Le Horla – Guillaume Sorel et Guy de Maupassant

   Un illustrateur usant de son talent pour mettre en dessin un illustre auteur. Quel bel hommage que ces aquarelles ! Guillaume Sorel, auteur de bande-dessinée et surtout talentueux illustrateur adapte une œuvre d’un auteur de sa région d’origine : Guy de Maupassant. Près de la nonchalante Seine une tragédie se noue dans une belle demeure. A travers un journal intime on découvre la descente aux enfers d’un homme convaincu de devenir fou. Un récit réputé et connu dont l’adaptation relève à mon sens, du défi.

   Je constate que la maison d’édition Rue de Sèvres qui est derrière cet ouvrage recèle des trésors de dessinateurs. Après la bande-dessiné d’Alex Alice qui fut un vrai coup de cœur tant par le scénario que par la magnificence des dessins, je dois avouer que Le Horla de Sorel ne m’a pas laissé de marbre. Je ne peux m’empêcher d’avoir à l’esprit une comparaison avec Jacques Ferrandez et son étranger adapté du roman d’Albert Camus. Parce que les deux bande-dessinées s’inspirent d’auteurs anciens, l’envie de les comparer est récurrente mais peut-être pas pertinente. Aussi vais-je tâcher de m’en abstenir jusqu’à l’épilogue de cet article.

Le Horla

   J’ai d’abord lu la bande-dessinée de Guillaume Sorel avant de me plonger dans la nouvelle de M. de Maupassant. J’ai été conquise par les dessins de l’un, la plume de l’autre mais fut quelque peu désappointée du mélange des deux.

   Le Horla est une nouvelle écrite par Guy de Maupassant présente dans un recueil de nouvelles qui en tire son nom. Publiée sous un autre titre, Lettre d’un fou, à deux reprises, Le Horla est une œuvre étrange et dérangeante. Touchant à la folie, elle est à l’image de la victime de cette dernière. Ce fut ma première lecture de Maupassant et j’ai été totalement conquise par sa plume. Légère, fluide j’ai été à la fois surprise et enchantée de lire si aisément un auteur du XIXème siècle. Tous n’ont pas cette accessibilité que je reconnais sans peine à ce cher Guy. Il a vécu en Seine-Maritime et c’est là qu’il place son action, non loin de Rouen, le chef-lieu.

   Guillaume Sorel est lui aussi coutumier de cette région puisqu’il est né à Cherbourg. C’est donc avec la certitude qu’il connaisse les paysages qu’il doit faire naître sous ses pinceaux que je me suis plongée dans ce livre. C’était aussi pour moi l’occasion de découvrir à nouveau un auteur ancien comme ce le fut avec L’étranger. J’ai longuement hésité, le dessinateur ayant aussi fait une illustration d’Alice aux pays des merveilles qui me tentait énormément. Mais mon choix fut fait et la lecture suivit de peu.

   Les dessins sont tout à fait sublimes. Rien à redire sur le trait délicat et la somptueuse mise en couleur de M. Sorel. On en prend plein les mirettes. Il n’y a pas de cases plus ou moins travaillées : elles sont toutes sur le même schéma de perfectionnisme. Il mérite ces éloges, Guillaume Sorel nous offre un travail très soigné. La qualité du dessin m’a séduite et beaucoup plu. J’ai pris un immense plaisir à parcourir les paysages normands que, pour certains, je connais fort bien. La douceur estivale près de la Seine qui s’écoule tranquillement, les bateaux descendant parfois sans bruit, parfois dans un fracas immense dû à leur énorme machine à vapeur. Tout cela est très bien retranscrit. Guillaume Sorel nous plonge dans l’ambiance de ce XIXème siècle sans aucune difficulté. Un vrai plaisir visuel qui n’a malheureusement pas suffit à faire oublier la difficulté ressentie dans l’adaptation de la folie du personnage.

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   C’est un sacré défi que de vouloir adapter en dessin la folie galopante d’un homme. La nouvelle Le Horla est construite sur la base d’un journal intime. A chaque jour suffit sa peine pourrait-on penser en le lisant. Ce journal débute en même temps que d’étranges événements et péripéties qui vont affecter son auteur. On est poussé par la curiosité, l’envie de comprendre ce qui va se passer et comment celui-ci va-t-il réagir quand la lucidité permet de réaliser l’ampleur de sa propre décadence. J’ai été passionnée par cette courte nouvelle mais pas du tout emportée par la version servie par l’illustrateur. Alors que tout y est, la retranscription de cette folie peine à convaincre. Le Horla prend des allures d’horrible monstre alors même qu’il reste invisible dans l’histoire originelle. Au delà de détails que l’on peut parfaitement occulter et négliger, ce qui m’a posé souci c’est qu’une fois arrivée à la fin de la bande-dessinée, je n’avais strictement rien compris à l’histoire. On peut résumer ainsi l’idée qui a dominé mes pensées quand j’eus terminé de lire la dernière case : l’incompréhension.

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   La force de la nouvelle réside dans le fait que l’homme se voit devenir fou. Se voit convaincu d’être possédé. C’est la lucidité d’esprit avec laquelle il réalise ce qu’il commence à croire, à penser qui fait la force de ce récit. Alors que j’ai eu du mal à voir à quel moment l’homme sombrait vraiment dans la folie, il m’a semblé que Guillaume Sorel rompait trop tôt la progressivité avec laquelle se fait le naufrage de cet esprit sain. Les dernières pages m’ont paru un peu fouillis et peu aisées à lire. Non pas que les phrases soient trop alambiquées, loin de là, je pense justement qu’il manque quelques phrases pour éclairer le lecteur. Pour lui montrer que le papillon, les monstres ceux sont du délire. Alors même que peu de temps avant, l’homme était parfaitement capable d’avoir un raisonnement cohérent et d’étudier sa propre situation avec beaucoup de clairvoyance. Voilà donc le petit bémol de cette bande-dessinée : une fin loupée qui précipite la chute. J’aurai préféré quelque chose qui soit plus en douceur. Ce n’est pas la folie du personnage qui transparaît mais plutôt celle du dessinateur ! A trop vouloir en faire pour illustrer cette folie écrite, Guillaume Sorel nous noie sous un flot d’images, à ne plus très bien savoir où donner de la tête.

   Néanmoins, il sait tout au long de l’œuvre faire ressortir toute la noirceur, tout le pessimisme de cette œuvre sombre. Parce que les dessins m’ont plu, j’éprouve la plus grande difficulté à dire du mal de ce qui demeure une très belle adaptation. Peut-être suis-je passée à côté de celle-ci, une seconde relecture me permettra peut-être de l’apprécier à sa juste valeur. Je vais l’envisager d’autant plus que la version d’origine m’a beaucoup plu. Il convient peut-être juste de préciser que l’auteur de Bel-Ami a lui-même sombré dans la folie, un thème de prédilection semble-t-il. En tout cas, on peut dire qu’il sait très bien en parler. Le Horla est une œuvre qui met presque mal à l’aise. Toutefois j’ai apprécié la façon dont Guy de Maupassant intègre une touche de fantastique dans son histoire. Du fantastique qui vient heurter de plein fouet la rationalité scientifique dont notre héros semble doté. Ce qui donne de bien beaux passages, voilà un petit extrait :

« Au lieu de conclure par ces simples mots : « Je ne comprends par parce que la cause m’échappe », nous imaginons aussitôt des mystères effrayants et des puissances surnaturelles. »

Je vous laisse sur cette intrigante phrase et vous souhaite une bonne lecture !

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