Mauvais genre de Chloé CRUCHAUDET

   Fauve d’Angoulême 2014, prix du public Cultura, j’avais entendu le plus grand bien de cette bande-dessinée au scénario et aux dessins atypiques. L’histoire, basée sur La garçonne et l’assassin de Fabrice VIRGILI et Danièle VOLDMAN raconte l’étrange vie d’un couple, Louise et Paul durant la première guerre mondiale. Des traits fins, peu de couleurs viennent nous décrire un quotidien qui va dégénérer. Cette lecture est aussi intéressante que bouleversante. J’ai été happée dans ce récit unique et empreint de passion. Une façon originale d’évoquer un pan de la Grande guerre dont les célébrations ont été importantes l’année passée.

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   Louise s’éprend de Paul autant qu’il tombe amoureux d’elle. Un coup de foudre qui surgit peu de temps avant les coups de canons annonçant la guerre. Tout juste ont-ils le temps de se marier que Paul doit partir au front. Comme bon nombre de ses compagnons d’armes il pense être de retour d’ici quelques mois… Mais la guerre s’étire en longueur. Ils ont pris place dans les tranchées où la dysenterie les ronge autant que les rats, les bombes continuent de tomber et le conflit s’enlise. Comme tous les autres, Paul n’en peut plus. Alors il va tout faire pour quitter l’horreur de la guerre et devenir un déserteur. Mais rapidement, cette nouvelle vie devient tout aussi intenable. Recherché pour désertion il risque le peloton d’exécution aussi son quotidien devient une cage dorée sous forme d’une chambre d’hôtel. Terrassé par l’ennuie, rongé par le désir de sortir, Paul va trouver un subterfuge : aidé de Louise, couturière, il va se déguiser en femme. Voilà que débute une descente aux enfers.

   Chloé Cruchaudet commence le récit par un procès. C’est à travers cet événement que l’histoire nous est contée. Pour autant ce qui m’a plu, c’est qu’on ignore sur quoi porte le procès… Cette « mise en bouche » nous pousse directement dans la vie de nos deux protagonistes. C’est un véritable huis clos qui se déroule sous nos yeux. L’ambiance est oppressante, on sent nos héros sur le fil. On craint de les voir déraper à tout moment. Pourtant ils tiennent le coup pendant des années (les déserteurs n’ont pas été amnistié avant une longue décennie après l’armistice) nous embarquant dans cette folle aventure qui détruit petit à petit le couple qu’ils formaient.

   Paul n’est plus homme, n’est pas femme. Il ne sait plus où est sa place. Cette situation va littéralement l’anéantir, ne lui laissant que le refuge de l’alcool dans lequel il se noie sans trop de scrupules. L’auteur offre le parfait équilibre qui consiste à ne pas porter de jugement tout du long. Qu’aurions-nous fait à sa place ? Tout était préférable à l’enfer des tranchées. Son équilibre psychologique risquait d’être affecté dans les deux cas. Sauf qu’il ne risquait pas de mourir à tout moment dans le second cas de figure.

   Leur complicité du début est attendrissante. Je me suis attachée à Louise que j’ai trouvée poignante et touchante dans son rôle de femme, de maîtresse, de protectrice. Paul, à l’inverse, m’a paru lâche autant que perdu. Malgré tout, l’histoire est écrite de telle manière qu’on parvient à comprendre pourquoi il en arrive là. Comprendre n’est pas pardonner. C’est exactement ce que j’ai pensé en voyant, à travers les dessins, la souffrance de Louise. Une souffrance aussi poignante que la fin tragique de ce récit. Louise est bouleversante avec tout son amour pour cet homme qui ne la considère plus.

   Chloé Cruchaudet a dessiné tout le récit en noir et blanc, ne rajoutant qu’une couleur pour distinguer Paul de Louise : du rouge. Couleur de l’amour, de la passion, de la colère, du sang : tout ce qui unit ces deux êtres dont leur vie a été massacrée par la guerre. C’est ce que je retiens de tout cela malgré tout, c’est la guerre qui les a mis dans une telle situation. Le dessin est vif, percutant autant que l’histoire qu’il porte. Les traits soulignent les expressions, esquissent les émotions qui traversent nos personnages.

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   En somme, j’ai parfaitement compris l’accueil qui a été faite à cet ouvrage qui mérite vraiment le détour. C’est une très belle oeuvre comme sait en produire le monde de la bande-dessinée. A lire sans modération.

Bonne lecture !

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