Le joueur d’échecs – Stefan Zweig

   Il y a des rencontres qui aboutissent à un livre. Ce fut le cas pour Le joueur d’échec de Stefan Zweig. Quand on navigue dans la grande mer des œuvres littéraires, on connaît souvent au moins de nom, Stefan Zweig. Mais ça n’est pas parce que vous le connaissez de vue que vous avez envie de venir à sa rencontre… Je n’avais même pas songé lire une œuvre de lui pour l’instant. Et puis, comme pour Haruki Murakami, quelqu’un vous dit « C’est super ! », votre curiosité est piquée à vif et vous vous dites « Bon à noter dans un coin, si j’ai un moment, je me pencherai dessus. » Là dessus vous dormez, et vous savez pertinemment qu’il faudra des mois avant que vous y repensiez. Sauf si on vous offre un livre de l’auteur en question. Ce qui m’est arrivé dans les deux cas… Je me suis donc retrouvée avec Le joueur d’échec entre les mains, notant les – seulement – 97 pages qui le constituent et me demandant bien ce que cela pouvait renfermer. On se fait parfois une fausse idée d’un auteur. Bon j’avoue que pour Murakami, je n’avais aucune idée ce qui a eu le mérite d’être une totale découverte (et une agréable découverte…) Mais pour Zweig, je m’étais fais une idée d’un auteur philosophique, intellectuel, et par là même, surement un peu – beaucoup ? – ennuyeux. Et bien mal m’en a pris. J’aurai pu recopier 100 fois « Je n’aurai plus jamais de préjugé sur un auteur que je ne connais pas. » Chronique d’une nouvelle surprenante

joueur

   La quatrième de couverture pique ma curiosité mais me laisse perplexe. Je connais les échecs de loin… J’ai bien essayé mais je n’ai jamais suffisamment accroché au jeu pour y jouer. Alors évidemment quand on vous annonce un livre sur un joueur d’échec ça laisse un peu perplexe… Et finalement nous sommes loin des échecs…

Qui est cet inconnu capable d’en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu’antipathique ? Peut-on croire, comme il l’affirme, qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.

   Stefan Zweig commence par vous présenter Czentovic, champion mondial d’échec à travers les yeux d’un narrateur curieux. Ce dernier a pris place dans un paquebot pour un voyage en mer de 12 jours. Et il est extrêmement intrigué de savoir comment un homme tel que Czentovic a pu devenir joueur d’échec ! Le jeu est réputé l’apanage de grands cerveaux et voilà qu’un fils de batelier qui ne sait ni lire, ni écrire, parvient à gagner. Ce qui serait la preuve que pour y jouer, une partie seulement du cerveau et une partie spécifique serait utilisée. Une aubaine pour notre narrateur que de voyager sur ce navire ! Pourtant il va découvrir que ce cher Czentovic n’accorde aucune interview en privé. Ses succès au jeu d’échec l’ont rendu prétentieux. Mais notre narrateur est ingénieux et va attirer le grand joueur dans ses filets au moyen… D’un jeu d’échec. Loin d’être le cœur de l’histoire, ce résumé n’est que l’amorce de l’essentiel : l’arrivé d’un personnage hors normes.

   J’admire la capacité de Stefan Zweig a écrire 97 pages mais de n’avoir gardé qu’une vingtaine de pages pour l’essentiel. C’est vraiment l’impression que j’ai eu, celle que la pépite, l’essence même de l’histoire était dissimulé au sein d’une mise en situation parfaitement amenée. Le joueur d’échec, loin d’être un banal essai sur la capacité du cerveau humain à jouer aux échecs, est une découverte d’une torture nazie particulièrement atroce, que j’appellerai « La torture de la chambre d’hôtel ». On imagine la torture physique. On arrive à concevoir ce que cela implique. Et on sait pouvoir compter sur des ressources parfois insoupçonnée. Mais cette torture là, qui est psychologique est un vrai néant à imaginer. Où trouver dans notre cerveau, pourtant plein d’une imagination débordante, la capacité à imaginer qu’il n’ait plus rien à se mettre sous la dent… Pas un livre, pas un bout de papier, pas un crayon. On découvre la torture, ce qu’elle implique et jusqu’où elle peut mener.

   Je ne m’appesantirai pas sur cette histoire de torture, vous laissant le loisir de découvrir le lien entre le titre, Czentovic et notre cher personnage, M. B. Comment les échecs deviennent une thérapie. Comment le remède peut devenir la maladie. Stefan Zweig use de son narrateur comme d’un personnage secondaire contrairement à bien des auteurs. Cela doit d’ailleurs renforcer cette impression que tout le livre tend vers cette rencontre avec M.B, à cette découverte. Le narrateur ne se démarquera qu’à la fin où il est contraint d’intervenir. Le jeu d’échec reste au cœur même du sujet, le fil d’ariane de Zweig pour parler à sa manière de la guerre.

   Guerre que l’auteur a connu. D’ailleurs, je vous conseille la version annoté/commenté (celle que l’on m’a offerte d’ailleurs) qui vous permettra de cerner un peu mieux l’auteur et de comprendre en quoi cette période de l’histoire le concerne tant. Je n’ai pas lu tous les commentaires, certains m’ont semblé inintéressants mais d’autre sont un vrai « plus » pour la compréhension globale. Dans tous les cas, prenez 5 minutes pour aller vous renseigner sur cet homme au destin tragique, marqué par une guerre horrible. Un homme qui fut apatride à cause de cette guerre.

   En dehors de l’histoire qui a déjà tout mon enthousiasme, j’ai été séduite par le style d’écriture. Loin de ce que je pensais (préjugés mal placés…) Stefan Zweig a une écriture extrêmement fluide, des phrases bien tournées, pas alourdies par des tournures trop intellectuelles. Il va à l’essentiel, se mettant à la portée de tous. Je m’incline et présente mes excuses pour mon jugement hâtif.

   Une lecture que je recommande donc… J’avoue que ma curiosité est piquée, que d’autres de ses œuvres seraient susceptibles de m’intéresser. Et surtout, ça m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs pour lesquels j’ai aussi de stupides préjugés…

Bonne lecture !

Ce recueil a été lu dans le cadre du challenge JLNN de Lune !

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