Traité sur la tolérance – Voltaire

   Traité : ouvrage didactique où l’on traite d’une manière systématique d’un sujet (selon Larousse). Peut-être l’avez-vous lu à l’époque du lycée ou en avez-vous entendu parler longuement lors des événements tragiques de janvier, toujours est-il qu’il est difficile aujourd’hui d’ignorer l’existence du Traité sur la tolérance de Voltaire. On nous a rabâché les oreilles qu’il « fallait » le lire sans nous dire vraiment pourquoi si ce n’est parce qu’il avait un lien avec l’actualité. Un peu léger quand on voit la quantité d’informations servies pendant ces jours d’hiver.

   Pour ma part, j’étais un peu sceptique. Je ne dis pas que les livres ne peuvent pas traverser le temps, loin de moi cette idée. Mais je me faisais la remarque qu’il était presque inquiétant que nous devions revenir à un traité du XVIIIème siècle pour parler d’un sujet aussi essentiel, central que la tolérance aujourd’hui. Parce que quoiqu’on en dise, la société royaliste (ou impériale) n’était pas vraiment l’image même de la tolérance. Cela voulait donc dire que notre société partait à nouveau dans les mêmes travers. Constat plutôt triste. Ensuite, je me suis demandée pourquoi on ne mettait pas en avant un ouvrage plus récent, convaincue qu’un philosophe, qu’un sociologue ou tout autre personne, a sûrement parlé de la tolérance dans notre société actuelle (Je suis sûr qu’Agustin Trapenard a une petite idée d’auteurs à nous conseiller !). Voltaire n’est pas vraiment un auteur contemporain… Mais visiblement sa parole est restée universelle et ancrée dans une forme de modernité pour peu qu’on le lise sous le bon angle.

   Pour autant, j’ai décidé de passer outre mes quelques réticences et de lire ce fameux traité porté aux nues afin d’avoir ma propre opinion sur ce livre. Et de vous en faire part…

tol

   Ce traité sur la tolérance a été porté bien haut, si haut qu’on l’aurait cru comme étant le livre de la raison qui ferait contrepoids aux livres religieux. Je n’approuve pas vraiment cette idée qui, à mon sens, reflète une mauvaise opinion vis à vis des livres religieux. Attention, je ne dis pas que j’encense les livres religieux. Je dis seulement que le plus grand torts vient de l’interprétation que chacun en fait. Alors c’est avec de grandes pincettes que je parle d’eux. Le traité sur la tolérance n’est pas la « bible » de celui qui n’est pas croyant mais plutôt de celui qui a à coeur que tous puissent vivre ensemble. Je pense que c’est à cela que veut nous mener Voltaire : à une meilleure façon de vivre ensemble, en respectant l’autre dans sa totalité. Il faut respecter l’humain, sa vie mais aussi ses croyances même si elles nous déplaisent. Il faut tolérer l’autre dans son entier. C’est une idée assez centrale et récurrente dans son propos, une idée pertinente quand il s’agit de vouloir vivre en communauté.

1311318-Voltaire

  Voltaire, aussi philosophe des Lumières qu’il soit, est un homme de son temps, dans une société profondément chrétienne (juive également. Avec les protestants, ils sont couramment victimes de l’intolérance religieuse de l’époque) et soumise à une royauté. Aussi, remettez-vous bien dans le contexte avant d’attaquer sa lecture sinon je crains que vous ne passiez à côté de l’oeuvre.

   Dans un exposé clair, concis, précis, Voltaire nous parle de tolérance en reprenant l’affaire Calas. Il va nous expliquer avec force détails, le déroulement de cette histoire qui a pris des proportions terriblement dramatiques. Un rappel salutaire en ce qui me concerne, cet événement n’était plus qu’un vague souvenir. Voltaire va nous exposer les faits avant de raconter le déroulement du procès, le prononcé de la condamnation, son exécution et enfin, le plus long, la demande de réhabilitation. Sa position est claire : il ne comprend pas comment Jean Calas a pu être condamné. Son traité est une véritable plaidoirie dans l’intérêt de ce père de famille qui sera exécuté. Plaidoirie que j’ai trouvée remarquable.

famcalas

   Voltaire adopte un ton à la fois plein de rigeur et à la fois presque moqueur. En pointant les inepties présentes dans ce dossier, Voltaire s’interroge sur la façon dont on peut venir à penser une telle chose. Comment peut-on devenir intolérant à ce point ? Il y a presque un côté burlesque dans cette manière élégante mais non dissimulée de montrer du doigt les erreurs faites. Et cette façon de dire qu’à un moment donné, l’intelligence de ces personnes auraient dû les amener à revenir sur leur décision. Et pourtant, à aucun moment quiconque ne fera un geste vers une autre direction que celle prise par le tribunal au moment de l’énoncé du verdict.

   C’est donc avec tact et une facilité déconcertante, que Voltaire nous explique que la bible, l’Eglise chrétienne ont un rôle à jouer dans cette tolérance, un principe finalement très… Chrétien. Mais évidemment, en faisant abstraction de la religion choisie, on réalise bien vite que les propos portés par Voltaire s’appliquent à toutes les religions, toutes les croyances. A travers son traité, Voltaire s’adresse à tous, cherchant à nous donner des clés pour vivre ensemble dans une certaine harmonie, une certaine paix. Sa plume légère est simple à suivre, ce qui rend le livre accessible à tous les lecteurs intéressés. Pas de tournures alambiquées, ni de formulations trop complexes, Voltaire fait dans la sobriété et nous propose « sa » vision de la tolérance. Il remonte loin puisqu’il fait allusion aux antiques sociétés romaines et grecques mais il n’omet pas des événements plus récents comme le massacre de la Saint-Barthélemy pour étayer son propos tout du long.

   Tolérance, respect, liberté sont des principes aux frontières poreuses mais aux définitions précises. En parlant de tolérance, Voltaire parle de la liberté de croyance, du respect de l’autre et de ses pensées. Il rejette l’idée d’une atteinte à l’intégrité physique pour des pensées divergentes. On ne peut qu’abonder en son sens.

   C’est peut-être un livre dont nous avons besoin aujourd’hui pour faire preuve de plus de tolérance les uns à l’égard des autre. Mais aussi pour bien discerner ce qui est intolérable de ce qui ne l’est pas, et savoir agir en conséquence de façon intelligente et toujours proportionnée. Ce n’est peut-être pas facile, mais on a jamais prétendu que vivre dans une société démocratique fondées sur des principes aussi immuables qu’indispensables était chose facile. A sa façon, Voltaire cherche à nous simplifier la vie. Remercions-le en le lisant mais ne nous contentons pas de cela. Appliquons ses idées, faisons les notres et devenons nos philosophes des temps modernes.

Bonne lecture.

Publicités

Une réflexion sur “Traité sur la tolérance – Voltaire

  1. Lintje 22 février 2015 / 20 h 33 min

    Il y a un côté déconcertant à voir que tant d’années après ce livre retrouve une actualité… La tolérance est une valeur fondamentale qu’il serait bon de propager pour que chacun puisse vivre sa religion tel qu’il l’entend sans en accabler les autres

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s