Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar

   Un peu de dessin parmi tous ces romans dont j’ai à vous parler. La bande-dessinée demeure un art que j’apprécie toujours autant ! La première dont je vais vous parler est d’un auteur-dessinateur reconnu, notamment depuis qu’il a publié et réalisé par la suite en film d’animation, Le chat du rabbin. J’ai découvert Joann Sfar davantage par les planches qui ont été diffusées notamment sur le site internet du Huffington Post que par ses premières œuvres. En effet, c’est à l’occasion de son carnet Si Dieu existe ? que sa collaboration a eu lieu avec le journal et c’est par la-même que je découvris ces ouvrages originaux pour lesquels je nourris un attrait indéniable. Ce dernier a la particularité de relater, notamment, ses états d’âme après la perte de ses amis de Charlie Hebdo. En effet, il fut dessinateur pour le journal pendant quelques temps et y noua de sérieuses relations qui trouvèrent une fin abrupte dans les attentats que l’on sait. Pour ma part, je devins l’heureuse propriétaire d’un de ses carnet à savoir celui qui s’intitule Greffier et qui relate le procès des caricatures de Mahomet dont Charlie Hebdo fut la cible. Je m’apprête désormais à vous parler de sa dernière bande-dessinée Tu n’as rien à craindre de moi.

tu-n-as-rien-a-craindre-de-moi

   Joann Sfar se lance à parler de l’amour, de ses débuts passionnants à son essoufflement. Il parle de la force d’une relation et de la tristesse éprouvée quand elle se termine. Mais il parle aussi de l’art qui se nourrit de l’amour. C’est une histoire d’amour remplie d’art. Ou l’inverse. Ou les deux.

   Ce court résumé peut sembler aussi succinct qu’abstrait mais je ne vois pas quoi y rajouter tant le thème principal est abordé d’une façon unique. Cet ouvrage c’est un peu un exutoire pour l’auteur qui espère que celui-ci permettra aux lecteurs de retrouver le sourire et de savoir guérir de ce qu’il appelle un drame de la vie.

   Il choisit de mêler intimement l’art et l’amour. L’un va avec l’autre, l’un est le reflet de l’autre. La femme est le sujet de son art et celle vers qui se dirige l’amour de l’artiste. Elle est sa muse. Trouvons-nous tant d’amour dans l’art ? Il mêle, entremêle et tresse ces deux domaines qui semblent ne faire qu’un. Seaberstein aime à travers son art mais également l’art. Ses peintures, son art, sont un sujet permanent et à travers lequel nous découvrons son histoire d’amour. Si l’amour de la muse disparaît, que devient l’art ? Et l’artiste ?

   Joann Sfar dépeint de la relation amoureuse ce qu’il semble considérer comme les plus beaux moments : les nuits entières à discuter, les sujets divers abordés, l’absence de divergences, le sexe omniprésent. Il semble dépeindre le début fantasmé de la relation amoureuse, celui dont on est parfois nostalgique (plus souvent les hommes d’ailleurs selon Michel Bozon dans Pratique de l’amour, dont je vous parlerai bientôt). Le rapport avec le corps de l’autre mais aussi la façon dont il nous regarde, tout cela est abordé au fil des séances de pose auquel la jeune femme se prête. À travers les escapades de cette dernière avec son amie Protéine, des thèmes chers à Joann Sfar sont abordés. Elles parlent d’amitié et d’amour, de visions de la famille et du couple, de ce qu’elles imaginent être leur idéal qui les comblerait et les rendrait heureuse. Rêves ou avenir ? Question délicate quand elles sont confrontées à l’image qu’elle renvoie à l’autre. Et si la critique de l’oeil amicale était celle qui nous aidait à nous définir nous même ? C’est un peu ce que j’ai ressenti de la relation entre les deux femmes qui n’hésitent pas à se dire l’une l’autre ce qu’elles pensent d’elles. Au final on s’identifie à l’une puis à l’autre selon le sujet débattu. La religion juive – un thème qui lui tient à coeur -, est omniprésente jusqu’aux dernières cases. Elle est régulièrement au centre des conversations, source d’âpres discussions pour notre muse, tantôt avec son artiste, tantôt avec son amie. Tous ces échanges nourrissent notre artiste qui peint ses toiles et dépeint sa vie.

   C’est ainsi que l’auteur et dessinateur nous entraîne dans une histoire d’amour décousue mais cohérente, pleine d’amour, parfois très crue dans ses propos. On ressent l’avidité de l’un pour l’autre, ce besoin d’être près de lui et en même temps, le début des désaccords et des non-dits. Cet instant où l’on s’interroge sur ce que l’on recherche réellement dans l’autre et si ce que nous y trouvons est la réponse que nous attendions. La Mireille Darc que notre héros rencontre à la fin tient des propos qui m’ont fait penser à tout ceux que l’on finit par tenir une fois la relation terminée. Lorsque l’on s’est fait une – souvent difficile, parfois impossible – raison.

   Le dessin de Joann Sfar est particulier et ne plaît pas à tout le monde. Entre ses carnets et une bande-dessinée, j’ai trouvé que ça n’avait rien à avoir. J’apprécie davantage le côté instantané de son dessin dans les carnets, sa façon de se dessiner lui-même. Pour autant, j’ai aussi appris à apprécier les dessins de cet album lors de ma lecture, même si clairement, ma préférence va plus au fond qu’à la forme. Je me suis bien immergée dans l’histoire et j’aime particulièrement la façon d’écrire de l’auteur. Ses dialogues me font rires mais ils trahissent ses pensées qui sont le plus souvent percutantes. Pleines de bon sens et d’un brin de philosophie, elles nous aident à nous attacher à ces personnages aux traits parfois naïfs.

   C’est donc un bon moment de lecture, qui évoque le couple, et plus particulièrement tous les bons moments qui ont constitué la base solide sur laquelle on espère pouvoir continuer. Toute en douceur et en poésie, Joann Sfar nous raconte à sa façon une très belle histoire d’amour.

Bonne lecture !

Maêlle

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s