Contes myalgiques I – Les terres qui rêvent – Nathalie Dau

   (Imaginez une voix caverneuse s’échappant des pages du livre que vous voyez…) Pour ceux qui doutent encore de l’existence des fées, passez votre chemin, ce recueil n’est pas digne d’être lu par vous, vous n’en comprendrez pas la quintessence. Il ne sera pour vous, que balivernes de langues bien pendues. Mais pour les initiés (il y en a plus qu’on ne le croit) alors vous comprendrez vite que vous tenez entre vos mains un livre contenant des histoires qui ont toutes un fond de vérité…

   Voilà un recueil de nouvelles « fantastiques » (pour les novices) « véridiques » (pour les initiés) où se mêle beauté et laideur, joie et tristesse. On alterne les histoires qui font rêver avec celles qui font peur. Un peu de morale dissimulée derrière les mots choisis avec soin par l’auteur. Novices ou initiés, au fond peu importe, venez rêver avec les terres au gré des histoires distillées par une auteure qui a quelque chose de féérique.

3859

   Il m’a fallu peu de temps pour découvrir et dévorer ce recueil de Nathalie Dau, auteur que je ne connaissais absolument pas avant de la découvrir par ce biais. Ce livre me fut conseillé par ma magicienne (qui d’autre…) avec un enthousiasme confinant au fanatisme. Et pour cause ! Voilà que l’auteure n’est autre qu’une fée égarée parmi notre monde ! Et ce n’est pas nous qui le disons mais bien Jean Millemann dans sa postface. Preuve s’il en faut que nous ne sommes pas les seules à être éparpillées dans ce monde. Malheureusement cette pauvre fée n’est guère épargnée dans cette vie mais cela ne l’empêche pas de nous régaler nous, de ces histoires magnifiques, qu’elles soient belles ou tragiques.

   Le style de l’auteur est clair et limpide tout en étant extrêmement soigné. On le sent dans la structure des phrases, dans le déroulement des paragraphes, dans le choix des mots. Ces derniers semblent avoir été longuement mûris, réfléchis et posés là avec la certitude que seuls ceux-ci convenaient. Ce qui nous donne des nouvelles aussi travaillées que des poèmes. D’ailleurs la plus courte des nouvelles du recueil fait 2 pages et n’est autre qu’un poème… Illustrant parfaitement la maîtrise des deux types d’œuvre par l’auteur.

   Quelque soit le sentiment ressenti, aucune des histoires ne m’a laissé de marbre. J’ai été tour à tour émue aux larmes, en colère, dépitée, heureuse… Chacune véhiculant son lot d’émotions. J’ai été plus ou moins surprise de l’originalité des histoires contées mais toutes m’ont happées. En quelques lignes Nathalie Dau arrive à poser une ambiance, à vous décrire l’essentiel, juste ce qu’il faut pour que vous suiviez. Et en même temps, c’est la force d’ailleurs de chaque conte, vous parvenez à vous attacher aux personnages ou à les détester ou au contraire à rester indifférent à leur malheur. De par son style vif et percutant, Nathalie Dau nous amène là où elle veut que nous soyons.

   La présence du « fantastique » est indéniable : fées, trolls, sorcières, toutes les créatures les plus communes du genre font leur apparition. Mais aussi bien d’autres tout autant féériques. Ce n’est pas toujours le personnage issu de l’imaginaire qui est le héros de l’histoire, loin s’en faut. Les héros sont les hommes et les femmes qui croient aux fées, aux sorcières, leur intelligence et leur capacité à trouver une réponse à la magie même quand ils en sont dénués (je pense à la dernière du recueil notamment : Vale Frater) Le héros est aussi parfois celui qui fait les choix, qui se trompe, qui abuse, dénigre… Tout n’est pas rose dans les histoires de Nathalie Dau même si on y trouve toujours une petite trace d’amour quelque part.

   Ce recueil est doté de 11 nouvelles. J’ignore si j’y parviendrai pour chaque recueil mais pour celui-ci je peux vous dire un petit mot sur chacune d’elle.

  • La femme, la sorcière et l’amour : elle m’a énormément marqué quand je l’ai lu. J’ai été totalement happée dans l’histoire sans réussir à en sortir, comme hypnotisée. Après avoir lue celle-ci vous savez que vous finirez aisément le recueil.
  • Bonne année ! : Teintée de tristesse mais pleine d’intelligence, cette nouvelle parle d’une forme d’amour : l’amour paternel…
  • Aenor : un petit tour dans le folklore breton pour y découvrir une légende drôlement jolie mais terriblement triste. Là encore l’amour est très présent. Ainsi que l’océan, le sel des embruns, les mouettes, les korrigans et les menhirs. Un voyage entre le midi de la France et le bout du monde.
  • Chicanerie : le poème…
  • Le violon de la fée : de par mon passé et ma relation particulière avec le violon sans nul doute ma favorite. Comment ne pas aimer quand on voue une admiration sans borne aux fées et qu’on a joué du violon ? Je vous le demande…
  • Le siestophage : beaucoup plus enfantine, elle n’en demeure pas moins terriblement saisissante. Son ton un peu plus léger et doté d’une pointe d’humour répondra à une grande question : pourquoi les gens du sud font la sieste…
  • Faux pas : à mon sens la plus originale car ayant comme personnages principaux… Des trolls. Et tout est vu de leur point du vue…
  • Lucine : je ne sais pas si c’est la volonté de l’auteure, mais j’y ai vu un pamphlet contre l’idiotie de la religion… Eprouvante de par le caractère horrible de l’histoire mais tellement… Juste.
  • Désespérée : la plus noire et la plus triste des nouvelles pour moi. La mort tout simplement, dans son plus simple apparat.
  • Demain les trottoirs : la plus longue de tout le recueil puisqu’elle compte 19 pages. Une histoire très belle qui montre ce qu’un enfant brisé peut devenir quand on lui donne la possibilité de se venger de la souffrance endurée. Surement la plus moralisatrice.
  • Vale Frater : on termine sur une note plutôt mélancolique, mettant les hommes à l’épreuve de la magie.

   Nathalie Dau emprunte au folklore local voir mondial. Ainsi on se retrouve dans le midi, en Bretagne, en Inde, en Sibérie. J’ignore si ces histoires s’inspirent de légendes, de coutumes locales ou de dieux païens mais une chose est sure : Nathalie Dau joue très bien avec !

   Ce fut une très bonne découverte pour laquelle je remercie encore Lintje. Un livre à mettre entre toutes les mains pour qu’on continue à croire aux fées afin que celles-ci perdurent à jamais.

Bonne lecture !

Ce recueil a été lu dans le cadre du challenge JLNN de Lune !

logo3

Publicités

6 réflexions sur “Contes myalgiques I – Les terres qui rêvent – Nathalie Dau

  1. Lintje 6 février 2013 / 21 h 06 min

    Pourtant j’ai bien vu ton air septique quand je t’ai prêté ce livre ! 😉

    Je suis très heureuse qu’il t’ai plus. Je l’ai trouvé magnifique, toutes les histoires m’ont happée, transportée. Pour dire, j’ai acheté ce livre aux utopiales et l’ai dévoré entre deux conférences. Bref une merveille que je suis heureuse d’avoir partagé avec toi (en plus l couverture est magnifique)

    Par contre, j’ai acheté le second volet et là… j’ai été un peu plus déçue, je n’ai pas retrouvé les impressions du premier… Dommage. Mais le livre est dans mes étagères si ca te tente !

    • Maêlle 8 février 2013 / 21 h 34 min

      Je n’ai pas le souvenir d’avoir été sceptique mais je veux bien te croire si tu le dis 🙂

      Je vois que tu l’as dévoré autant que moi au final !

      Merci du partage et peut-être me laisserai-je tenter par le second tome mais si tu es moins enthousiasme alors ça attendra !

  2. argemmios 12 mars 2013 / 13 h 45 min

    Le second tome est moins féerique mais davantage fantastique dans le sens strict du terme. Il traite du Mal dans tous ses états, et il comporte davantage de textes se déroulant à notre époque. On y voyage aussi dans le monde réel (Europe, Afrique, Brésil…) et dans des mondes rêvés, dans le temps, aussi… Mais oui, ce second tome est plus sombre, du fait de sa thématique. Si le premier est ma saison claire, le second est ma saison de ténèbres. Le tout forme ma roue de l’année. Mon yin et mon yang. Mais je comprends tout à fait qu’on puisse préférer une saison à l’autre : question de sensibilité 🙂
    En tout cas, un grand merci pour cette belle chronique qui me touche beaucoup !
    Nathalie Dau

    • Maêlle 12 mars 2013 / 14 h 51 min

      Les deux tomes sont donc complémentaires. La lecture du second pourrait m’attirer malgré que j’ai été très touché par ce premier tome. Et puis je crois qu’on a toujours un peu peur d’être déçue quand on a autant aimé un premier livre ! Toutefois le côté sombre peut être intéressant et vous piquez ma curiosité… Et je sais où le trouver 🙂

      Avec plaisir pour la chronique, je suis contente qu’elle vous ait plu.

      Maêlle

      • Lintje 12 mars 2013 / 15 h 00 min

        Il y a effectivement un contraste entre les deux tomes et c’est peut être parce que je m’attendais à retrouver les sensations du premier que le second m’a « surprise »…. Mais en étant avertie, peut être que je pourrais en avoir une nouvelle impression.
        En tout cas Maelle, il t’attend dans ma bibliothèque.

      • argemmios 12 mars 2013 / 16 h 16 min

        Le choix de proposer deux recueils contrastés et centrés chacun sur une thématique fut éditorial et j’avoue y avoir adhéré. En termes féeriques, je dirais que le premier opus est seelie et l’autre unseelie. Et en tant qu’ancienne joueuse de Changeling the dreaming, je préciserais même : orchidée versus outlaw 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s