Twenty – Erich Von Götha

   L’éclectisme littéraire est pour moi, une grande richesse. J’aime lire de tout. Presque tout m’intéresse. Il est évident que les lectures me plaisent plus ou moins. Qu’elles restent ancrées en moi plus ou moins longtemps. J’ai mes préférences, mais c’est avec plaisir que je me tourne vers des genres divers et variés. Et pourquoi pas l’érotisme ? J’ai eu l’occasion d’effleurer ce sujet via ma chronique de l’anthologie 69 dont la lecture a eu lieu dans le cadre du challenge de Lune. Ce fut d’ailleurs la lecture d’une de ses chroniques qui suscita en moi l’envie de partir à la découverte de ce recueil dont je garde un agréable souvenir.

   L’érotisme est un style propre, avec ses règles, ses auteurs et ses lecteurs. Là où le roman érotique suscite l’imagination, la bande-dessinée offre un support visuel qui change totalement la donne. A mon sens, l’enjeu pour la bande-dessinée érotique est de réussir à offrir un dessin de qualité associé à un scénario qui l’empêche de sombrer dans la vulgarité sexuelle qui ne suscite chez moi aucun intérêt. C’est un exercice que je trouve plutôt difficile… Difficile pour l’auteur qui se lance dans ce défi, difficile pour le lecteur de trouver son bonheur. Mais certains sortent du lot et méritent qu’on en parle ! Car la littérature c’est tout cela et bien plus encore…

   Milo Manara est largement connu et réputé dans le milieu de la bande-dessinée érotique. « Le déclic » est fameux et ses associations avec des auteurs divers, tel que Hugo Pratt (Corto Maltese pour situer), le rendent particulièrement riche et intéressant. Sans compter que son coup de crayon vaut le détour. J’ai découvert dans la même veine, il y a de cela quelques années, Erich Von Götha. « Dans la même veine » car je trouve le dessin particulièrement beau. Notamment pour « Twenty », que j’ai eu l’occasion de lire dans son intégralité. Et dont je vais plus particulièrement vous parler.

twenty 1-2

      Erich Von Götha fait parti de ces auteurs-dessinateurs au talent visuel indéniable. J’ai trouvé que tout le charme de cette bande-dessinée résidait dans ses dessins d’une rare qualité. Chaque case est soignée, chaque personnage également. La mise en couleur est très sobre contrastant avec l’exubérance des scènes dessinées. Erich Von Gotha préfère ne mettre que quelques touches de couleurs qui attirent indéniablement le regard du lecteur là où il souhaite le voir se poser. Ne vous y trompez pas, l’auteur veille à votre plaisir… Littéraire ! Des lèvres soulignées de rouge, une robe aux couleurs chatoyantes loin du gris du béton et des ambiances tamisées par des dégradés de gris. Il sait capter notre regard. Essentiel quand l’art est visuel.

case twenty

   Pour nous combler parfaitement, voilà que l’auteur affuble ses personnages d’une histoire qui tient la route, dans un monde qui est le prolongement du notre… Utopique car la médecine aurait découvert un moyen de prémunir tout le monde de toutes les maladies, notamment les plus graves (le SIDA en première ligne) ce qui a permis une nouvelle libération sexuelle, dont les résultats sont plus visibles qu’à l’heure actuelle. En parlant de libération sexuelle, je fais un petit aparté pour vous inviter à lire le blog d’Ovidie, que je prend un immense plaisir à lire, de par son ton juste et pertinent, ses réflexions toujours menées dans l’idée d’expliquer, de comprendre. Mais elle n’hésite pas aussi à parler avec clairvoyance de tout ce que la « libération sexuelle de la femme » n’a pas changé. J’en profite pour vous dire, – cela demeure de la littérature ! -, qu’Ovidie est elle même auteur de plusieurs ouvrages, elle a notamment participé à certains livres de la collection « Osez… » des éditions La musardine. Cette collection est dotée de couvertures au ton humoristique que j’aime beaucoup, signées Arthur De Pin’s qui depuis a fait notamment « Zombillénium » dont Livrement nous parle avec enthousiasme ! Je cesse mes divagations et reviens à mon sujet…

   Revenons donc à notre chère Twenty et à sa découverte de la sexualité. Loin de ne découvrir que cela, elle va rencontrer également l’amour, l’amitié, et un héritage immense que ses parents lui ont légué. A elle de savoir en faire bon usage. Pas évident une fois que vous avez connaissance de ce en quoi il consiste. Je vous laisse le soin de le découvrir par vous même !

twenty 3

   Dans le troisième tome (sur les 4 sortis aujourd’hui), l’auteur pousse l’amusement à se mettre lui même en scène… Ainsi, on le voit dans l’histoire prendre attache avec Twenty pour adapter en film « Les malheurs de Janice », une autre de ses œuvres dessinées. Un petit clin d’œil à ceux qui le lisent assidûment. J’avoue avoir trouvé original que l’auteur se dessine lui même et se mette en scène ! Je l’ai lu avec beaucoup de curiosité ! Il joue à l’acteur par crayon interposé. Une expérience qui doit être particulière à vivre pour l’auteur… Cela m’intriguerait de savoir ce qu’il a pensé de cette expérience atypique.

   J’ai trouvé que l’on sentait que l’auteur-dessinateur prenait beaucoup de plaisir en faisant cette BD, ce qui est bénéfique pour le lecteur qui est emporté par cet enthousiasme. En somme lire Twenty revient à passer un très agréable moment, c’est la rencontre entre la beauté du dessin et l’érotisme. A mon sens, une rencontre parfaitement réussie, qui donne à l’érotisme ses dessins de noblesse dans le monde de la bande-dessinée…

Bonne lecture !

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