Eloge de la faiblesse – Alexandre Jollien

   C’est une envie de découverte qui m’a conduit à acquérir ce livre. Découvrir un homme, un auteur, un philosophe, Alexandre Jollien. Ce dernier est handicapé. Une infirmité motrice cérébrale pour être tout à fait exact. Il ne faut pas l’omettre, ça ne dérange pas Alexandre, bien au contraire. Accepter son handicap, sa différence, c’est encore peut-être la meilleure façon de ne pas le subir, de le vivre au mieux. Mais c’est quoi être différent ? Par rapport à quoi ? Quelle définition de la normalité ? C’est le cœur de ce livre.

   Éloge de la faiblesse est un essai consistant en un dialogue entre l’auteur lui-même et Socrate. Alexandre Jollien a dû faire appel à bien des ressources pour arriver où il en est aujourd’hui. Une progression constante et permanente vers son objectif qui suscite mon admiration la plus totale. Et une des choses, pour ne pas dire la principale, qui lui a permis de réfléchir sur lui, les autres, le monde, la société, son handicap, sa place, c’est la philosophie. Une rencontre inattendu et révélatrice qui l’aidera à s’accomplir. Il est difficile de parler de cet ouvrage totalement atypique. Les quelques pages qui le composent sont d’une extraordinaire richesse que j’ai pris plaisir à découvrir.

alexandre jollien   Alexandre Jollien nous avertit dès le départ : ce n’est qu’un aperçu des nombreux dialogues intérieurs qu’il a eu avec Socrate. Pourquoi Socrate ? Parce que l’auteur a tiré de ce philosophe certains enseignements qui l’ont beaucoup aidé. Il vous parlera du célèbre « Connais-toi toi même » mais également la pensée de Socrate sur la méchanceté. Des piliers de la philosophie de l’auteur en quelque sortes dont il parle au cours de son récit. Et puis Socrate fut son premier maître, celui qui l’a mis sur la voie.

   J’ai beaucoup aimé cette manière de donner corps à un dialogue intérieur. Alexandre Jollien ne peut écrire, il dicte donc à un logiciel ce qui rend son phrasé proche du « parlé ». Cela facilite notre immersion et donne au dialogue toute sa forme. Socrate est tour à tour celui qui cadre en le reprenant « Tu me disais que…« , celui qui est curieux « Raconte-moi ! » et celui qui donne son avis ou pose une question pour faire avancer le raisonnement. Mais il est surtout le confident.

   Alexandre Jollien se raconte dans Éloge de la faiblesse. Sa vie à l’institut spécialisée où il a été pendant 17 ans, sa volonté de faire des études, sa scolarité. Ce n’est pas une biographie mais une réflexion sur ce qu’il a vu et vécu durant ses années. Son enfance à l’institut n’est pas un point noir de sa vie mais bien un élément fondateur. Toutes ces années l’ont construit. Il explique ce que lui ont apporté tous ses camarades, cette capacité à voir le beau, le grand dans tous les handicaps qu’ils côtoyaient les uns les autres. L’institut apparaît un peu comme une île isolée où ils se comprennent entre eux et tirent de leurs diverses situations une grande force. Et une profonde tolérance vis à vis de l’autre, sans parler de cette affection spontanée qu’ils éprouvent à l’égard de l’autre. Même si l’institut n’échappe à la critique, ce n’est pas pour autant qu’Alexandre Jollien n’y voit que le pire. Bien au contraire, j’ai trouvé qu’il tirait de cette expérience tout ce qu’il y avait de bénéfique.

   Ce livre raconte ses difficultés comme ses joies quotidiennes, des histoires qui viennent tenter de répondre à la question de Socrate : qu’est-ce qu’être normal ? L’handicapé se définirait-il par sa différence vis à vis d’une norme établie ? En compagnie de Socrate, il va parler des gestes tendres, du regard des autres, de la découverte de soi. Je trouve qu’il faut une force immense pour être capable de dire de ceux qui vous pointent du doigt qu’ils ne sont pas méchants volontairement mais par ignorance. Parce qu’on ne sait pas ce qu’est une personne handicapé, nos réactions sont inadaptées. Je suis impressionnée par cette capacité de l’auteur de dire une telle chose. Ne pas être indifférent à l’autre mais lui expliquer le handicap. Montrer qu’on l’accepte, qu’on sait ce que l’on est pour ne pas prêter le flanc à la méchanceté.

   Alexandre Jollien parle de tolérance, de respect, de compréhension, de connaissance. Connaissance de soi et de l’autre. Avec des mots simples mais un vocabulaire toujours juste, il déroule sa vie et ce qu’il en a tiré : une force et une joie immense. Car lire Alexandre Jollien, c’est lire une joie de vivre en condensée. Je trouve que cet ouvrage illumine de bien-être et de sagesse. On ne se rappelle de sa situation de handicap que parce qu’il en parle tout au long. Sinon, on l’oublierait bien vite.

   De par ses efforts, sa volonté et son intelligence, Alexandre Jollien a réussi à devenir un philosophe qui suscite une certaine admiration. J’ai pris plaisir à le lire et j’envisage de poursuivre la découverte de son œuvre avec Le philosophe nu ou encore Le métier d’homme, expression qu’il utilise dans Éloge de la faiblesse et qu’il explique.

   La philosophie est une bonne excuse pour penser. J’apprécie ce petit exercice qui me donne l’impression de m’aérer les neurones et d’élargir ma vision des choses. Dans Éloge de la faiblesse, Alexandre Jollien donne matière à penser sur le handicap, notre vision de ce dernier et la vision que lui, handicapé, en a. Le dialogue entre Socrate et l’auteur devient au fil des pages, un dialogue entre vous et Alexandre, vous et Socrate.

   Posez-vous, laisser votre esprit buller tranquillement et lisez Éloge de la faiblesse. Ça fera le plus grand bien à vos neurones saturés d’informations et de fantasy ! Je vous taquine mais vous le conseille vivement.

Bonne lecture !

Éloge de la faiblesse est le premier livre d’Alexandre Jollien que vous pouvez retrouver sur son site.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s