Barry. Cette compétition qui s’installe va révéler les pires aspects de chacun des protagonistes et les secrets les mieux gardés vont être étalés au grand jour. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

   Je suis passée par à peu près toutes les phases lors de la lecture de ce roman. J’ai d’abord adoré retrouver le style de Rowling : ces phrases courtes, ce style fluide et facile à lire. Et puis j’ai déchanté, j’ai même fini par dire que j’avais hâte de le finir. Et puis j’ai trouvé ça « pas mal ». Et enfin je l’ai terminé en me disant qu’il n’allait pas me laisser un grand souvenir… Ça fait beaucoup de changement en seulement 680 pages. Mais j’ai bel et bien ressenti toutes ces émotions.

   Là où durant 7 tomes, elle fait de Harry un adolescent presque prude, on se retrouve dans ce nouveau roman face à un déluge de sexe, de drogue, d’allusions salaces diverses et variées. Là où notre bon Harry échange quelques timides baisers, ici nous avons droit à des scènes de sexe entre adolescents. Certes les deux sont incomparables dans l’histoire. Mais dans le style de l’auteur on peut se permettre de tenter une comparaison et cela fait peur car on a l’impression d’avoir perdu l’auteur qui nous a tant enchanté. Alors si elle a voulu casser son image d’auteur pour enfants, elle a réussi ! Mais seulement à moitié. Elle ne me convainc pas du tout en tant qu’auteur pour adultes. En effet, la particularité notoire de ce roman c’est qu’à peu près les 2/3 sont vus par le biais des adolescents qui peuplent la bourgade de Pagford. J’ai pu lire une critique dans laquelle la personne se demandait si J.K.Rowling n’était pas tout simplement incapable de se passer des adolescents qui sont le cœur de sa série Harry Potter. Comme si, elle ne pouvait se contenter d’adultes. Alors certes cela est intéressant pour le livre mais au final j’ai trouvé que : tout arrivait par ces ados, la majorité du livre est vue par eux et qu’ils sont les reflets déformés de l’idiotie et de la méchanceté de leurs parents.

   Oui au départ, c’est bien un adulte qui meurt. Et cette mort, tel un jeu de dominos, va engendrer une succession d’événements plus ou moins dramatiques. Ce choc va faire ressortir tout ce qu’il y a dans les gens. Pour certains nous assisterons à une révélation qui les soulageront, pour d’autres ce sera l’occasion de se montrer sous leur plus mauvais jour.

   Loin de toute action, ce livre ne repose que sur les personnages qui le composent. Et bien que ça soit sous forme de « huis clos » (tout est conté avec les mêmes personnages) il vous faut quelques chapitres pour vous mettre dans le bain. Les personnages sont posés dès le départ en terme de description mais pour ce qui est des liens entre eux, accrochez-vous et ayez une bonne mémoire ! J’ai quand même compté 18 personnages récurrents et un total d’environ 31 personnages qui gravitent dans cette histoire. Et quand vous n’avez pas entendu parler de Gavin par exemple, pendant les 15 dernières pages, difficile de le situer quand le début d’un chapitre commence par son nom… J’ai déjà lu des auteurs qui ne présentent pas leurs personnages et vous immergent immédiatement dans leur monde (GGK en premier lieu) mais ils ne multiplient pas les personnages à ce point. Avoir une famille c’est une chose. Avoir plusieurs familles c’est nécessaire. Avoir plusieurs membres de chaque famille qui interviennent devient un peu compliqué à suivre. Alors même si on s’y fait, il est clair que cela peut rebuter. Changer de point de vue est intéressant et donne la sensation de ne pas être cloisonné dans un type de vue mais à ce stade, ça devient de la voltige littéraire de haut vol. Avec le risque que le lecteur ne suive pas… Sans compter les allusions qui nous semblent tomber du ciel. Typiquement, une des adolescentes fait référence à des jumelles, filles de M. Fairbrother. Autant vous dire que j’ai dû remonter quelques 400 pages en arrière pour retrouver qui c’était parce qu’impossible de m’en souvenir, et ce malgré l’allusion « retrouveront leur père »… C’est peut-être aussi moi qui ai voulu lire trop vite.

   Nous sommes dans ce livre, très très loin d’un monde édulcoré. Bien au contraire, J.K.Rowling nous plonge dans la plus grande misère humaine. Mais pas seulement. Là où nous assistons à la déchéance humaine engendrée par la drogue, la misère, l’auteur nous emmène aussi sur un terrain plus psychologique. Nous avons le droit à un dépeçage des crises d’ado les plus virulentes et les plus extrêmes. Je conçois parfaitement le profond mal-être qui peut habiter certains adolescents. Et j’avoue même que la fille du Dr Jawanda (Sukhvinder) m’a fait penser à une copine de lycée qui faisait la même chose qu’elle (je ne vous dirai pas quoi puisque ça serait vous gâcher l’intérêt du personnage). J.K.Rowling dépeint avec un – très certainement – réalisme les émotions qui habitent ces adolescents, pas encore adulte, plus tout à fait enfant. La souffrance d’être le bouc émissaire, l’impression d’inutilité que l’on peut ressentir quand on est mauvaise élève, la problématique du harcèlement à l’école, entre enfants, le calvaire que Facebook peut parfois engendrer… Et on est affligé par l’absence de réaction des parents. Pourtant, c’est souvent ainsi : on se rend bien souvent pas compte de ce qu’on a sous les yeux. Que ça soit quelqu’un de profondément malheureux ou au contraire, la conscience de nager en plein bonheur. Parfois les adultes oublient et ne réalisent pas combien leurs propres enfants souffrent. C’est une réalité que l’auteur nous jette au visage avec, je l’admets volontiers, un talent indéniable.

   Je retiens donc beaucoup la souffrance qui émane de plusieurs des personnages. Là où les adultes arborent suffisance, orgueil, lâcheté et hypocrisie, les adolescents souffrent et essaient de survivre dans le monde de requins dans lequel ils sont projetés malgré eux. Et tout y passe : la volonté de faire du mal à ses parents, la volonté qu’ils soient fiers d’eux mais aussi la volonté qu’ils réalisent tout simplement qu’ils existent. Ceux sont des adolescents torturés que l’auteur nous décrit, malmenés et souvent soumis à une vie difficile.

   Au final, J.K.Rowling a choisi d’écrire un livre pour adultes sur des adolescents. C’est un peu le sentiment que je garde de tout cela. Un sentiment mitigé faute d’avoir eu un coup de cœur pour l’histoire en tant que telle. Je ne pense pas que cela veuille dire que J.K.Rowling n’écrira plus jamais rien de bon… Ne soyons pas extrêmes ! Elle a voulu s’essayer à un autre type de roman mais cela ne prend pas. Maintenant, je serai la première à me ruer sur son prochain livre, surtout si elle reprend sa plume pour du fantastique. Je crois que le rêve lui va mieux que de dépeindre une réalité trop crue…

Bonne lecture !

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6 réflexions sur “Une place à prendre de J.K.Rowling

  1. Lintje 7 novembre 2012 / 9 h 06 min

    Ton article reflète bien ce que tu m’as dis… du coup je ne sais pas si je vais me lancer dans sa lecture. Je suis curieuse mais j’ai tant de livres à lire…
    A voir. Et félicitation pour avoir réussi à écrire un article sur ce livre qui te laissait plutôt perplexe

    • Maêlle 8 novembre 2012 / 21 h 17 min

      Si tu n’es pas une grande fan de l’auteur (ce que je suis pour ma part) je te déconseille de te lancer dans sa lecture. Qui plus est je ne suis pas sur que ça soit le style de livre qui te plaise… Maintenant si tu as un moment et beaucoup de curiosité, tu sais où le trouver…
      Merci pour les félicitations 🙂

  2. Acr0 7 novembre 2012 / 12 h 34 min

    « sans crier gare » ? Tu as donc réussi à passer à travers le rabbatage médiatique ? 😉
    Ta désillusion vient-elle du fait que tu n’avais pas tourné la page concernant sa série HP ? C’est vrai que tu as beaucoup de phases au niveau du ressenti.
    Je me demande si ce n’était pas volontaire qu’elle pratique une césure aussi cassante avec ses précédents écrits (en plus de vouloir écrire autre chose)

    • Maêlle 8 novembre 2012 / 21 h 14 min

      Oui, je ne sais pas ce que j’ai fais, j’ai du devenir ermite ou entrer dans une autre dimension pour échapper au battage médiatique… 😉
      Je pense que j’avais tourné totalement la page HP. Néanmoins, elle a tellement été imaginative dans sa saga que je m’attendais à quelque chose de plus recherché, à une histoire de mœurs plus alambiqué, bref à mieux. En terme d’écriture, elle a gardé sa qualité, en terme d’histoire je trouve que ça pêche…
      C’est sûrement volontaire puisqu’elle l’a proposé à la publication et je pense qu’elle était parfaitement consciente de ce qu’elle faisait. Maintenant je me demande plus si elle est consciente qu’elle n’est pas convaincante pour tout son public…

  3. Freytaw 9 novembre 2012 / 16 h 24 min

    De ce que je comprend, vu d’ici, c’est un peu comme si elle voulait trop en faire. Trop en faire dans la cassure par rapport à la série HP. Trop en faire dans la bêtise humaine. Trop en faire dans le mal-être adolescent…
    C’est ça un peu non ? La désillusion était de toute manière inévitable, après un succès aussi immense… Je reste à croire que le succès n’apporte pas que du bon sur la suite d’une carrière : on est trop dans l’attente, trop dans l’expectative… On jugera toujours son travail par rapport à ce même succès, quand bien même cela soit justifié ou non. Mais c’est aussi une occasion pour elle d’écrire autre choses et d’être lu malgré tout… Je pense qu’elle aurait cependant gagner à rester dans un domaine plus enfantin ou quitte à faire de l’adulte, rester dans le fantastique, mais je salue le risque… Dommage ! Perso pour le coup, ça ne me fait pas rêver non plus et ça me donne pas envie de lire ça ! Déjà… faudrait que je lise toute la saga HP, ça serait pas mal xD

    • Maêlle 9 novembre 2012 / 21 h 22 min

      Elle a peut-être voulu trop faire au moins dans sa volonté de casser son image « d’auteur de Harry Potter ».
      Je ne suis pas d’accord sur l’inéluctabilité de la désillusion. On peut écrire un succès et bien rebondir. Mais je pense qu’il vaut mieux qu’elle reste dans son thème de prédilection qu’est le fantastique.
      Dans tous les cas je ne te le conseille pas au vu de tes goûts littéraires 🙂

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