Le nouvel ordre sexuel – Serge Hefez

   Ce n’est pas un livre qu’on lit pour se détendre mais plutôt pour réfléchir. Sans être inaccessible ou inabordable, ce genre de livre mérite toutefois qu’on s’y attarde, qu’on prenne le temps de comprendre le propos, d’en saisir toute la portée et l’intérêt. Il faut être intéressé par ce genre de thème de société sinon vous n’arriverez pas à accrocher. Serge Hefez n’est pas toujours pédagogique, partant du postulat que celui qui le lit a déjà conscience qu’une problématique se pose. Peu importe sa position, il faut déjà avoir à l’esprit que notre société connaît un problème quant à l’ordre des choses. Si vous commencez la lecture dans cette disposition alors, à mon sens, vous tirerez tout le bénéficie de celle-ci. Car l’auteur n’est pas pédagogique dans son entrée en matière mais il le devient quand il explique, étaye, illustre ses propos. Ses idées sont posées, qu’on soit d’accord avec ou non, elles sont argumentées, obligeant quiconque en désaccord à contre-argumenter. Comment ai-je abordé cette lecture ? Avec curiosité d’abord. La société est ce qu’elle est avec ses défauts et ses qualités. On l’aime ou on ne l’aime pas, on cherche parfois à la comprendre à travers nos lectures pour parfois l’améliorer. Ou au contraire se voir renforcer dans notre opinion que rien ne va. Il y a une différence fondamentale à mon sens entre faire un constat et aller au delà de ce constat. On peut se contenter de pointer tout ce qui ne va pas. Le déplorer, le réprouver. Si on n’apporte pas derrière des idées, des solutions, des propositions, quel est l’intérêt de ce constat ? Il est vide de sens. C’est pourquoi Serge Hefez pose d’abord le constat suivant : quelque chose change dans l’ordre sexuel de notre société. Puis il va au delà.

ordre sexuel

   Le problème étant complexe, les solutions sont multiples. Le « problème » de l’ordre sexuel au sein de la société française se pose au travers maintes problématiques développées au gré des évolutions de la société. Tout d’abord les homosexuels, longtemps considérés, au mieux comme des détraqués mentaux, au pire comme des criminels, ont chamboulé la vision « traditionnelle » de la sacro-sainte société française. Vision fondée sur le schéma : un homme, une femme, des enfants. A cela, on a pu ajouter les divorcés pour les enfants desquels on a prédit toutes sortes d’avenirs tous plus funestes les uns que les autres. Naturellement a découlé des précédents les familles recomposées et la cellule familiale traditionnelle a volé en éclat. Jusqu’au mariage « pour tous » qui a réveillé à nouveau les consciences de chacun.Les homosexuels vont pouvoir se marier ET adopter des enfants (oui parce que le fond du problème et ce qui dérange sûrement le plus c’est ce second pan) c’est un scandale. Combien se sont interrogés de savoir si ils avaient attendu l’aval de toute la société pour le faire ? Pas grand monde… Et pourtant ce fut bien le cas et ça ne choquait personne auparavant. Tout ce qui est caché ne dérange pas, c’est le montrer sur la place publique qui suscite l’émoi. Un émoi fondé sur un principe selon lequel le genre est inhérent au sexe anatomique et que tout ce qui est différent du schéma classique ne peut qu’être néfaste, perturbant voire dangereux pour ceux qui le côtoient (comprenez les enfants).

   Oui, les transsexuels et autres personnes du « même genre » (justement !) ont tous un problème psychologique. Si on a un sexe de fille, on est une fille. Si on a un sexe de garçon, on est un garçon. Point. Et le sexe masculin l’emporte sur le sexe féminin. N’avons-nous pas l’impression de conserver une vision extrêmement simple et religieuse de notre genre ? Serge Hefez, sans poser la question, annonce l’énoncé du problème dans toute sa complexité : le sexe anatomique ne détermine pas le genre. Ceux sont deux choses distinctes qui se développent séparément. Cela nous détermine, fait de nous ce que nous sommes. Mais ils ne sont pas totalement et surtout, uniquement, liés.

   Je ne vais pas développer mon article plus avant, les quelques 200 pages du livre étant nécessaire pour parvenir à saisir l’importance du raisonnement, je n’ai pas la prétention de pouvoir le résumer en quelques lignes. Je peux en dire toutefois ce que j’en ai globalement pensé, sans vouloir faire de ce blog et de cet article une tribune politique. Pour moi, cette lecture s’est déroulée en trois étapes.

   Tout d’abord, je fus bousculer dans mes principes, mes idées, le fondement de certains raisonnements. Serge Hefez est venu percuter de plein fouet ce que je prenais pour acquis, mettant à mal mes connaissances qui me paraissaient si évidentes. Ce fut l’étape la plus longue et la plus difficile car si on veut aller plus loin, et si on décide d’accepter les théories de l’auteur, ce que j’ai voulu, il faut se déconstruire. Tout du moins, il faut déconstruire sa manière de penser. Ne croyez pas que ça soit simple de raisonner radicalement différemment. C’est finalement un exercice compliqué. Serge Hefez y va progressivement, vous amenant petit à petit de plus en plus loin dans son idée. On rechigne à y aller, on s’interroge, on réfute, on se dit qu’il a torts. Mais on avance. On continue à tourner les pages, à assimiler une nouvelle vision. Il est le premier à le dire : ce n’est pas évident.
   La suite fut ce que j’appellerai l’acceptation. On finit par accepter ce qu’il nous dit, par l’admettre possible. Ceux sont les exemples concrets qu’il donne, tirés de son expérience professionnelle de psychanalyste, qui m’a poussé à reconsidérer mes idées de base. J’ai senti ma pensée se modeler différemment pour finir par la dernière étape qui a consisté à réfléchir différemment, à avoir un nouveau prisme de pensées par lequel passaient mes idées. Serge Hefez ne prétend pas détenir une parole divine, il propose seulement de nous ouvrir l’esprit, de nous aider à voir les problèmes d’une nouvelle façon.

   Parce que son discours est, à mon sens, un véritable discours de tolérance, j’ai adhéré à sa démarche. Je ne suis pas nécessairement d’accord sur tout, j’ai appris à me faire ma propre idée des choses. Mais j’aime cette idée de cesser de porter des œillères, de ne voir notre société que selon une seule façon alors que l’humain possède mille facettes. Bien sûr, ces idées bousculent les choses telle que nous les connaissons aujourd’hui mais est-ce un mal que de vouloir changer la vision que l’on a du monde ? Tous ceux qui militent pour une cause vous répondront par la négative. On ne sait jamais si on parviendra au but qu’on se fixe. Mais l’important est d’essayer d’y parvenir. C’est ce que fait Serge Hefez en propageant son envie de voir la société imaginer autre chose pour elle-même. On peut continuer à se comparer aux animaux ou accepter que l’humain n’est pas un animal comme les autres. Et que ceux sont ses particularités qui le définissent, ses différences avec les animaux qui sont son intérêt et non ses ressemblances.

   Je crois que le courage réside en la volonté propre à chacun de changer soi-même. Qu’accepter ce qui nous paraissait inacceptable est certes difficile mais pas impossible. Comme bon nombre d’autres spécialistes en tout genre, Serge Hefez nous invite à oser. Alors… Osons ! Et cessons de nous dissimuler derrière ce qui nous rassure.

Bonne lecture !

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