Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle par Mélanie Fazi

   Je continue sur ma lancée de lecture de recueils de nouvelles avec Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle par Mélanie Fazi. J’ai découvert cette dernière avec Serpentine que j’avais beaucoup aimé (le souvenir des histoires de ce recueil est encore vivace). On m’a donc conseillé de lire Lisa Tuttle qui est la source d’inspiration de Mélanie Fazi. Rien de moins. Je ne devais pas donc être trop dépaysée. Et je ne l’ai pas été. Malgré quelques différences avec ce que je connaissais de Mélanie Fazi, ce recueil m’a transporté à bien des égards. Petit tour d’horizon.

Lisa

   J’ai trouvé les histoires très intimistes. J’ai trouvé que l’auteur nous emmenait dans son intimité, qu’elle tentait de nous faire partager ses angoisses et ses joies au travers de textes où la présence du fantastique n’est jamais très loin. Elle nous parle d’expériences vécues ou à défaut d’angoisses latentes qui ont besoin d’être extériorisées. J’ai eu l’impression de sentir un besoin de coucher sur le papier les fantômes qui hantent l’esprit de l’auteur. J’ai donc trouvé la plongée dans son univers très intense mais parfois dérangeante car l’auteur met le doigt sur des peurs qui existent aussi chez nous.

   Le style est très fluide, en quelques mots Lisa Tuttle nous pose le décor et les personnages. Un bout de maison, un morceau de campagne et nous voilà embarqué pour une histoire extraordinaire dont l’issue semble bien souvent très sombre. En effet, ne vous attendez pas ou peu à des fins « tout est bien qui finit bien« . Sans vouloir être nécessairement sombre ou dramatique, Lisa Tuttle choisit souvent une fin en cohérence avec ses personnages qui sont parfois très loin de ce que nous connaissons… Cela donne donc des fins parfois glauque (je pense à Ma pathologie), parfois tragique (Rêves captifs) ou encore teintée d’une indicible tristesse (Le remède). Dans tous les cas, aucun de ses textes ne m’a laissé indifférente. Chacun est pertinent et percutant. On se sent oppressé, pris au piège d’une plume incisive, venue extraire de vous les fantômes qui pourraient vous hanter. J’ai aimé mais (oui il y a un petit « mais »…) je n’aurai pas pu en lire plus. Pas à la suite. Sans être une lecture difficile – les mots utilisés sont simples, les structures de phrases ne vous feront pas perdre vos cheveux tout en étant joliment posée – c’est une lecture que j’ai trouvé parfois éreintante. Comme une chanson peut vous rester en tête, certaines des nouvelles demeurent dans votre esprit et refusent de le quitter jusqu’à ce que vous ayez – semble-t-il – compris tous les sens cachés du texte.

   Cela reste néanmoins une découverte que j’ai beaucoup apprécié. Sans hésiter, ma lecture préférée de ce recueil est « L’heure en plus » car elle m’a vraiment frappé au cœur, j’ai été emportée par l’histoire de cette femme écrivaine qui désire ardemment une heure en plus par jour pour pouvoir écrire… Je crois que Lintje comprendra bien en quoi elle m’a marqué !

   Parce qu’elles sont encore bien présentes dans mon esprit, voilà un petit mot sur chacune des nouvelles. Ce sera très court pour ne surtout pas vous gâcher le plaisir de la découverte si vous souhaitez vous lancer dans cette lecture. Le gros point négatif, à mon sens, est La fiancée du dragon que j’ai trouvé bien moins pertinente que les autres. Elle ne semble absolument pas à sa place dans ce recueil et je l’ai trouvée bâclée alors qu’elle est plutôt longue comparativement aux autres.

  • Rêves captifs (Closet Dreams) : Comment les rêves peuvent aider à survivre…
  • L’Heure en plus (The Extra Hour) : Mon coup de coeur dont j’ai parlé au-dessus. Que feriez-vous d’une heure en plus par jour ?…
  • Le Remède (The Cure) : Une magnifique histoire d’amour qui m’a littéralement étreint le coeur. Amour passionné, amour maternel…
  • Ma pathologie (My Pathology) : Elle m’a « dérangé », comprenez par là qu’elle m’est restée longuement en tête. Lisa Tuttle parle là aussi d’amour, de grossesse et de maladie.
  • Mezzo-Tinto (« The Mezzotint« ) : Un polar extraordinaire. Seulement quelques pages et pourtant un suspens haletant et une fin superbement bien menée.
  • La Fiancée du dragon (The Dragon’s Bride) : La plus longue nouvelle du recueil, la moins aimée pour ma part. Le déroulement de l’histoire tient plutôt un bon rythme mais la fin est mal venue.

   Le livre se termine par un entretien entre Mélanie Fazi et Lisa Tuttle. Ce fut agréable de le lire, une façon original et sympathique de découvrir plus avant un auteur inconnu (pour moi) et peu éditée en France. Mélanie Fazi pose des questions pertinentes sur l’écriture, l’inspiration… Sans qu’elles soient trop compliquées pour être comprises par tous et toutes, les précisions de Mélanie Fazi sont indispensables pour tout suivre ! A moins d’être aussi fan de Lisa Tuttle qu’elle !

   Je terminerai cet article en vous parlant de trois choses :

– d’abord ce livre est disponible en format papier ou numérique, vous trouverez toutes les informations à ce sujet ici.

– ensuite, j’ai trouvé la couverture très jolie, très travaillée. Une fois qu’on a lu le recueil, on parvient à trouver dans le pêle-mêle de celle-ci, plein de références aux différentes histoires écrites. Un beau livre en somme.

– enfin pour terminer, je vous invite à lire Le vieux M. Boudreaux de Lisa Tuttle, qui est disponible gratuitement sur le site de l’éditeur. Emplie de nostalgie et de douceur, cette nouvelle est totalement en dehors du recueil dont je viens de vous parler mais je l’ai trouvée très belle. Les quelques pages qui la composent sont pleine de tendresse et ravira le cœur des grands enfants que nous pouvons être…

Bonne lecture !

Ce recueil a été lu dans le cadre du challenge JLNN de Lune !

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7 réflexions sur “Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle par Mélanie Fazi

  1. Freytaw 26 février 2013 / 11 h 03 min

    Je suis curieux de savoir ce que c’est pour toi, une fin mal venue 🙂
    Sinon j’aime bien les recueils de nouvelles, ça se lit vite !

  2. Tigger Lilly 3 avril 2013 / 8 h 42 min

    Un très beau recueil assurément. J’ai aussi été très touchée par l’heure en plus.

  3. Acr0 13 mai 2013 / 21 h 44 min

    J’ai commencé par la nouvelle gratuite avant de céder à l’achat (sous le très chaleureux conseil de Lune). J’approuve moi aussi la couverture travaillée. Tu as raison, « éreintante » est un bon adjectif. Les fins ne sont pas joyeuses non plus… Mais les textes sont très prenants ; une certaine sensibilité se dégage des textes. Moi non plus la fiancée du dragon n’a pas su m’emporter (d’ailleurs c’est la seule dont le protagoniste est un homme)

    • Maêlle 14 mai 2013 / 8 h 48 min

      Lune est de bon conseil 🙂
      Les fins ne sont, en effet, pas vraiment joyeuses mais toujours dans la même sensibilité.
      Je n’avais pas fais attention que dans la fiancée du dragon, bien que les femmes soient omniprésentes, c’est un homme le protagoniste. Cela explique peut-être une moins bonne maîtrise des personnages mais même l’histoire elle même n’est pas aussi « délicate » que les autres nouvelles du recueil. Ces dernières sont là pour nous faire oublier la « moins bonne » de l’ouvrage.

      • Acr0 14 mai 2013 / 10 h 41 min

        Le narrateur est un homme mais c’est vrai qu’il parle essentiellement d’elle. Oui, pas aussi « délicate », tu cibles bien 🙂 Je pense que la longueur joue beaucoup aussi.

      • Maêlle 14 mai 2013 / 10 h 48 min

        En effet, la longueur doit jouer aussi car c’est la plus longue du recueil. Soit elle aurait du la faire beaucoup plus courte. Soit carrément en faire une nouvelle de 100 pages. Mais là, la longueur semble inadaptée au récit.

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