Fugue en ogre mineur – Anthologie dirigée par Anne Fakhouri

   Un nouveau recueil de nouvelles qui s’inscrit dans le challenge JLLN de Lune, édité chez ActuSF. La couverture joliment illustrée par Fabien Fernandez nous donne le ton de cette anthologie dirigée par Anne Fakhouri.

ogre

   Nous parlerons d’ogres et uniquement d’ogres. Pas que des ogres métaphorique comme j’ai pu en lire dans le passé (Notamment « « L’Ogre de Rostov » de Robert Cullen. Horrible. Passionant. C’est une histoire horrible et vraie : un tueur en série en Russie, qui mutilait atrocement ses victimes. Un tueur qui est passé entre les mailles du filet de la police, à cause d’une administration lourde, d’un manque de motivation des policiers mal-payés… On y voit le combat de deux membres de la police de l’URSS de l’époque contre un personnage odieux. Leur persévérance finira par payée. Tout en étant une enquête, c’est aussi une vision interne de la Russie très intéressante.) mais également les créatures imaginaires peuplant les contes pour enfants et dont les parents menacent leurs enfants trop turbulents. L’idée est en soi assez originale pour être signalée. D’ailleurs Anne Fakhouri parle de tous les ogres dans sa préface : ceux qu’on connaît dans les contes et ceux qui sévissent aujourd’hui via internet ou devant les écoles. L’ogre est une image incarnant bien souvent une forme du mal. Un ogre est toujours mauvais car il est récurrent qu’il dévore les enfants. Néanmoins, il existe plusieurs types d’ogres comme il existe plusieurs types d’humains. Tous pareils et tous différents à la fois.

   Le recueil est dirigé par une femme. Toutes les nouvelles présentent dedans sont issues d’auteurs féminins uniquement. D’où la préface intitulée : « Nés de femmes comme les autres ». Tous les ogres sont issus de l’imagination de femmes différentes au style parfois totalement opposé. J’ai plus ou moins accroché selon les auteurs. J’ai trouvé le format de la nouvelle parfaitement adapté pour découvrir des auteurs sur lesquels je ne me serai peut être pas penchée. Certains noms me sont familiers pour les avoir déjà vu dans les articles d’autres lecteurs – notamment chez ma magicienne – à commencer par la directrice de cette anthologie : Anne Fakhouri (Dont Lintje a parlé ici sur le blog des Singes de l’espace).. Cinq femmes, cinq auteurs, cinq visions différentes d’une même créature imaginaire. Tour à tour vue avec une clémence proche de la tendresse, tantôt avec horreur, les ogres faisaient peur et continuent de faire peur. Je vais tâcher de vous en parler sans trop en dévoiler et je choisis de vous en parler nouvelles par nouvelles, chacune ayant rien à voir avec l’autre dans la mesure où l’auteur diffère d’une nouvelle à une autre.

   Chaque auteur choisit un angle d’approche totalement différent. Histoires d’actualité, histoires anciennes, tout y est pour parler d’ogres au passé ou au présent. L’ogre est lui même tour à tour personnage principal ou secondaire au gré des histoires qui déroulent. Les cinq auteurs présents dans cette anthologie sont :

  • Jeanne-A Debats – L’ogre de ciment

  • Stéphanie Gaillard – La chasse à l’ogre

  • Ida Mars : Les ogres font-ils de bons pères ?

  • Audrey Alwett – La chair choisie

  • Justine Niogret – Les autres

   Au début de chaque nouvelle, les auteurs sont présentés en deux lignes histoire de vous en dire l’essentiel et de vous préparer à la lecture qui va suivre. Je garde un souvenir marquant de la première de Jeanne-A Debats que je ne connaissais absolument pas. Petite plongée dans l’univers sombre des cités et de leurs lois parfois difficile et souvent injustes. Yasmin représente toutes celles qui voudraient crier vengeance. Elle ne va pas avoir peur d’un ogre de ciment après avoir vu l’ogre humain. Au contraire, elle va tirer une force de cette rencontre et on comprend à demi-mot le choix qu’elle fait. Même si cela pose beaucoup d’interrogations, on comprend. Et on ne développe guère plus. Pas besoin. Le ton employé ne laisse aucun doute sur la compréhension de la fin de l’histoire. J’ai aimé cette manière de nous dire les choses indirectement, de nous faire comprendre et finalement de nous faire entrer dans le même raisonnement que la jeune héroïne. Le tout en seulement quelques pages. Cela a le don de toujours m’étonner…

   Je garde aussi un souvenir vivace de la seconde nouvelle de Stéphanie Gaillard. Surtout parce que le style diffère totalement. L’auteur opte pour une longue lettre écrite par un conte au Roi de France. Ce dernier narre l’histoire de la traque du dernier ogre. L’idée d’une lettre nous amène à n’avoir que le point de vue de celui qui l’écrit. Mais elle offre aussi la possibilité à l’auteur de glisser des remarques sur son propre ressenti lors de cette traque. Fallait-il vraiment annihiler les ogres ? N’ont-ils pas une petite ressemblance avec nous humains ? Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec l’histoire précédente et je me suis dis que la question était fort joliment posée… Comme la première, l’auteur, dont je n’ai rien lu hormis cette nouvelle, pose la question avec une certaine délicatesse… Une certaine féminité.

   La troisième m’a beaucoup moins marqué. J’ai trouvé le style de Ida Mars plus banal que les précédentes. Et même si l’idée est originale (savoir si un ogre est un bon père ou pas) et que la fin m’a surprise, je n’ai pas été enthousiaste. Cette histoire a eu beaucoup moins d’échos en moi, bien que je l’ai trouvée sympathique, cela ne m’a pas donné envie d’approfondir ma connaissance de l’auteur…

   La quatrième m’a fait un peu la même impression que la précédente. Rien de très marquant. Rigolote sans aucun doute, l’ogre révèle un côté pragmatique quand à la gestion de son « troupeau » et une certaine intelligence dont sa progéniture n’est – à son grand dam – pas toujours pourvue ! Mélangeant le thème de l’amour maternelle confrontée à l’amour paternel et à la « fausse bienveillance » de ceux qui vous aiment, l’auteur écrit une histoire un peu cousue de fil blanc à mon goût. Alors même si elle révèle des thèmes originaux, des idées sympathiques, je l’ai trouvée moins travaillée et moins approfondie que les autres. Ou alors la métaphore est poussée si loin que je n’ai pas accrochée. Bref, je m’en souviens bien mais je n’ai pas pour autant un souvenir aussi imprimé que les autres.

   La dernière m’a permis de découvrir une auteur dont j’ai beaucoup entendu parlé avec Chien du heaume que je n’ai pas eu l’occasion de lire encore. Justine Niogret va mettre en place un univers très sombre et plein de mélancolie où la différence joue un rôle important. Sans tomber dans une histoire dramatique, l’auteur va nous mettre un peu mal à l’aise avec cette histoire de jeune fille différente qui pense pouvoir devenir comme les autres. Ne vous attendez pas à trouver un quelconque apitoiement mais plutôt une évolution naturelle de l’histoire. Malgré sa noirceur, l’histoire est prenante et intrigante. Bien que mal à l’aise, je n’aurai pas pu la laisser tomber en cours de route. Une certaine envie de comprendre où elle veut en venir. Et quand elle y parvient, je fus partager entre l’horreur et l’incrédulité. Justine Niogret m’a épaté à travers cette nouvelle et suscité en moi l’envie de la découvrir.

   Comme vous pouvez le voir, des avis très contrastés sur des nouvelles toutes différentes. J’ai apprécié de passer d’un auteur à un autre même si cela nécessite plus d’efforts que les recueils que j’ai pu lire précédemment. Cette anthologie présente l’avantage de vous faire découvrir tout type d’auteurs mais nécessite de pouvoir passer d’un style d’écriture à un autre avec facilité. Un exercice que j’ai trouvé un peu contraignant au début (j’ai parfois relu 2 ou 3 fois le premier paragraphe pour réussir à rentrer dans l’histoire) mais qui au final s’est révélé très enrichissant. Ayant plusieurs anthologies avec des auteurs diverses cela me permettra de découvrir tout type d’auteurs et m’aidera peut être à me lancer dans la lecture de certains dont j’ignore tout.

   Le côté fantasy de cette anthologie est indéniable, la présence des ogres suffisant à assurer la fantasy des histoire. Et pourtant la plupart s’ancre parfaitement dans notre réalité. On se demande parfois si on parle bien des ogres fantastiques et si l’humain n’est pas parfois pire que l’ogre qu’il chasse. J’ai noté un petit point commun entre toutes les histoires : le fait que les ogres soient attachés à la nature, la forêt, les arbres. Tous les auteurs sans exception en ont parlé, plus ou moins bien évidemment, mais la forêt est un dénominateur commun entre toutes les nouvelles au même titre que les ogres. L’ogre est lié à la nature, aux forêts profondes et mystérieuses qui n’existent plus trop aujourd’hui. Le déboisement tue aussi bien les ogres que la volonté de destruction par les hommes.

   Malgré un avis mitigé je suis très enthousiaste par cette lecture que je conseille pour ceux qui souhaitent partir à la découverte des ogres, des femmes-auteures d’horizons variés.

Bonne lecture !

Ce recueil a été lu dans le cadre du challenge JLNN de Lune !

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4 réflexions sur “Fugue en ogre mineur – Anthologie dirigée par Anne Fakhouri

  1. Acr0 13 mai 2013 / 21 h 51 min

    Je pense que la thématique de l’ogre pourrait me plaire, surtout s’il est présenté sous plusieurs formes. Après je suis assez difficile côté nouvelles, il se pourrait que je sois déçue par celles qui t’ont le moins marquée.

    • Maêlle 14 mai 2013 / 8 h 51 min

      A l’inverse en nouvelles, je suis plutôt tolérante et capable de lire de tout, partant du principe que de toutes façons, cela sera court. Donc, même si la thématique t’attire je ne suis pas sûr que les histoires te plaisent suffisamment… Après quelqu’un l’a peut-être dans sa bibliothèque, prêt à te le prêter pour essayer 😉

      • Acr0 14 mai 2013 / 10 h 38 min

        Je viens de regarder, il se trouve à la médiathèque 🙂

      • Maêlle 14 mai 2013 / 10 h 46 min

        Parfait !! 🙂

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