L’île du serment de Peter May

   Ce livre me fut offert il y a maintenant près d’un an par une amie proche dont les goûts littéraires sont portés vers les thrillers, policiers glauques et moins glauques, les enquêtes criminelles de toutes sortes pourvu qu’elles soient rondement menées. Elle a découvert cet auteur d’origine écossaise, vivant en France, à travers une série dite « chinoise » composée de six romans. À côté de celle-ci se trouve la série « écossaise », celle de « l’assassin sans visage » mais aussi divers romans qui ne s’inscrivent pas nécessairement dans une suite. L’île du serment fait partie de ces derniers. Une façon agréable de pouvoir découvrir un auteur sans pour autant se lancer dans une longue série parfois un peu éprouvante. La lecture m’a paru fort longue, sans doute parce que je manquais de temps pour m’y atteler véritablement. Mais voilà, je l’ai fini et il m’en reste un agréable souvenir de lecture dont je m’en vais vous parler plus longuement.

peter may

   Sime Mackenzie est sollicité par son chef pour intégrer l’autre équipe de la division de la police criminelle en charge des atteintes aux personnes que celle à laquelle il appartient. En effet, ils doivent se rendre sur l’île d’Entrée, dans l’archipel de La Madeleine, à l’est du Canada, où un meurtre a été commis mais où le français n’est pas parlé au profit de l’anglais que le détective Sime maîtrise. L’idée de devoir travailler avec son ex-femme n’enchante guère cet homme épuisé par une insomnie sans fin. Toutefois il va se plier à la décision de son supérieur et se rendre sur cette île perdue, désertée, malmenée par les éléments où il va rencontrer la seule témoin et principale suspecte Kirsty Cowell. À peine a-t-il posé les yeux sur elle qu’il est convaincu de la connaître. Soudain, lui revient en tête l’histoire de son aïeul dont il porte le nom et le prénom, originaire de l’Ecosse qu’il a dû quitter suite à la grande famine de la fin du 19ème siècle.

   L’auteur nous livre un roman doté de deux histoires parallèles dont j’avoue ne pas avoir compris comment elles allaient se rejoindre jusqu’au dénouement. Ce qui est, à mon sens, un point positif ! Je n’avais rien vu venir et j’ai apprécié me faire surprendre ainsi !

   Peter May alterne entre l’enquête qui occupe Sime Mackenzie, – sans oublier son histoire personnelle quotidienne -, et celle du Sime Mackenzie ayant vécu en Ecosse dans les années 1850. Le rapport entre les deux hommes, hormis le fait que le second soit l’ancêtre du premier, nous échappe complètement tout au long du récit. Malgré tout, il sait nous emmener avec les deux, happés que nous sommes par cette enquête criminelle presque à huis clos, dans un milieu naturel violent, et le quotidien difficile de son ancêtre. Il utilise avec la même aisance, tant la troisième personne du singulier que la première personne du singulier pour bien différencier les deux récits. La plume est agréable, plutôt fluide quoique quelques tournures de phrase m’ont parfois légèrement interpellé. Le dénouement, qui demeure donc une surprise jusqu’aux dernières pages, se révèle au terme d’une enquête policière pourtant très classique. Un meurtre, celui d’un homme, riche, marié, ayant une liaison avec une autre femme et pléthore d’ennemis, perpétré sur une île où ne vivent plus que quelques habitants égarés au milieu d’éléments tempétueux forgeant des hommes aux caractères aussi emportés que le vent, aussi durs que la roche sur laquelle ils vivent. Les personnages sont travaillés avec soin, brossés en quelques lignes puis approfondis dans le cadre de l’enquête. Rien ne m’a semblé laisser au hasard, l’auteur prenant un soin tout particulier à détailler, notamment l’environnement dans lequel l’ensemble des personnages évolue. Au risque d’en faire peut-être parfois un peu trop.

   Les descriptions qu’il fait sont empreintes d’une profonde réalité aisément perceptible lors de la lecture. J’ai eu la sensation que se dévoiler sous mes yeux de véritables photographies (cela m’a fait penser à l’attention particulière portée à la photographie dans la série télévisée Broadchurch qui présente plusieurs similitudes avec ce roman). Il m’a semblé que l’auteur faisait un parallèle entre cet homme, Sime Mackenzie, malmené par la vie (que ça soit le détective actuel ou son ancêtre) et les éléments qui malmènent ces îles de La Madeleine. Il y a une forme d’osmose entre le personnage et l’environnement dans lequel il évolue. L’endroit est à la fois plein de vie, de nature et en même temps très difficile à vivre. C’est un climat rude avec des tempêtes subies régulièrement (de mémoire au moins deux grosses tempêtes et quelques jours de mauvais temps dans le récit) qui rend la nature d’autant plus sauvage, inaccessible, inabordable. A l’image des hommes et femmes qu’on y trouve. On imagine la maîtrise des marins pour ne pas échouer sur les rochers au pied des falaises, la volonté des habitants pour dompter les éléments et vivre avec eux. Ainsi les paysages, les maisons, les milieux traversés par les deux Sime sont omniprésents, toujours parfaitement décrits. Parfois cela tire en longueur, l’auteur s’attardant, à mon goût, un peu trop sur ces paysages alors même que nous souhaitons voir l’histoire avancer. Toutefois j’avoue avoir véritablement voyagé, dans les tourbières écossaises, sur les falaises de l’île d’entrée, dans les forêts luxuriantes du Canada.

   Ce n’est donc pas une mauvaise façon de procéder mais un choix de récit qui va de pair avec l’écriture pointilleuse de l’auteur. Sa précision, la force du détails fait de cette histoire un roman dans lequel on met du temps à entrer mais qui, en fin de compte, éveille l’intérêt du lecteur avide de voyage.

   L’enquête policière, bien que simple de par le postulat, n’en demeure pas moins compliquée dans son déroulé surtout quand il s’agit d’affronter des évidences. L’esprit rigoureux de l’auteur vous amène à assister aux différents interrogatoires, à suivre l’enquête au rythme auquel elle devrait se dérouler, ajoutant encore du réalisme. Ce côté réaliste, pointilleux de l’auteur donne de la profondeur, à la fois au récit mais surtout au personnage principal. Sime n’a plus de secrets pour le lecteur, notamment durant ses longues nuits d’insomnie qui nous épuisent autant que lui. Alors même si les longues descriptions peuvent rebuter de prime abord, elles s’avèrent en réalité être un véritable atout pour comprendre le personnage et s’identifier à lui. En tout cas, elles m’ont permis de vraiment rentrer dans la peau de celui-ci et d’apprécier d’autant plus ma lecture.

   Je suis assez tentée de dire que cet ouvrage est une réussite esthétique même en l’absence de toute illustration. Parce que c’est véritablement ce qui me reste du livre : l’impression d’avoir visionné un film, une succession d’images qui demeure à l’esprit. C’est donc une marque que m’aura laissé ce livre que je vous invite à lire à votre tour.

Bonne lecture !

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