Le Caravage – Première partie La palette et l’épée de Milo Manara

   Comme toute actualité, on a parfois besoin de relais pour être informé des dernières nouveautés. C’est ce qu’il m’a fallu pour apprendre la sortie d’un nouvel ouvrage de bande-dessinée signé Milo Manara. Est-il utile que je présente ce monstre sacré de la bande-dessinée, né le 12 septembre 1945 en Italie ? Ami d’Hugo Pratt avec qui il partagera quelques ouvrages (Un été indien qui obtiendra le Alfred du meilleur album étranger au festival d’Angoulême de 1987), Milo Manara a acquis une immense notoriété en devenant LE dessinateur de bandes-dessinées érotiques des années 80 avec son célèbre « Le Déclic« . Et voilà que j’entends parler italien dans l’émission Boomerang d’Augustin Trapenard sur France Inter le matin, que j’affectionne tout particulièrement. L’animateur, également présent sur le plateau du Grand Journal chaque soir, promeut une culture éclectique et riche, nous emmenant à la découverte d’auteurs, d’acteurs, de réalisateurs, de dessinateurs aussi variés qu’enrichissants. Et ce jour-la il recevait Monsieur Milo Manara pour son dernier album Le Caravage, un diptyque consacré au peintre du même nom.

   Milo Manara ne fait pas que de la bande-dessinée érotique pour celles et ceux qui se seraient arrêtés à ce pan-la de son univers foisonnant. Et même si il ne faisait que cela, on ne pourrait guère lui reprocher tant sa façon de dessiner les femmes est un hommage à la beauté féminine. Mais ça n’est pas le cas dans cet ouvrage dont je vais vous parler. Milo Manara use de son magnifique dessin pour nous livrer une leçon d’histoire.

la caravage

Michelangelo Marisi da Caravaggio di Le Caravage est originaire de Milan et va se rendre à Rome pour s’accomplir en tant que peintre. Tempétueux, parfois irascible, son talent fait oublier ses défauts tant ses tableaux, d’un réalisme transcendant, met tout le monde d’accord : il est un grand peintre.

   Cette première partie nous conte l’arrivée de ce jeune Michelangelo à Rome où il cherche à être pris dans un atelier. Il va très vite bluffer par sa capacité à restituer une incroyable lumière dans ces tableaux, mettant ainsi en valeur les scènes qu’il peint. Cantonné dans un premier temps aux représentations abstraites que sont les guirlandes et les coupes de fruits, son talent explose littéralement quand il saisit sur sa toile les personnes qu’il croise, que ça soit pour une scène de la vie quotidienne ou dans une mise en scène religieuse. Il exacerbe la beauté de ses modèles, il transcende ses sujets.

   Bien que fidèle à la réalité historique, il ressort du dessin de Manara, une grande admiration pour ce peintre italien. C’est du moins ce que j’ai ressenti. Il nous décrit un homme doté d’un talent inouï, acceptant les contraintes de son temps pour pouvoir exercer son art mais convaincu de pouvoir faire autre chose. La censure est à l’époque un véritable fléau pour les peintres. L’église tout puissante, procède par l’inquisition, à toutes sortes de condamnations. Les peintres sont régulièrement visés pour un sein non couvert, un corps trop dénudé. Ou pis, pour un modèle mal choisi ou une image sainte détournée. Il faut pour survivre avoir des alliés puissants. C’est ce qu’aura Le Caravage, du moins dans cette partie de l’histoire. C’est parce qu’il courbe l’échine face aux exigences de l’Église, un des plus gros client des peintres, et qu’il déborde de talent qu’il parvint à sauver sa peau ou à faire accepter ses tableaux dont le modèle n’est autre qu’une catin qu’il côtoie.

Extrait p.30
Extrait p.30

   Le Caravage se moque de la « profession » de ses modèles. Ce qui l’importe c’est qu’ils sachent prendre la bonne pose, respecter ses consignes. On le sent rigoureux, consciencieux, cherchant l’excellence dans tout ce qu’il fait. Mais pas dans le choix de ses modèles, ce qui lui vaudra quelques remontrances. Il faut bien avouer qu’une prostituée qui sert de modèle pour la Madone, personnellement, j’ai beaucoup aimé ! C’est cet esprit frondeur, et le fait qu’il ne supporte pas l’injustice, le mépris de certains qui emmèneront Le Caravage dans la prison de Rome. Plusieurs séjours, qui se terminèrent sans grand mal pour lui grâce à son accointance avec un Cardinal.

   Dans l’histoire retracé par Milo Manara, ce peintre m’a donné la sensation de vivre intensément. Pas une minute de repos, il faut peindre, enchaîner les idées, les techniques, les tableaux. J’ai trouvé sa vie épuisante, ce qui montre à quel point j’ai été emporté dans cette Italie du XVIIème siècle ! J’ai suivi avec intérêt l’évolution de cet homme fougueux, prêt à tout pour exercer son art, doté d’une certaine humilité et littéralement passionné par les jeux de lumières qu’il cherche à capturer dans ses peintures. On le sent amoureux des belles choses, respectant les limites qu’on lui pose mais avide de pouvoir aller plus loin. Manara émaille son récit de quelques liens que nouent notre peintre avec certaines femmes qui posent pour lui. Mais Le Caravage semble bien plus préoccupé par ses pinceaux que par les jeux de séduction.

   Alors que la peinture de l’époque est marquée par une certaine distance de la réalité, Le Caravage va revenir à des peintures réalistes. Il a le souci du détail, de la ressemblance. Exactement comme Milo Manara qui nous offre là un petit bijou historique et pictural. Car, j’ai fais ma curieuse, je suis allée voir sur Internet quelques uns des tableaux évoqués au cours de l’histoire et j’ai été impressionnée de voir comme Manara les a intégrés dans ses dessins, toujours en faisant attention à la lumière si chère au peintre dont il retrace l’histoire.

Extrait p.49
Extrait p.49

   La qualité de l’histoire rejoint donc la qualité des dessins et cela n’est guère étonnant venant d’un dessinateur talentueux comme Milo Manara. C’est beau, esthétiquement très bien travaillé. On retrouve le trait caractéristique de l’auteur notamment dans les visages féminins. Mais pas seulement, les hommes sont aussi bien travaillés, toute la galerie de personnages est traitée avec la même rigueur. Manara est également toujours à la hauteur pour ce qui est de la mise en couleur, la blancheur des chaires, la pénombre des auberges où les succès sont fêtés et la lumière, toujours, encore, recherchée par le peintre, tout y est, exactement comme il faut.

   Cette BD est un régal, tant pour les yeux que sur le plan de la culture. J’ai senti poindre un changement dans notre Caravage à la fin de cette première partie et il me tarde de découvrir la suite.

En attendant, je vous souhaite à tous une excellente lecture de ce premier tome !

Si vous souhaitez vous informer plus longuement, l’article de l’encyclopédie Larousse semble très bien fait, je ne l’ai pas lu en entier souhaitant découvrir la suite à travers l’œuvre de Manara sur qui vous pouvez trouver des informations sur sa page Wikipédia ou sur son site officiel. Et si vous le souhaitez, vous pouvez réécouter l’émission d’Augustin Trapenard sur France Inter !

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