Princes de la pègre – Douglas Hulick

   Lors d’une virée avec mon amie magicienne, nous avons fait un arrêt à la libraire (et maison d’édition) L’Atalante, située à Nantes. Elle tenait à m’y emmener depuis un petit moment. Ce fut l’occasion de concrétiser cette envie dont je garde un très bon souvenir. Particulièrement orientée SF et Fantasy, cette librairie regorge d’ouvrages qui ne demandent qu’à être lus par les lectrices que nous sommes. Accueillies par une femme aussi gentille que généreuse en conseils et avis, pour un peu on serait resté y camper. Pour les amateurs de fantasy, je rappelle deux choses au sujet de cette maison d’édition : elle publie Guy Gavriel Kay et Terry Pratchett. OK pas seulement ces deux là mais déjà ça donne le ton !! Avec des couvertures toujours travaillées et qui attirent l’œil, suscitant l’envie irrépressible de se saisir du livre pour mieux dévorer la quatrième de couverture, L’Atalante sait y faire ! C’est une couverture sombre et glacée (contrairement aux autres ouvrages dont le papier n’est pas glacé, il reste presque rugueux sous la main) qui m’attire et un titre évocateur. Je l’avais déjà repéré sur le site internet et une fois en main, je cédai et l’emportai avec moi. Ce fut un vrai plaisir de retourner dans le monde de la fantasy à travers ce livre qui souffre tout de même de quelques petits défauts.

   Néanmoins je me suis attachée à Drothe, notre canaille « honorable ». Et je vous invite à suivre le chemin des vanterniers*  pour le rencontrer…

princes

=> Bienvenue à Ildrecca, ville où vivent deux mondes côte à côte : celui de l’empereur et de sa cour, et celui des voleurs et brigands. Depuis la chute d’Isidore, le Roi Noir, la pègre d’Ildrecca est divisée en plusieurs bandes. Drothe fait partie de l’une d’elle en tant que nez. Il est celui qui traque l’information, en divulgue, l’oreille et la langue d’un chef de pègre. A côté de cela il mène ses petites affaires et notamment son petit trafic ponctuel de reliques. Mais voilà que le hasard lui fait croiser le chemin d’un livre qui suscite beaucoup de convoitises… Beaucoup trop pour n’être qu’une simple relique.

   Tout d’abord, l’auteur ne s’encombre pas de fioritures. Ce tome a beau être le premier d’un cycle, il ne fais pas de manières pour vous faire entrer dans l’histoire ! Allez hop, vous entrez dedans par la grande porte. En cela il m’a fait penser à Guy Gavriel Kay qui ne présente jamais ses personnages, nous laissant les découvrir au gré de l’histoire. Douglas Hulick use du même stratagème, nous emmenant faire la connaissance de Drothe au fil des pages. Et d’Ildrecca, la ville qui est à elle seule un personnage ! On entre dans le monde des camelots en tout genre, avec son propre jargon – dont l’auteur use – et son histoire. L’auteur parvient très bien à nous plonger directement dans le grand bain de son histoire, laissant de côté tout ce qui pourrait nous lasser pour se concentrer sur l’essentiel. Dès le début nous suivons l’histoire au travers de Drothe.

   Cette dernière est très bien ficelée. J’ai apprécié me retrouver totalement prise au dépourvu par l’auteur qui amène des retournements de situation tout à fait opportuns et bien menés. Je n’ai rien vu venir quant au déroulement des événements et de leur enchaînement. La manière dont l’auteur vous annonce un revirement est brutale, sans explications, ce qui peut surprendre quelque peu au début… Et puis on comprend vite qu’il suffit de lire les pages qui suivent pour comprendre les tenants et aboutissants. C’est une vraie force pour le livre et c’est ce qui le rend aussi aisé à poursuivre.

   Les pages se tournent d’autant plus aisément que l’écriture est fluide et maîtrisée. J’ai trouvé qu’il manquait parfois de quelques descriptions pour bien situer les personnages, notamment dans la ville pour laquelle j’ai fini par avoir une idée qui ressemble peu ou prou à la tour de Babel… Je ne sais pas si c’était l’intention de l’auteur mais à défaut de plus de précision elle ressemble à ça chez moi !!! Pour les personnages, l’auteur met le strict nécessaire, l’imagination du lecteur faisant le reste sans difficulté grâce aux ambiances qu’il instaure et surtout aux caractères fournis de ses personnages. Drothe analyse ou connaît les individus qu’ils rencontrent au gré de ses pérégrinations. C’est à travers lui et son œil avisé que nous découvrons ces personnages pour lesquels on se forge vite une idée. Et évidemment, nous prenons toujours le parti de Drothe…

   Il semble de bon ton dans ces romans d’avoir un personnage principal prêt à encaisser des coups aussi divers que douloureux, et de s’en remettre à une rapidité qui dépasse l’entendement. Surtout si on ajoute à cela le manque important de sommeil de notre héros. Objectivement, cela est totalement invraisemblable mais la fantasy permet ce genre d’arrangement avec le corps humain. Et puis un peu de magie et de graines, et voilà, le tour est joué ! On y croit, même si parfois je me suis demandée comment il faisait. Un peu comme Fitz dans L’Assassin Royal de Robin Hobb. Visiblement ces deux auteurs ont comme point commun d’apprécier maltraiter leur personnage principal !! Mais le point commun s’arrête là, Robin Hobb étant en terme d’écriture, d’un niveau largement supérieur à mon sens.

   Là où la plume de l’auteur est moins convaincante c’est dans le cadre des combats. Qu’ils soient nombreux n’est pas gênant, après tout dans le monde que fréquente Drothe, on dégaine rapidement la rapière. Les guerres de gang et les territoires sont aussi variés que la canaille qui y vit. Autant dire qu’il vaut mieux protéger ses arrières. Mais régulièrement l’altercation est là. Certains combats sont clairs, vifs, précis, en somme, agréable à lire. D’autres, très franchement j’ai commencé à regarder le nombre de pages qui me restaient à lire pour savoir quand – enfin – la scène se terminerait. Je pense qu’il fallait que l’auteur fasse un choix entre de multiples petites altercations et éventuellement une bataille plus importante que les autres, ou alors seulement des combats importants mais moins nombreux. Là nous avons de multitudes de petites altercations et plusieurs combats « conséquents ». Là j’ai trouvé que ça faisait beaucoup. Drothe passe plus de temps à se battre contre toutes sortes d’ennemis qu’à réfléchir. On en vient à être soulagé autant que lui quand tout cela s’arrête pour quelques pages. C’est à mon sens, le grand point faible de cette histoire.

   Ce qui compense cette faiblesse à mes yeux, l’autre grande force du livre, réside dans l’histoire d’amitié entre Bronze Dégane et Drothe. D’abord, l’auteur a créé une sorte d’ordre, les déganes, dont il tire quelque chose d’intéressant, grâce notamment au fait que c’est à travers Drothe que nous les découvrons. Et ce dernier ne sait pas tout. Chaque découverte pour lui en est une pour nous également. Bronze est toujours présent, en retrait mais bien là, personnage atypique dans le paysage car digne de confiance. Ce n’est pas rien d’avoir un véritable ami quand on s’appelle Drothe.

   Jusqu’à la fin on s’attend à tout, et alors que je commençais à me lasser, l’auteur nous sert une fin tout à fait à la hauteur de ce qu’il a pu démontrer au cours du développement de son histoire : surprenante et bien écrite. Un véritable nouveau souffle pour l’histoire, ce qui me semble indispensable si l’auteur souhaite poursuivre sur son idée de cycle.

   Pour finir, je dirai donc que c’est un livre de fantasy de qualité sans être exceptionnel pour autant. D’autres auteurs m’ont beaucoup plus plu, notamment par le développement plus calme et plus psychologique de leurs personnages. Ici, nous sommes dans l’action plus que dans la réflexion. Comme il est aisé à lire, je le conseille aux amateurs de fantasy. Ça permet de faire une petite virée dans un monde avec un peu de magie. Et ça fait du bien.

Bonne lecture !

vanternier : argot pour désigner les voleurs qui s’introduisent par les fenêtres.
Source : http://www.cnrtl.fr/definition/vanternier
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