Le livre du Roi de Arnaldur Indridason

   Je suis dans ma phase nordique. Je viens de terminer la série Occupied, diffusée sur Arte que j’ai trouvée extrêmement bien jouée en plus d’avoir un scénario en béton, qui se déroule en Norvège. De là j’ai fait un saut littéraire jusqu’en Islande pour partir à la découverte de l’auteur Arnaldur Indridason. Il faut savoir varier les plaisirs tant dans les destinations de voyage que dans les auteurs. J’avais déjà croisé son nom au milieu des auteurs suédois (Stieg Larsson par exemple) et norvégien (Jo Nesbo, il est à noter qu’il est producteur de la série Occupied, elle-même basée sur une idée originale… De lui !) sans trop savoir de quelle nationalité il était. J’ai déjà connu le grand froid en lisant les Millénium, l’humidité écossaise avec Peter May, alors je suis partie cette fois sur la verte Islande, aux jours parfois sans fin.

   Ce fut clairement une lecture sympa mais pas marquante. Si l’auteur m’a plu, il ne m’a pas emballé. L’idée qui sous-tend le livre est originale, bien tournée, bien exploitée mais il m’a manqué quelques petites choses. Je ne peux lourdement critiqué un auteur car écrire un livre est un exercice excessivement difficile. J’ai un profond respect pour tous les auteurs. Néanmoins, tous ne me plaisent pas dans les mêmes proportions et j’ai parfois un peu de critiques à formuler. C’est le cas de M. Indridason dont j’ai lu Le livre du Roi.

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Un manuscrit islandais d’une inestimable valeur, est convoité à travers le monde. Un jeune islandais venu faire ses études à Copenhague en 1955 va faire la connaissance d’un éminent professeur universitaire, farouche défenseur de la culture islandaise et fin connaisseur de ces ouvrages anciens. Il l’entraîne avec lui à la recherche d’un des manuscrits les plus célèbres : le livre du roi.

   Le livre a le mérite de vous plonger immédiatement dans l’Islande et le Danemark de l’époque. Une période post-guerre difficile à vivre pour tout le monde, partagé entre l’inventaire des dégâts perpétrés par les nazis et les règlements de compte à l’emporte pièce. Doit-on oublier ou poursuivre et punir ? Les séquelles sont encore là, dans la chair et l’esprit de ceux qui ont combattu mais aussi dans les villes qui portent encore les stigmates des bombes. Nous naviguons au gré d’une enquête dotée de moult rebondissements à travers une Europe qui panse ses blessures. L’Allemagne est scindée en deux, la guerre froide s’installe progressivement. On retrouve tout cela dans les descriptions assez fournies quoique parfois incomplètes des lieux où notre cher professeur se précipite accompagner du jeune étudiant.

   L’histoire est écrite telle les mémoires de ce jeune homme. Au delà du descriptif, nous avons quelques digressions sur le recul qu’il a depuis les événements qu’ils nous content. Réaliste quant aux défauts de celui qui écrit : enjoliver le passé et se valoriser, il n’hésite pas parfois à revenir sur ce qu’il vient d’écrire pour rectifier. Cet aspect du livre est surprenant et nous rappelle que c’est un récit raconté par une personne âgée. J’ai eu tendance à l’oublier en dehors de ces passages.

   Le fait que la mémoire soit souvent défaillante sur des points de détails explique peut-être le fait que j’ai trouvé l’auteur brouillon. Parfois les actions s’enchaînent trop vite, comme s’il voulait nous donner le tournis face à l’hyperactivité du professeur. Qui soudain se calme et nous raconte sa vie passée. Pas toujours évident de changer de rythme aussi brutalement. Les actions rapides nécessitent une description simple, ce qui n’est pas toujours le cas. Tant et si bien qu’il m’est arrivé de relire certains passages pour bien comprendre qui affrontait qui. Ou qui parlait. Cela coupe dans la lecture et ça n’est pas très agréable. C’est d’autant plus regrettable que l’auteur manie par contre fort bien le suspens, nous poussant à toujours vouloir en lire davantage et venir à la rencontre de son histoire.

   Quand ça n’est pas brouillon, c’est parfois incomplet. Ainsi s’arrête le chapitre et commence l’autre, sans qu’on saisisse bien l’idée précédente. Une simple phrase du narrateur expliquant qu’il peine à se remémorer l’enchaînement des événements à compter de cet instant suffirait à ne pas donner l’impression au lecteur d’être semé.

   A côté de ces faiblesses, le roman m’a beaucoup apporté quant à l’histoire islandaise. J’ignorais que le conflit d’indépendance vis à vis du Danemark fut si long, si difficile notamment en ce qui concerne le patrimoine culturel de l’Islande. Quand deux pays se retrouvent concernés par les mêmes histoires, comment décider qui doit veiller sur ce trésor national ? La question apparaît à travers la trame de l’histoire, nous interrogeant sur l’importance du passé et de sa préservation future. L’histoire des sagas islandaises, abstraction faite des noms imprononçables que l’on croise, se révèle riche. Présentée telle qu’elle l’est dans le livre, cela nous donne envie d’en savoir plus sur leur nature, leur contenu et leur étude.

   A ce dernier point, j’ajouterai l’attachement que l’on porte à notre jeune étudiant perdu. Il a quelque chose de touchant dans sa maladroite jeunesse et son ignorance du monde. Tout cela compense les faiblesses d’une écriture qui m’a semblé pas toujours maîtrisé, comme si l’auteur s’était laissé emporté par son propre enthousiasme…

Je vous souhaite toutefois une excellente lecture !

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