Les Aphrodites – Tome 1 : Intrigante Agathe – Emmanuel Murzeau

   Après le thème du genre, passons à une sexualité plus légère avec le tome 1 de la bande-dessinée d’Emmanuel Murzeau, Les Aphrodites – Intrigante Agathe. Je n’ai jamais caché mon affection pour le neuvième art érotique ainsi que j’en ai déjà parlé en évoquant l’œuvre de Erich Von Gotha. Je ne vais pas revenir sur les mérites de la bande-dessinée par rapport aux autres supports, chacun est libre de préférer ce qui lui convient. Mais j’avoue conserver un grand faible pour l’art érotique sous forme de dessins et de bulles pourvu que la vulgarité ne s’allie pas à ces premières. Comme toute bande-dessinée, le fond et la forme se complètent et ont, à mes yeux, la même importance. C’est un tout et l’un ne peut être moins bien que l’autre. Alors quand je jette mon dévolu sur une BD il faut qu’elle réunisse tout ce qui me plaît, d’autant plus quand il s’agit d’érotisme. Et là, j’ai trouvé un petit bijou que je vous invite à découvrir.

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   J’avais déjà remarqué cette BD tout à fait par hasard chez mon vendeur de BD préféré. Évidemment classée parmi les albums « réservés aux adultes » il est difficile d’en faire une grande publicité. Toutefois, elle n’était pas pour autant cachée, bien au contraire, et suffisamment accessible pour que j’y jette un œil. Et ce fut un coup de cœur instantané pour deux raisons.

   Premièrement et indéniablement, le dessin a joué énormément dans ma première appréciation. Ce n’est pas le synopsis mais bien l’idée d’un monochrome qui m’a tout de suite enchanté. La douceur des couleurs se mélange parfaitement aux traits des personnages, tel un voile de pudeur sur les corps dénudés. Elle atténue, elle érotise, empêche toute vulgarité pour ne donner qu’une forme de tendresse. Et que dire de ces traits que j’ai adoré. Les dessins expriment pleinement les expressions des personnages mais également – chose essentielle dans une BD de ce genre – les émotions ressenties. Emmanuel Murzeau ne nous fait pas un vulgaire étalage de chair pornographique mais bien un dessin profondément sensuel, touchant le lecteur avec finesse. Le dessinateur fait parti de ceux qui donnent aux bandes-dessinées érotiques leurs dessins de noblesse.

   La seconde raison de ce coup de foudre, c’est l’idée même du scénario. Reprendre un ouvrage libertin du XVIIIème siècle pour le mettre en image m’a totalement conquise !! A la pudeur et la douceur de ses dessins, toutefois très explicites, Emmanuel Murzeau dévoile un roman plutôt cru pour ce siècle et encore aujourd’hui. J’ai adoré le langage de l’époque qui parle de la « chose » d’une manière illustrée absolument unique et touchante. Quoique osé le récit échappe à la vulgarité. On retrouve des mots aujourd’hui peu répandu, tel que gorge pour parler de la poitrine féminine. Je vous laisse imaginer comment, à cette époque, la verge de l’homme pouvait être nommée ! Certains surnoms prêtent vraiment à sourire. L’auteur demeure néanmoins un écrivain qui respecte la langue française et écrit fort bien. Certaines phrases méritent d’être relues plusieurs fois pour être parfaitement comprises, l’usage d’une forme de langage aujourd’hui inusitée rend parfois la compréhension plus difficile. Mais cela donne de la matière à la lecture et montre bien que l’érotisme est une littérature à part entière. La description de l’auteur de cet ouvrage libertin ancien, André-Robert Andréa de Nerciat, est tout à fait honnête avec le travail de ce dernier quand elle dit « Les historiens de la littérature érotique en font « le plus grand romancier érotique de tout l’Europe, sachant exprimer le pire libertinage sans être vulgaire, n’avilissant jamais l’esprit en excitant les sens » ». Rien que ça et c’est tout à fait mérité. Vous comprenez ce qui m’a tant plu dans cette œuvre !

    Les personnages développés sont divers, ayant une approche différente du sexe tout en ayant sa pratique comme point commun. Agathe est bien sûr au cœur de cet ouvrage. Elle œuvre dans l’ombre, poussant les corps à la débauche en créant des situations cocasses, osées. Bien qu’elle ne soit pas la noble de l’histoire (vous aurez pour cela une comtesse) elle en est la clé de voûte et toute l’histoire passe par elle. D’ailleurs c’est son histoire qui nous est principalement conté, dévoilant les liens qu’elle entretient avec Alphonse, un des deux personnages masculins de l’histoire. La faussement naïve Célestine m’a ravi, elle est d’un naturel déconcertant, prenant les choses avec une légèreté qui ne la rend pas pour autant idiote. Elle est parfaitement consciente des faiblesses masculines et des forces féminines et de l’inverse… Alphonse est le bel homme viril et jeune qui va apporter du plaisir à bien des dames au cours de l’histoire. Il m’a intrigué mais nous ne savons de lui que ce que nous apprenons de par ses liens avec Agathe. Dans le récit, ceux sont les femmes qui dominent sans l’ombre d’un doute. Le « sexe faible » n’existe pas, il n’y a que le sexe et la maîtrise que les femmes de l’histoire en possède. Nous sommes en 1792, les balbutiements démocratiques ont mis à mal les nobles dont la cour tolérait bien des dérives libertines que le nouveau régime semble moins prompt à tolérer. Désormais on se cache encore plus en faisant preuve d’intelligence pour ne pas être trahi. Le récit est totalement imbriqué dans l’histoire de cette époque, dont nous découvrons un pan bien loin des Tuileries et de la prise de la Bastille…

   Cette bande-dessinée possède donc beaucoup de points forts et je me demande pourquoi je ne l’ai pas acquise plus tôt…

   Sortie en 2011 (pour le tome 1), je ne l’ai découverte que bien plus tard… Pour une obscure raison, je ne l’ai pas achetée immédiatement (ou alors avais-je une bonne raison que j’ai oublié !) J’avais vu que le dessinateur était au FIBD mais je n’y suis pas allée. Tout ça pour arriver au Salon du livres de Paris où je suis allée samedi dernier. Dans cette gigantesque librairie, après avoir déambulée plus de quatre heures, attendues pour des dédicaces, ma sœur et moi errons dans la dernière partie du salon que nous n’avions pas visité. Les éditions Tabou sont présentes et quand je vois le tome 1 des Aphrodites posé et un monsieur à côté, ni une, ni deux je m’avance dans le stand. En grande discussion avec quelqu’un, je patiente, piquant un ouvrage sur le tas pour en demander une dédicace. Emmanuel Murzeau est de ceux qui vous mettent tout de suite à l’aise. Je souris à la question de savoir si je préfère une dédicace osée ou plus soft. Qu’elle soit coquine ne me dérange aucunement, bien au contraire ! Et le voilà parti à me faire un dessin tout simplement sublime. Sur une pleine page s’étale une scène coquine, en couleur s’il vous plaît. Durant son dessin, nous discuterons pas mal, j’apprends un peu de son parcours, ses projets et découvre un homme hyper abordable, gentil et disponible parlant de son métier avec passion, et de ce projet en particulier avec une certaine affection. Cette bande-dessinée c’est « son » projet et on le sent dans la manière qu’il a d’en parler. Franchement si vous voulez une dédicace n’hésitez pas, il ne vous fera pas ça sur un coin de bureau !! J’ai apprécié pouvoir lui dire que le concept du monochrome et de l’adaptation d’une œuvre libertine m’avaient beaucoup attiré. Ce ne fut pas une simple dédicace mais un petit moment de partage durant lequel j’ai admiré son dessin. On s’est donné rendez-vous à un prochain salon pour une nouvelle dédicace, j’avoue que l’idée d’avoir chaque tome dédicacé m’a traversé l’esprit !!

   Petite anecdote : dans le préambule, plusieurs termes sont expliqués et notamment Morosophes que j’ai beaucoup aimé : issu des mots grecs « folie » et « sagesse », les Morosophes sont des gens dont la sagesse est d’être fou à leur manière. J’adore le concept…

   Aux amateurs du genre, foncez, vous allez adorer. A ceux qui ne connaissent pas encore mais veulent découvrir, qui veulent une œuvre originale et non vulgaire, allez-y les yeux fermés vous ne serez pas déçu. Cette BD est un super moment de lecture que je conseille vivement. Un peu de légèreté et de plaisir dans ce monde de brutes…

Bonne lecture !

P.S : Non je ne mettrai pas la photo de ma dédicace, si vous en voulez une, je vous invite à aller rencontrer Emmanuel Murzeau ! Par contre je vous mettrai une autre photo de planche une fois que mon appareil photo sera disponible…

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