Trois Contes – Gustave Flaubert

   Les « classiques » comme on les appelle, ont une odeur d’écoles, de collèges, de lycées… J’ai râlé pendant mes années de lycées de voir les professeurs s’obstiner à nous faire les éloges d’auteurs décédés il y a si longtemps qu’on a oublié leur date de naissance… Et de ne pas intégrer dans leur programme des auteurs plus contemporains et moins « classiques » Pourquoi ne pas étudier aussi le fantastique et la science-fiction après tout ? Bon, j’avoue, le côté rebelle de l’adolescence ne m’a pas quitté, je suis la première à encourager l’étude et la lecture d’Harry Potter à l’école…

   Toutefois (ça c’est la vieillesse qui fait dire la suite… Maturité, recul et tout ce qui va avec…), le lycée m’a amené à rencontrer un premier professeur de français qui avait fait une sorte de « deal » avec nous, ses élèves. Premier trimestre, première lecture imposée. Jean Giono, Un Roi sans divertissement que je n’ai absolument pas aimé. Je fus une des rares de ma classe à le lire en entier, simplement parce que lire ne me posait pas de difficultés. Mais très franchement, je ne garde que le souvenir d’un ennui profond. Second trimestre, un classique au choix parmi une large liste. Mon cher père étant un grand admirateur de Gustave Flaubert, me voila avec Madame Bovary entre les mains… Que j’abandonne environ 50 pages plus loin incapable de poursuivre (et tenue par un délai pour rendre une fiche de lecture). Je me rabats sur Germinal de Zola que j’ai dévoré en quelques heures. J’en garde un puissant souvenir et il sera mon atout majeur lors d’un oral quelques années plus tard. M. Flaubert ne semblait pas fait pour moi. Je trouvais son écriture trop « lisse », les phrases trop travaillées. Quand on me raconta (mon père en l’occurrence) que Flaubert était capable d’écrire un romain entièrement pour mieux le détruire et recommencer, je me suis dis que définitivement j’avais un problème avec les perfectionnistes littéraires. Je préférais les métaphores monstrueuses de Zola pour décrire la mine que les problèmes de cœur d’une femme à l’esprit trop « lissé » par son auteur. Je pourrai m’arrêter là mais je vais quand même vous dire, par acquis de conscience, que le troisième trimestre fut un choix entre des auteurs plus contemporains et beaucoup moins classiques… Dans la liste vous trouviez rien de moins que J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian qui est assez cru, voir carrément « hard ». J’ai lu pour ma part, L’écume des jours du même auteur, très poétique, très beau, je l’ai adoré. Après cette lecture j’ai lu le premier, surprise par ce qu’on m’en disait… C’est finalement moi qui fut surprise de découvrir deux écritures si différentes !! Parenthèse terminée, je reviens sur mon divorce d’avec notre ami Flaubert.

   Le lycée se termina avec cette certitude que la littérature classique pouvait se révéler source de surprises magnifiques (je pense aux Misérables de Victor Hugo que j’ai beaucoup aimé) mais aussi d’un ennui mortel. Et que Flaubert n’était pas pour moi. Et puis les années passant, il devient frustrant de ne pas pouvoir parler de certaines œuvres avec certaines personnes. Que je le veuille ou non, Madame Bovary était connu, réputé, lu par plein de gens parce que dans les annales des lycées depuis des décennies. J’ai fini par me lancer un défi à moi même : lire de temps à autre un classique (j’aime beaucoup lire les pièces de théâtre également, merci au lycée pour cette découverte). Pour Flaubert j’avais l’embarras du choix et un critique hors pair : mon père. Lecteur invétéré de Flaubert, il pouvait me parler de chacun de ses grandes œuvres, et je demeurais béate d’admiration de l’entendre me dire qu’il en avait lu certaines plusieurs fois. Déjà que je lis très très très rarement plusieurs fois un même livre mais alors là du Flaubert c’était carrément de la science-fiction. Sauf que je me suis dis que j’étais grande et capable de faire face à cet illustre auteur… A condition de trouver le bon livre. C’est exactement ce qui se passa avec Amélie Nothomb qui est franchement particulière. De ce que j’ai lu d’elle, mon avis est très contrasté. Il devait en être de même de Flaubert, si je n’aimais pas Madame Bovary, cela ne voulait pas dire que toutes ses œuvres étaient à jeter (la vieillesse toujours, je suis devenue moins catégorique…). Mettons mon envie en parallèle avec une braderie de livres et un challenge de nouvelles, et voilà Maêlle qui tombe sur Trois contes de Gustave Flaubert. C’est court mais c’est du Flaubert, un moyen de renouer avec cet auteur et de voir si une nouvelle rencontre peut avoir lieu. Verdict à suivre.

Ce recueil contient donc, comme son nom l’indique, trois contes : Un cœur simple, La légende de Saint-Julien L’hospitalier, Hérodias. Bon, mon appréciation va decrescendo… Mais promis, j’y ai mis du mien !!

Un cœur simple : certains font le rapprochement avec Madame Bovary, ce qui me fait dire que ce livre et moi ne nous sommes pas rencontrés au bon moment mais que rien n’est perdu. Flaubert se conforme parfaitement, totalement à son titre, décrivant une femme prénommée Félicité, qui après s’être fait bernée par un beau parleur, part pour Pont l’Evêque chercher un emploi de bonne. Une chose à dire, je ne suis pas trop perdue en géographie avec notre ami Flaubert, étant originaire de la même ville que lui… Je cesse la toute divagation et revient à ma critique. Notre chère Félicité n’a pas grand-chose pour elle, issue d’une famille pauvre, orpheline, elle obtient du travail chez une veuve, mère de deux enfants, Paul et Virginie. Elle va se mettre en quatre pour cette femme et s’attacher à ses enfants. Jusqu’à ce que leur éducation ou des malheurs frappent ces enfants-chéris.
=> Félicité fait preuve d’une abnégation totale à l’égard de sa patronne. Elle fait tout à la perfection, compensant son manque d’intelligence par du cœur à l’ouvrage. Elle est un cœur simple qui fait presque peine à voir quand on sent qu’elle se fait « avoir » par son entourage. Sa patronne a beau en être consciente, Félicité, elle, ne voit rien. Flaubert nous décrit quelqu’un, dont la simplicité d’esprit rend attachant et plein de générosité. Et l’auteur y parvient sans diaboliser les personnages autour d’elle. Sa patronne sans être pleine de gentillesse n’est pas non plus un monstre tyrannique. On a presque envie de dire que de tous, elle est peut-être celle qui profite le moins de la gentillesse de Félicité. En quelques pages, Gustave Flaubert nous raconte la vie de Félicité avec ses hauts, ses bas, une vie simple et pourtant pleine de rencontres et d’obstacles. Courageuse, dure à l’ouvrage, Félicité est la « bonne » parfaite que la patronne finit par prendre plus ou moins sous son aile. C’est limpide, facile à lire malgré que ça soit extrêmement descriptif et donc très peu fourni en dialogues. Cela m’a surpris et m’a invité à poursuivre.

La légende de Saint Julien l’Hospitalier : Julien, fils d’un seigneur local, est promis par deux messages divins, l’un annoncé à sa mère, l’autre à son père, à un destin extraordinaire, de conquérant et de saint. Mais voilà qu’un jour, va être lancé sur lui une malédiction : « Maudit ! maudit ! maudit ! un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère. » Terrorisé, refusant une telle éventualité, il va cesser de manier des armes et se cloîtrer. Le jour où, malgré ses précautions, il faillit tuer sa mère, Julien part du château et entame une vie de errance. Guerres, amour, tout est bon pour éloigner de lui le spectre de cette malédiction qui le poursuit…
=> J’ai été assez surprise mais j’ai bien aimé. Je crois que nous retrouvons ce qui caractérise Flaubert malgré qu’il soit dans le genre de la légende : aucun détail n’est omis. Pourtant c’est typiquement le genre de récit susceptible d’avoir des versions différentes et donc des détails inutiles. C’est un récit que j’ai trouvé assez rythmé, il donne l’impression de respecter une cadence. On n’oublie jamais la malédiction et on se demande durant tout le récit si cela va se produire bien qu’on connaisse déjà la réponse. J’aurai donc tendance à dire que Flaubert réussit bien à nous captiver, à nous maintenir en haleine malgré une fin prévisible.

Hérodias : Antipas, dans sa citadelle de Machearous détient prisonnier Iakonnan, dont Salomé, fille d’Hérodias obtient la tête.
=> Règle numéro 1 avant de le lire : réviser vos connaissances religieuses. Règle numéro 2 : attendez-vous à déchanter. J’ai tendance à trouver qu’un bon repas sans un bon dessert, il lui manque quelque chose. Un peu comme un livre sympa avec une fin pas terrible… Ou un recueil de trois contes et avec le dernier qui ne nous plaît pas. J’ai été déçue, c’était presque un sans-faute. Moi qui n’aimait pas Flaubert, voilà que je commençais à me dire qu’on allait peut-être finalement s’entendre. Et je tombe sur Hérodias… Je respecte ceux qui apprécient l’illustre auteur mais là ce fut pour moi difficile de terminer ces quelques pages. Je l’ai trouvé, disons-le, insipide. Une multitude de personnages qui arrive de toute part avec un minimum d’explications, le format court imposant que ça soit restreint. Des noms alambiqués pour des personnages à peine situés, un prisonnier dont on met du temps à comprendre qui il est vraiment (ce n’est pas comme si la Bible regorgeait de personnages, il faut comprendre les différentes religions en présence, comprendre que ce Iakonnan se raccroche à la religion chrétienne pour en déduire qu’il pourrait bien s’agir de Jean le Baptiste) et dont on a du mal à saisir l’intérêt dans le récit. Bref, en fait, je crois que je peux dire que ce récit m’a paru sans queue, ni tête et sans intérêt.
Je suis désolée monsieur Flaubert, avec tout le respect que je vous dois, celui-ci très peu pour moi !

   Deux sur trois, la majorité l’emporte. Même si le troisième conte « gâche » tout, les deux précédents aident à ne pas trop déprécier l’ensemble. Malgré qu’il tende à détailler pas mal dans le second, et c’est en cela que j’estime qu’il peut facilement devenir rébarbatif, le format du conte l’oblige à tenir sur du court et donc à éviter les digressions inutiles. Je ne dis pas que les longues descriptions de Mme Bovary sont inintéressantes mais ce n’est pas à mon goût, je trouve que cela alourdit le récit. Sous forme de contes, sa plume me convient visiblement nettement plus !

   Je ne suis pas totalement convaincue par l’écriture de Gustave Flaubert. Même si j’ai pu apprécier la qualité de celle-ci et de ses histoires dans les deux premiers contes, la troisième a refroidi mes ardeurs et je ne me vois pas attaquer une de ses œuvres majeures à l’heure actuelle. Il ne faut jamais dire jamais (la vieillesse revient !!) donc je me contenterai d’un « peut-être un jour. » et bien sûr d’un…

Bonne lecture !

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