L’étranger – Albert Camus

   Albert Camus. Un nom qui sonne à vos oreilles comme celui d’une vieille connaissance. On voit bien qui c’est mais on ne sait plus trop ce qu’il a fait et surtout pourquoi on le connaît. Rangé dans les auteurs « classiques » avec Zola, Hugo et compagnie, Camus a subi comme les précédents ma rébellion du « j’veux pas lire des auteurs morts, y’a des récents très bien » opérée au lycée. J’ai tout de même lu quelques classiques, scolarité oblige, j’en ai même aimé – plusieurs – mais Albert Camus n’en a pas fait parti. Qu’importe, il n’y a pas d’âge pour apprécier un auteur, qu’il soit ancien ou contemporain.

   C’est grâce à la bande-dessinée de Jacques Ferrandez que je suis arrivée jusqu’à l’œuvre originale de L’étranger d’Albert Camus. J’ai eu un coup de cœur pour les dessins, ils ont justifié à eux-seuls mon achat. Pour l’histoire je ne savais pas à quoi m’attendre mais je trouvais que c’était une bonne idée de découvrir un auteur aussi connu qu’Albert Camus, sous forme de bande-dessinée. Cette dernière a suscité une curiosité assouvie par la lecture du roman initial. Et c’est ce qui me permet de pouvoir vous dire que cette bande-dessinée se révèle être une excellente adaptation du roman. Je vais vous dire pourquoi… Tout en parlant du livre en tant que tel !!

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   Il est difficile de parler d’une histoire aussi éculée que celle de Meursault dans L’étranger. Albert Camus le résumait ainsi «Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort ». Car notre personnage principal, Meursault, va être poursuivi par la justice pour avoir tuer un homme peu de temps après avoir enterré sa mère. Vous ne voyez pas le rapport ? C’est normal, pour cela il convient de lire le roman.

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   Les faits se déroulent en Algérie, pays que connaît parfaitement bien l’auteur qui a procédé à l’adaptation en bande-dessinée, j’ai nommé Jacques Ferrandez. Je plongeais totalement dans l’inconnu, tant sur le fond avec l’histoire dont j’ignorais tout, que sur la forme, le dessinateur m’étant un parfait inconnu. Depuis j’ai pris la peine de me renseigner et c’est ainsi que j’ai découvert que Jacques Ferrandez était lui-même algérien et grand spécialiste de ce pays (auteur d’une série intitulée Carnets d’Orient). Je comprends donc mieux comment il a réussi avec une force inouïe à créer dans ses dessins, cette chaleur accablante, étouffante qui règne tout au long de l’histoire. Ce qui m’a impressionné, ce n’est pas tant la qualité du dessin qui n’est pas particulièrement étonnante, que celle des aquarelles qui ponctuent l’histoire. De toute beauté, elles illuminent les pages, enrichissent la BD d’une beauté inégalée dans les cases. Le dessin dans ces dernières est relativement simple, un peu comme l’écriture d’Albert Camus. Il a une écriture légère, loin du classicisme parfois lourd. Albert Camus donne l’impression d’écrire pour aller droit à l’essentiel. Point de fioritures dans ses descriptions. En cela, la bande-dessinée « compense » presque le livre, ou tout du moins l’enrichit grâce à des dessins riches en détails, en couleur, riches de la connaissance que l’auteur a du pays décrit par Camus. On sent le soleil brûlant sur la peau, la fraîcheur appréciable de la soirée… Ce qu’Albert Camus ne décrit pas, Jacques Ferrandez vous le dessine. Ainsi j’ai trouvé que cela était un vrai bonus pour comprendre le personnage et notamment ses propos tenus lors de l’audience.

image étranger   Parlons-en d’ailleurs de cette audience, moment fort du livre. La peine de mort est encore encourue, l’avocat général (représentant du ministère public, il agit dans l’intérêt de la société) va requérir d’ailleurs cette peine capitale. Ce qui est remarquable, c’est de voir combien l’attitude de Meursault avant son acte répréhensible, va être utilisé par cet homme de loi. Et le coup de force d’Albert Camus, c’est de faire de cet employé de bureau sans ambition, qui semble aussi un peu sans « amour », un être pour lequel on éprouve une forte empathie et de trouver combien la société est injuste, aveugle et stupide. On en vient presque, et c’est en cela que j’ai été impressionnée par l’écriture d’Albert Camus, a oublié qu’il est un meurtrier. Cela nous fait d’autant plus ressentir la dureté des réquisitions du parquet mais aussi l’absurdité qu’elles revêtent quand on constate qu’un homme de loi juge l’attitude d’un autre sur ses seules préjugés : pour lui, un homme qui perd sa mère la pleure. Il ne peut en être autrement et l’on souffre de voir l’inflexibilité de cet homme qui ne peut imaginer qu’il en aille différemment. Et c’est alors qu’on réalise que nous oublions la culpabilité de Meursault pour ne plus voir que l’homme qu’il reste. Un homme dont un concours de circonstances l’amène à perpétrer un acte aussi dramatique qu’inexpliqué.

image 1   Le pinceau de Jacques Ferrandez s’allie très bien à la plume d’Albert Camus. Le premier reprend du second tous les dialogues et textes utiles à la compréhension de l’histoire. La division en deux parties est parfaitement respectée. Et ce qu’Albert Camus décrit, Jacques Ferrandez le dessine, le peint, l’embellit.

   Ceux sont deux œuvres que je trouve complémentaires. Pour les moins adeptes, la bande-dessinée est un moyen agréable de découvrir l’auteur. Pour ceux qui veulent aller au-delà de cet ouvrage, la lecture du roman complètera parfaitement votre lecture. Je suis enchantée d’avoir découvert tant Albert Camus que Jacques Ferrandez, et je vois bien avouer que son adaptation de L’hôte, une nouvelle d’Albert Camus également, m’intéresse au plus haut point…

Bonne lecture !

P.S. : si vous êtes intéressés par Jacques Ferrandez, vous pouvez trouver ici ses différentes œuvres.

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2 réflexions sur “L’étranger – Albert Camus

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