La déposition de Pascale Robert-Diard

   Entrez dans le secret d’alcôve. Dans le secret de famille qui étouffe. Qui ronge. Qui détruit. Tel un poison qui se propage jusqu’au creux de son être. Suivez Pascale Robert-Diard, journaliste judiciaire pour le journal Le Monde, dans l’atmosphère feutrée de la cour d’assise, en pleine affaire Agnelet. Laissez-vous porter par sa plume légère et fluide pour découvrir l’envers du décor. Devenez vous-même le témoin d’un drame familial qui aura duré 30 ans avant de trouver son issu devant la Justice le 7 avril 2014. Lisez La déposition, celle qui changera tout et notamment le cours de la justice.

la déposition

   La police d’écriture utilisée pour le titre m’a laissé penser à un vieux slogan publicitaire des années 80. Et nous ramène indéniablement vers ces années durant lesquelles Agnès Le Roux, riche héritière et maîtresse de Maurice Agnelet, a disparu.

   C’est avec beaucoup de simplicité que Pascale Robert-Diard nous explique cette affaire qui a fait grand bruit. Nous sommes dans le milieu des casinos, du bling-bling et de la mafia. Maurice Agnelet est attiré par l’argent tel une mouche par la lumière. Marié à une fille d’instituteur, avocat, il n’aura de cesse d’avoir des maîtresses toutes plus riches les unes que les autres. Agnès Le Roux en aura fait partie. Maurice Agnelet a été condamné pour son assassinat par la cour d’assises d’Ille et Vilaine. Pour arriver à ce résultat judiciaire, la route aura été longue et il aura fallu le combat acharné d’une mère, Renée Le Roux.

   Plutôt que de nous conter cela de façon monotone, elle nous offre le point de vue de celui qui fera tout basculer. Guillaume Agnelet, fils de l’accusé, va finir par témoigner contre son père. Il sera le seul parmi les membres de sa famille a osé le faire. Avec toutes les conséquences que cela implique.

   Il aura été cité deux fois par la défense. Il aura été l’un des plus ardents défenseurs de son père. Mais nous découvrons un homme meurtri, blessé, anéanti par un père égoïste, manipulateur, envahissant. Tout s’enchaîne avec un rythme effrené malgré les années. On apprend la façon dont il a sombré dans la douleur la plus folle. Le dilemme cornélien qui sera le sien, son fardeau impossible à porter. Pascale Robert-Diard nous offre à la fois un récit précis et un portrait effarant. C’est l’abîme de douleur qui semble habiter Guillaume Agnelet qui m’a particulièrement marqué au-delà de l’affaire judiciaire que je connaissais. Jusqu’au jour où il ira libérer sa parole dans le bureau du procureur de la République de Chambéry.

   Vous entendrez le froissement des robes, le bruit des pas sur le sol ancien du parlement de Bretagne, la dureté du bois du banc sur lequel vous pouvez prendre place. Vous sentirez l’atmosphère particulière de ces juridictions spécifiques que sont les cours d’assises. C’est avec beaucoup de pédagogie que la journaliste vous explique le fonctionnement de cette grande institution qu’est la Justice. Sans entrer dans les détails mais avec tous les éléments nécessaires pour comprendre. On sent à travers ses propos l’affection, l’amour même, qu’elle porte à celle-ci. Elle rend hommage au travail de tout ceux qui concourent à son exercice et surgissent dans son récit, président d’assises, avocat général, avocats, greffière, huissière. Mais c’est Guillaume Agnelet le fil rouge de toute cette sombre histoire.

   Quelle est la place d’un enfant dans une telle situation ? Comment peut-on être un enfant quand votre vie est émaillée d’événements judiciaires ? Quand un juge d’instruction débarque sans crier gare, passe la vie de votre famille au peigne fin et brise le cocon familial, comment peut-on se constuire et devenir un adulte ? Quand votre père a fait de vous son confident d’un secret terrible ? Quel adulte devient-on ? Autant de questions qui surgissent quand Pascale Robert-Diard nous parle de cet homme. Elle nous raconte l’impact de tout ce tapage médiatique sur ce dernier. Et l’horreur de la destruction par le terrible secret qu’il porte en lui.

   J’apprécie le travail de cette journaliste que je suis à la fois sur son blog et sur Twitter. J’ai lu plusieurs de ses articles que je trouve toujours pertinents. Ses paroles sont toujours pesées, posées, les mots choisis avec soin et la connaissance de la procédure judiciaire rend ses articles toujours précis et cohérents. Le dernier relatif à l’affaire Jacqueline Sauvage a jeté un nouvel éclairage sur cette affaire. Pascale Robert-Diard est de celle qui vont au fond des choses. Elle ne se contente pas des on-dit mais va chercher l’information là où elle se trouve : auprès du procureur de la République, ou encore ici, d’une victime. Je la trouve loin du tumulte émotionnel, plus proche du phare rigoureux auquel on peut se fier, pleine d’une grande humanité. Elle relaie les critiques qui ont pu être faite concernant la gestion de cette affaire (comme dans d’autres) n’épargnant personne mais reconnaissant le travail difficile qu’est celui de « rendre justice » au nom du peuple français.

   À travers son regard acéré on découvre un accusé tantôt exubérant, tantôt pathétique, toujours éloigné de la vérité. L’affaire Agnelet aura quand même amené la Cour européenne des droits de l’homme à condamner la France au motif que l’arrêt de la cour d’assises d’appel ne motive pas la condamnation à 20 ans de réclusion criminelle. Sans corps, sans preuve tangible, c’est un faisceau d’indices qui a convaincu les jurés lors de ce deuxième procès. Il fallait qu’ils expliquent en quoi ils ont été convaincus. Cela donnera lieu à ce troisième et dernier procès dans lequel Guillaume Agnelet viendra faire pencher la balance en défaveur de ce père qu’il a admiré.

   Un livre prenant que je vous invite à découvrir.

Bonne lecture !

Pour aller plus loin : l’assassinat se distingue du meurtre en droit français en ce qu’il contient la préméditation. Si vous avez prémédité la mort de quelqu’un alors vous êtes un assassin. Si vous tuez « sur le coup » sans réflexion préalable, vous êtes considérés comme auteur d’un meurtre : article 221-3 du code pénal.

La cour d’assise expliquée sur le site du ministère de la Justice. Si vous êtes intéressés, renseignez-vous, il y a une cour d’assises par département et beaucoup d’affaires sont évoquées en audience publique.

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