Petite poucette – Michel Serres

   Un livre qui dénote dans le paysage habituel de mes articles mais je garde intact cette dévorante curiosité littéraire qui me pousse à lire de tout surtout si on me le conseille et pour finir qu’on me l’offre. Nombre d’entre nous connaisse, peut-être seulement de nom, ce philosophe contemporain qu’est Michel Serres. C’est mon cas, je le connaissais de nom, de loin, n’ayant jamais pris le temps de lire une de ses œuvres. Pour ceux qui n’ont qu’une vague image d’un homme aux cheveux blancs et au sourire agréable, je me permets de préciser rapidement qu’il est professeur d’histoire des sciences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi qu’à l’Université Stanford depuis 1984. Élu à l’Académie française le 29 mars 1990, il occupe le fauteuil no 18. Michel Serres est donc un homme de lettres (mais pas seulement) dont la bibliographie est impressionnante. Quand au titre, tous ceux qui envoient des SMS régulièrement (pour ne pas dire sans arrêt…) ont déjà du l’entendre. En effet, les poucets et poucettes, c’est ainsi qu’il surnomme notre génération, celle qui a vu les ordinateurs bouleversés leur vie et les portables devenir une extension de leur main. La poucette est surnommée ainsi par notre capacité à écrire les SMS avec… Les pouces, tout simplement ! Mais ne nous n’y trompons pas, derrière ce surnom « drôle », amusant, Michel Serres parle d’une génération pour laquelle il a une profonde affection. Et ça fait du bien.

   Enfin, nous voilà loin de l’habituelle déprime !! Enfin, quelqu’un qui voit le bon côté des choses et qui ne voit pas notre génération comme la « pauvre » génération qui va droit dans le mur, qui appartient à une époque catastrophique, du nucléaire aux problèmes environnementaux. Non, Michel Serres préfère parler de nous et de l’avènement de la technologie. En quoi ordinateur, Internet et téléphones portables ont tout bouleversé. Pas seulement l’économie mondiale, ni l’économie numérique. Mais les interactions sociales entre les êtres humains, nos rapports avec le monde tout simplement. Alors Michel Serres part de loin, rappelant le passage de l’oral à l’écrit. De l’écrit aux nouvelles technologies. J’ai aimé sa vision de l’université, de l’école, de l’enseignement en règle générale. Nos institutions ne sont-elles pas obsolètes ? Le souci actuelle, plutôt que d’être les enfants poucets/poucettes, les hommes et les femmes de cette génération, n’est-elle pas la société qui n’est plus en adéquation avec ces derniers ? Critique sans être acerbe, Michel Serres expose tranquillement son point de vue. Et j’ai adhéré à nombre de ses idées. Il est évident qu’un professeur doit penser à transmettre son savoir différemment, en prenant en compte qu’aujourd’hui Internet pousse les élèves non pas à croire qu’ils ont la science infuse, mais que leur professeur ne détient peut-être pas la vérité absolue. Aujourd’hui, nous critiquons, nous remettons en cause ce que l’on nous raconte. Nous possédons des outils qui permettent d’interagir d’une nouvelle façon. Mais est-ce que la société l’a compris ? C’est là où le bât blesse.

   Michel Serres parle également de la santé, de notre nouvelle relation avec la mort que nous refusons. Nous parlons de soins palliatifs, nous avons moins peur de la douleur que les médecins d’aujourd’hui soignent à coup de médicaments. Encore une fois nous avons changé nos relations : avec l’équipe médicale, avec les autres patients. Et les technologies qui nous permettent de communiquer avec d’autres (les fameux réseaux sociaux) nous aident à remettre tout sans cesse en question. On veut des réponses claires et précises.

   C’est avec un regard plein d’amour et de tendresse que Michel Serres parle de nous, de la génération internet. Mais aussi avec beaucoup de confiance. Car Michel Serres appelle la société à faire confiance à cette génération. A cesser de vouloir maintenir des dinosaures d’institutions qui ne sont plus en adéquation avec les nouvelles technologies qui ont transformé notre quotidien. C’est avec une énergie incroyable et une grande envie de voir comment nous allons faire évoluer la société que Michel Serres parle de nous. Cela fait du bien de sentir que certain ne nous voit pas comme une future génération ratée qui n’a rien compris. Mais simplement une génération en plein dans un virage qu’une société sclérosée a du mal à prendre.

  Merci à vous Michel Serres, de chercher à nous comprendre plutôt qu’à tout simplement nous rejeter. De ne pas laisser l’ignorance engendrer le mépris.

Bonne lecture à ceux qui auront la curiosité de lire cet essai philosophique qui, au fond, concerne un peu la communauté des blogueurs !

Maêlle

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2 réflexions sur “Petite poucette – Michel Serres

  1. Loys 26 juin 2013 / 21 h 10 min

    C’est sur que le virage éducatif à Stanford, on le voit plus qu’à Grigny…

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