Immortelle randonnée – Compostelle malgré moi – Jean-Christophe RUFIN

   Il fut ma dernière lecture de l’année 2013 et en même temps les premières pages que je lisais en 2014. Dans le paysage de mes lectures il rentre pleinement dans l’éclectisme que je tends à maintenir. Difficile à raconter et pourtant véritable best-seller des ventes de livres relatifs au voyage, Immortelle randonnée est assez atypique. Sûrement parce que c’est le premier livre de ce type que j’ai l’occasion de découvrir, le chroniquer se révèle être un petit défi. Manquerai-je d’enthousiasme pour avoir tant de mal ? Ce n’est pas impossible. Jean-Christophe Rufin m’a fait voyager. Il a suscité en moi l’envie de m’élancer à mon tour sur le mythique (et mystique) chemin de Compostelle. Envie qui existait déjà préalablement. Ce qui me surprend plus, c’est qu’il a aussi quelque peu « refroidi » cette envie. Voilà, je crois que parce qu’il a suscité en moi deux émotions aussi différentes que j’ai du mal à vous en parler. Mais je vais tâcher tout de même de vous en dire un peu plus !!

   Membre de l’académie française, Jean-Christophe Rufin ne vous est pas inconnu. Au delà d’être médecin, écrivain et globe-trotteur, il fut aussi président de l’association Action contre la faim et diplomate français. Cet homme qu’on imagine aisément dans la peau d’un intellectuel, se révèle à nous différemment au fur et à mesure que nous tournons les pages de son livre. Le ton est juste, la plume très fluide, il nous emmène aisément avec lui dans toutes les descriptions que recèle l’histoire. Que serait un récit de voyage sans description susceptible de voir naître en vous le paysage tant aimé (ou au contraire tant hué) ? Indéniablement il manquerait quelque chose et la sortie récente d’une nouvelle édition illustrée en est un assez bel exemple.

   L’homme de lettres devient… Un randonneur qui a mal aux pieds, qui passe parfois deux jours sans se laver, qui râle aussi par moments. On ôte les lettres pour ne voir que l’homme dans son sens (et son habit) le plus simple. Il n’est pas un randonneur chevronné mais plutôt un homme sûr de lui et de ses capacités prêts à dompter le Chemin. Et ça, il nous le dit dès le début. Alors qu’y-a-t-il de plus que ces descriptions et cet homme ? Il y a sa mue.

   Jean-Christophe Rufin va « changer » au gré de son récit. Dès le départ, le recul prit avant l’écriture du livre, l’amène à porter un regard objectif sur ses choix du début. Le novice qui se croit plus fort que la volonté inébranlable et propre du Chemin, volonté immiscée dans l’inconscient de celui qui veut marcher dessus. Après avoir expliquer ses problèmes liés aux ronfleurs, qui le pousse à dormir autant sous tente qu’en refuge, la pingrerie des pèlerins, les déboires du début comme l’achat de chaussures neuves en cours de route, l’auteur va aller au delà de ces considérations matérielles pour nous porter vers un aspect plus spirituel du récit. C’est là que cela plaît ou non au lecteur, et c’est à cet instant qu’il risque d’en « perdre » une partie. Parce qu’il prend le risque d’être répétitif, ce qui au bout d’un moment peut être quelque peu lassant. Et parce que parfois il part dans des considérations philosophiques et des références littéraires dans lesquelles il nous perd. Ce récit de voyage est très philosophique alors attention à aimer cette dernière sinon vous risquez d’être déçu.

   J’ai apprécié l’objectivité avec laquelle il essaie d’expliquer les choses. C’est en cela je pense que la philosophie l’a aidée. Quand on connaît, comprend mais n’accepte pas la religion chrétienne ou une autre religion, quand on vit une expérience « mystique » et spirituelle aussi intense qu’il semble l’avoir vécue, il ne reste que la philosophie pour lui donner une signification qui nous correspond. Il explique avec une sincérité tout à son honneur, les étapes qu’il a traversées « moralement ». Les pensées du début, qui finissent par disparaître, les douleurs qui s’estompent, et la plénitude qui apparaît pour combler tout ce qu’on pensait n’être que du vide. Il parlera de bouddhisme mais sans en être totalement satisfait. Le Chemin a sa propre religion : celle du pèlerinage. Et je crois qu’elle est unique.

   Vous allez me dire que vous cherchez ce qui m’a refroidi dans tout cela ! Parce que je n’ai rien contre une expérience philosophique nouvelle et que rien ne m’oblige à la faire ou à ne pas la faire. Non, ce qui m’a refroidi dans le récit de Jean-Christophe Rufin c’est tout simplement… La fin. Non pas qu’elle soit moins bien écrite que le reste. Simplement, ça ne donne absolument pas envie. On se fixe la ville de Saint-Jacques de Compostelle comme but mais une fois celui-ci atteint il se révèle si décevant (du moins aux dires de l’auteur, que je veux bien croire !) qu’il n’encourage nullement à s’y rendre. Alors il est vrai que l’intérêt de ce pèlerinage réside dans le parcours effectué (800 km pour l’auteur) et non dans le but atteint. Toutefois il est regrettable d’imaginer un tel accueil après tant de distance parcourue. Finalement, cela donne envie d’arrêter son pèlerinage avant, dans les montagnes sauvages d’Espagne.

   Ce récit d’aventure est une bonne lecture et finalement ce qui m’a déçu, ce n’est pas le récit en tant que tel, mais l’image que je me suis faite de la fin de ce parcours. Si j’ai aussi bien ressenti la déception de l’auteur, c’est sûrement parce qu’il a le mérite d’avoir une écriture de qualité, qui fait mouche.

Bonne lecture !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s