Train d’enfer pour ange rouge de Franck Thilliez

   Franck Thilliez, maître du suspense français, donne au polar une intensité cruelle. Avec Train d’enfer pour ange rouge, son premier roman édité, Franck Thilliez révèle une plume déjà très prometteuse. Je l’ai découvert en lisant Fractures, roman qui m’a profondément marqué tant par la qualité de l’histoire que celle de l’écriture. Loin des États-Unis et de l’Angleterre, terres de prédilection des thrillers et romans policiers en tout genre, les autres pays peinant à s’imposer. Pourtant Franck Thilliez y parvient, donnant au polar français une certaine réputation. Il n’est certes pas le seul mais il fait parti de ceux qui ont su me convaincre.

   On ressent la « jeunesse » – une forme d’immaturité peut-être – de l’auteur dans son écriture : quelques traits un peu trop accentués ou grossiers. Quelques maladresses qui n’ôtent en rien à ce livre les compliments qui s’imposent. Déroutant, dérangeant, l’auteur vous emmène dans les tréfonds de l’âme humaine et dans l’horreur portée à son apogée. Âmes sensibles s’abstenir.

Thilliez

Le commissaire Sharko est appelé sur une scène de crime. On vient de retrouver le corps partiellement démembré et décapité d’une femme. La mise en scène macabre semble porteuse de messages contradictoires. Le policier, rongé par la disparition de sa femme qui remonte à plusieurs mois maintenant, se plonge corps et âme dans cette enquête aux ressorts tortueux et à l’horreur omniprésente. Une enquête éprouvante qui va raviver des plaies mais qui finalement, permettra peut-être d’avoir des pistes quant à la disparition de Suzanne.

   Sharko est un personnage auquel on s’attache petit à petit. Derrière le policier bourru et bagarreur se cache un homme profondément malheureux mais acharné à vivre. Doué d’un véritable flair de flic, il suit des pistes et fait des recoupements auxquels personne ne penserait. On peut lui reprocher son manque de prudence lors d’une étape de l’enquête. Ce qui lui vaudra des conséquences désastreuses pour la suite. On peut reprocher cette erreur à Franck Thilliez qui m’a paru un peu trop grosse pour être réaliste. En effet, comment un enquêteur du niveau de Sharko, aussi intelligent, peut-il faire une faute aussi énorme ? Vouloir intervenir seul, de nuit, dans un endroit isolé, paraît à tout le moins suicidaire, tant pour lui que pour l’enquête. Mais on lui pardonne tellement l’histoire vous happe.

   C’est Sharko qui nous entraîne avec lui, nous sommes dans son sillage, de scènes de crime en bars glauques, de lieux de débauche aux débriefs de son responsable. Écrit à la première personne, le récit laisse peu de place aux descriptions physiques des personnages qui entourent notre héros. Si ce n’est son chef, les autres sont esquissés à travers des métaphores qui laissent au lecteur le loisir d’imaginer. L’utilisation de la première personne permet de se plonger dans les sentiments, ressentis et névroses de notre personnage principal. Celui-ci semble emporter par cette enquête et nous avec. Le cerveau qui se cache derrière les meurtres perpétrés se révèle sadique et retors. Aidé de son lieutenant et d’une psycho-criminologue qui s’inspire des méthodes américaines, il tente de comprendre une logique qui échappe à ceux dont la vie humaine est sacrée. En filigrane un peu de religion apparaît. Mais que fait Dieu face à tant d’horreurs ? La question est posée indirectement, sans jugement de valeur, plus comme une mise à l’épreuve de la foi des personnages croyants.

   Franck Thilliez nous décrit avec force détails les scènes auxquelles assistent notre brave commissaire. Ses descriptions sont pleine de comparaisons accentuant sans conteste l’aspect horrible de certains endroits. C’est atroce, cela vous lève le cœur. Je pense que l’on peut aisément les comparer aux scènes qui jalonnent le film Seven… On en est presque gavé et on redoute un nouveau corps, une nouvelle victime. On s’interroge de savoir jusqu’où ce tueur va mutiler. C’est un trop plein, une overdose que nous sert l’auteur. Comme Sharko, on n’en peut plus quand le récit se termine. Nous sommes gavés d’images sanguinolentes, de corps meurtris, mutilés.

   Cette débauche de chairs massacrées et autopsiées est compensée par un fil rouge maîtrisé d’une main de maître. Franck Thilliez tient son histoire à la perfection, distillant les indices sans jamais en révéler suffisamment pour nous mettre sur la piste du meurtrier. Il dose avec parcimonie les révélations tout en ne faisant pas stagner l’histoire de façon à ne pas ennuyer son lecteur. L’enquête nous fait aller d’un suspect à un autre. On butine d’idées en idées sans trop savoir laquelle est la bonne. Aucun type ne nous paraît susceptible d’être le meurtrier. Et soudainement tout le monde vous semble suspect. Une fois son identité révélée on est frappé par l’évidence. Exactement comme notre ami commissaire.

   Aux amateurs du genre policier je ne peux que conseiller la lecture de Franck Thilliez, auteur de qualité en ce domaine. Néanmoins ayez bien le cœur accroché, les scènes de crime de ce livre sont particulièrement horribles !!

Bonne lecture !

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