Les lieux sombres – Gillian Flynn

   Il y avait bien longtemps que je n’avais pas renoué avec le thriller glauque et effrayant à souhait, le tout saupoudré d’un zeste de suspense. J’avais envie de trancher sur toutes mes dernières lectures. Et j’ai opté pour Les lieux sombres de Gillian Flynn. J’ai cru un instant regretter mon choix car c’était franchement mal parti !!! Il est très rare que je laisse en plan un livre et que je ne le finisse pas, aussi les rares fois où il m’arrive de décrocher, je peine à me relancer (il en est ainsi pour Le nom du vent…) J’ai donc décidé de persévérer. Et bien m’en a pris parce que ce livre s’est révélé finalement plus sympa que ce qu’il augurait dans les 50 à 70 premières pages (oui, quand même). Ce n’est pas un « grand » thriller non plus, j’ai connu plus terrifiant et mieux mené mais il se laisse lire (oui c’est aussi très rare que je commence une chronique si négativement alors je me rattrape !!). Pour les amateurs du genre, je peux comprendre qu’il ne soit pas à la hauteur de ce qui a pu ou peut être lu à l’heure actuelle.  Et si il s’en sort à mes yeux c’est que je suis bon public et pas une assez grande fan de ce style pour être si critique que cela à son égard. Peut-être également parce que je suis sensible à la difficulté que représente le fait d’écrire, j’ai du mal à émettre un avis foncièrement négatif à l’égard d’une œuvre littéraire. Néanmoins l’histoire pêche et le livre présente clairement des faiblesses importantes quant à certains points. Pas de coup de cœur cette fois, vous l’aurez compris.

lieux sombres

Janvier 1985, Kinakee. En pleine nuit, la famille Day qui vit dans une ferme en pleine campagne est décimée. Deux survivants : Ben, l’aîné et Libby la cadette. Cette dernière désigne son frère comme l’auteur de cette boucherie. Échappant à la peine de mort, Ben est envoyé en prison pour la fin de ses jours. 25 ans plus tard, Libby est aux abois financièrement. Sollicitée par une association bizarre, elle accepte de faire quelques investigations au sujet de cette nuit là, refusant toutefois de revenir sur son témoignage. Jusqu’à ce que des indices viennent la troubler. Peut-être était-ce ce qu’il lui fallait pour sortir de la léthargie dans laquelle ses dépressions chroniques la conduisent régulièrement : la vérité.

   Tout d’abord, je vais commencer par tenter d’expliquer en quoi je n’ai pas accroché au début. A mon sens, le plus grand point faible demeure dans l’héroïne. L’histoire est racontée de plusieurs points de vue mais principalement de Libby Day, la survivante au massacre qui décima sa famille. Quand on aborde son point de vue, l’auteur utilise la première personne du singulier. En somme, nous devrions pouvoir nous projeter en tant que Libby dans l’histoire. Sauf que cette dernière est si peu attrayante, que l’utilisation de la troisième personne aurait peut être été plus judicieux !! Un regard extérieur permet une tolérance vis à vis de l’auteur que l’on a plus difficilement quand c’est le « je » qui s’exprime. Dès les premières pages, j’avoue que Libby m’a exaspéré. On s’attend à une victime attachante et voilà qu’elle nous rebute avec sa fainéantise qui atteint des sommets et son imbécilité qui nous donne envie de lui mettre des claques. Et l’auteur prend son temps pour la décrire plus avant, pour développer l’aspect psychologique du personnage qui aide à mieux l’accepter et à la comprendre. Qui en fait même tout l’intérêt. C’est ce qui pêche : une trop lente entrée en matière. On patauge dans l’aspect « larve » de Libby et on a l’impression qu’on ne va jamais en réchapper ! Il faut donc réussir à franchir cette étape et pour cela quelques dizaines de pages sont (malheureusement) nécessaires. Mais à compter du moment où elle va rencontrer Lyle, va s’enclencher une succession d’événements qui vont enfin toucher la curiosité du lecteur et nous lancer dans la quête sur les traces du passé de Libby. Il était temps, ai-je envie de dire !

   Car c’est une fois qu’elle en arrive là que l’histoire prend tout son sens. J’étais tout de même sceptique quant à la longueur du récit en voyant le nombre de pages et en quoi l’histoire allait consister… Sauf que c’est là qu’intervient une idée de l’auteur que j’ai trouvé bien exploité : en même temps que nous suivons Libby dans la recherche de sa « vérité », nous avons un flashback par intermittence durant lequel nous suivons le déroulement des événements de cette journée par le biais de plusieurs personnages et notamment le plus important : Ben. Cela a un côté sympathique qui est de se dire que nous en savons plus que l’héroïne mais en même temps lorsque Libby rame à trouver une information ou qu’elle tombe dans une nouvelle impasse, nous savons pourquoi et n’en sommes guère surpris… Ce qui ne fait que nous rendre encore plus détaché à l’égard de la jeune femme. Mais peut-être est-ce là le but de l’auteur : nous décrire une victime qui ne semble pas être l’image que l’on pourrait se faire d’elle. On s’attend à une femme meurtrie, martyrisée mais forte et on ne découvre qu’une femme meurtrie et dépressive cherchant l’argent facile. Voleuse, menteuse, l’auteur affecte délibérément sa crédibilité or vu l’importance de son témoignage on comprend l’intérêt de la manœuvre mais j’ai trouvé que cela ne prenait pas… C’est peut-être au tour de l’auteur de manquer de crédibilité dans son écriture.

   Ce qui maintient l’intérêt du lecteur réside dans l’ignorance complète du déroulement de l’événement majeur du récit : le massacre de la famille Day. Dans la mesure où nous avons déjà un tueur identifié et condamné, nous nous demandons surtout si c’est bien lui ou non. J’avoue avoir été agréablement surprise au vu de la qualité du récit, du dénouement de celui-ci. J’admets bien volontiers que je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi tordu et j’ai compris quasiment en même temps que l’auteur nous conte le déroulement de l’histoire. Donc à ce niveau là l’auteur arrive à quelque chose de pas trop mal, au moins à nous maintenir dans un état d’ignorance salutaire pour le lecteur.

   Un autre point qui plaide en faveur de l’auteur : il choisit vraiment de faire de la famille Day entière des victimes atypiques dans ce genre de roman. Famille pauvre, mère débordée, père gueulard, buveur, fuyant, un milieu rural où la saleté fait partie du paysage. La manière crue dont en parle Libby et la description qui en est faite rend un tableau que je n’ai pas été habituée à rencontrer dans ce type de livres. J’ai trouvé que cela changeait et ça ne fait pas de mal de bousculer certains codes établis depuis (trop) longtemps.

   L’écriture est fluide, facile à lire. Quelques fautes alors que nous sommes dans un livre imprimé par une maison d’édition dont on attend qu’elle soit irréprochable, mais l’erreur est humaine… En terme de traduction rien ne m’a sauté aux yeux, elle est donc largement correcte, ce qui est rassurant, les auteurs américains de thriller et de policiers étant depuis longtemps ancrés dans le paysage littéraire français. Ouf !

   Si vous aimez les thriller rondement menés, je ne peux guère vous le conseiller. Mais pour ceux qui comme moi, savent se contenter de peu, tentez, j’irai lire sur vos blogs ce que vous en avez pensé !!!

   Parce que je ne vous déconseillerai jamais de lire un livre à moins qu’il soit vraiment mauvais et ce n’est pas le cas de celui-ci, je vous souhaite une bonne lecture !!

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