La marquise de Mireille Calmel

   C’est terriblement licencieux, léger, pétulant. Un roman libertin sous la plume rigoureuse d’une auteure de romans historiques, il fallait y penser. J’ai découvert Mireille Calmel il y a maintenant plusieurs années à travers deux romans : Le lit d’Aliénor suivi du Bal des louves, deux succès parus chez XO éditions. Je n’ai pas lu ses autres ouvrages édités par la suite, m’étant tourné vers une autre auteure de romans historiques, à savoir Juliette Benzoni. Toutefois j’ai conservé de ses romans un excellent souvenir. S’attachant aux femmes, trop souvent délaissées dans les récits hérités d’une époque ancienne, elle leur donne une place, un rôle dans l’Histoire. Ses histoires, quoique romancées, n’en demeurent pas moins ancrées dans une période historique rigoureusement détaillée. Mireille Calmel imagine ce que l’on ignore en l’inscrivant dans une réalité historique connue. Je garde la sensation d’une sorte de gravité dans le destin de Dame Aliénor d’Aquitaine, un aspect tragique indéniable qui vous plonge dans les affres d’une vengeance terrible. A l’inverse, on sent à travers La Marquise que l’auteure s’est vraiment amusée. Ce sentiment de joie qui se propage à la lectrice que je suis a quelque chose de… Jouissif !

marquise



Renée Pélagie de Montreuil vient de se voir offerte par ses parents au fils de la prestigieuse famille Sade. Donatien va conquérir la jeune femme prude, totalement naïve et enfermée dans les carcans de la stricte éducation catholique qui lui a été transmise. Une véritable complicité naît entre ces deux êtres qui demeurent profondément opposés dans l’intimité. C’est alors que Renée Pélagie va se transformer pour devenir la Marquise de Sade.

   On sait bien des choses sur le fameux et déroutant Marquis de Sade. Ses écrits licencieux peu appréciés par la monarchie, son esprit libertin, sa sexualité débridée… Mais qui fut sa femme ? Qui était la marquise qui avait vu son destin lié au sien ? Partant de quelques détails, l’auteure s’amuse à imaginer la femme, ses états d’âme, ses déconvenues face à un mari tel que le sien et la façon dont celui-ci va gagner son cœur mais aussi son con.

   Usant du vocabulaire de l’époque, nous sommes au XVIIIème siècle sous le règne de Louis XV, l’auteure nous fait partager le quotidien d’une jeune femme en émoi. La famille de Montreuil doit sa fortune au commerce à l’inverse de la famille Sade qui est une lignée d’aristocrates ayant leurs entrées à la cour du roi. C’est bien pour cela que la mère de Renée Pélagie, surnommée « la présidente », accepte un tel mariage avec une dot exceptionnellement élevée malgré ce qui se dit sur les Sade. Elle rêve de se pavaner près du Roi. A côté de ces futiles occupations de nobliaux, la société civile bouillonne. Les nouvelles idées philosophiques se répandent aussi dans la noblesse. Elles trouvent parfois du soutien parmi ces gens, notamment à cause du manque de popularité du Roi et de sa favorite : Mme de Pompadour.

   C’est une époque où on critique de plus en plus, où les pièces de théâtre servent à faire passer des opinions. On sent l’évolution des idées, un frémissement dans les mœurs et les coutumes. Donation est survolté, passionné, emporté par toutes ces nouvelles pensées. Je me suis énormément attachée aux personnages malgré la brièveté de l’histoire. La touchante innocence de Pellie (surnom donné à Renée Pélagie) m’a fait sourire tandis que j’admirais sa force de caractère. C’est un des traits « véridique » de cette femme : elle a toujours soutenu son mari, ne lui a jamais fait défaut, sûrement par amour plus que par honneur ou respectabilité. Soucieuse de bien faire, ne voulant risquer le courroux d’un dieu qu’on lui a appris à craindre, mais refusant de perdre son mari, elle n’aura de cesse de s’interroger sur ce qu’il faut qu’elle fasse. Mais elle n’est jamais trop prude. Replacé dans le contexte d’une telle époque on comprend sa répugnance à parler de la « chose », à se laisser aller alors qu’on lui a appris qu’une chose : la procréation. La femme n’accepte le coït que dans ce but. C’est son intelligence et sa sensibilité qui vont l’aider à accepter certaines choses et à en découvrir d’autres. Mais aussi, son mari.

   Donatien est un homme redoutablement intelligent, amoureux de la vie, révolté, enthousiaste, avide d’amour et de sexe. Il a parfaitement conscience de sa faiblesse. Pour autant, il témoigne à l’égard de sa femme d’une tendresse pleine de délicates attentions. Et même si tout le récit se déroule du point de vue de Pellie, nous apprenons à le découvrir à travers elle. Peut-être que cela joue dans l’affect que nous portons à cet homme puisque la jeune femme se meurt d’amour pour son mari.

   Mireille Calmel fait le pari de nous livrer un court roman empreint d’une profonde sensualité. De l’érotisme au milieu d’un siècle qui croule sous les bourgeons des idées philosophiques, politiques et sociales. Dès le début elle avertit de la nature de l’ouvrage et du public averti auquel il s’adresse. Une manière claire de viser un lectorat prêt à se délecter de mots inusités aujourd’hui. J’ai un faible pour cette époque qui usait de mots et d’expressions charmantes pour parler de la « chose ». Parce qu’il fallait dissimuler son penchant pour le sexe, les hommes et femmes de l’époque avaient une façon bien à eux d’en parler, de l’évoquer. Parfois crûment, parfois avec une fausse pudeur qui donne à rire. Sans aucun doute l’auteur a-t-elle bénéficié de ses précédentes recherches pour nous installer si rapidement dans cette époque lointaine, pleine de robes à panier et de fards mais aussi de mauvaises odeurs, la toilette n’étant pas l’apanage de tous à la cour, loin s’en faut. Ceux sont tous ces petits détails qui font le charme du récit au delà des personnages très marqués.

   A la fin de ma lecture, j’ai songé que ça serait un récit qui pourrait tout à fait être adapté en bande-dessinée par Emmanuel Murzeau… Si jamais il me lit !

   Pour fuir la morosité actuelle, plongez-vous dans la vie de Pellie et Donatien, prenez un peu de leur légèreté et de leur joie de vivre à travers les pages de La Marquise tout en apprenant un tas de petites anecdotes historiques.

Bonne lecture !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s