Nos mythologies économiques de Eloi Laurent

   Nos mythologies économiques fait parti des livres qui, si on ne m’avait pas invité à le lire, je n’en aurai peut-être jamais entendu parler. Et pourtant c’est bien dommage, surtout à l’heure actuelle ! Ce court ouvrage de 112 pages devrait être connu davantage et obtenir une audience bien plus large car il est rempli d’intelligence. Alors que l’on nous assomme de théories économiques plus fumeuses les unes que les autres, que l’on nous parle de flexibilité du marché du travail dans une France sclérosée, incapable d’évoluer depuis des décennies, enfermée dans un schéma pré-défini, on nous laisse sans clés pour comprendre, décrypter ce langage. Laissez-vous porter par les mots simples et les phrases limpides d’Eloi Laurent pour vaincre votre phobie de l’économie et vous réapproprier le discours politico-économique dominant. Et par là-même, réinvestir la sphère citoyenne.

mytho

   Je n’ai jamais été partisane de la théorie selon laquelle seule une élite peut exercer le pouvoir et donc le comprendre car elle-seule posséderait les connaissances. Cela me semble totalement paradoxal avec l’idée de démocratie qui est un gouvernement du peuple. A l’heure actuelle, nous avons des délégués élus sensés porter notre parole. Je dis « senser » car à l’heure actuelle l’écart se creuse entre eux et le peuple français au point où l’on peut légitimement s’interroger sur cette capacité de représentation. Néanmoins je ne vais pas approfondir là-dessus. J’évoquais seulement cette idée pour dire qu’il me semble indispensable de donner aux futurs citoyens et donc aux élèves, la capacité de comprendre la société dans laquelle ils vont évoluer. On ne peut pas comprendre le déficit de la sécurité sociale si on ignore son fonctionnement et surtout, son origine. Le devoir de mémoire que l’on assène aux élèves concernant la seconde guerre mondiale, devrait s’accompagner d’un travail plus approfondi sur le présent. Quoique vous étudiez, vous deviendrez un électeur potentiel. Sans les clés de compréhension de la société, comment comprendre le discours que l’on vous sert ? Mais surtout, comment le critiquer ?

   Car il me semble qu’il est là notre principal défaut actuel. Prompt à la critique, nous dégainons toutes sortes d’arguments déjà servis tout chauds par des journalistes parfois peu scrupuleux. Il ne faut pas se contenter d’émettre quelques critiques, de râler dans le vide. Il faut se réapproprier ce que nous avons délégué et comprendre pour élaborer nous-mêmes notre opinion. C’est ce vers quoi tend l’ouvrage d’Eloi Laurent. J’ai eu la sensation qu’il voulait littéralement nous secouer, user des mots comme des gants de boxe pour nous ramener à la réalité. Au-delà de nous donner des éléments de compréhension, il nous sert un discours précis, pointu et clair sur les discours qui nous sont tenus aujourd’hui.

   Je ne vais pas me la jouer « On nous ment. » parce que ce serait aussi faux qu’inutile. On ne nous ment pas. Ceux qui s’adressent à nous utilisent des données objectives que tout à chacun peut trouver pour peu qu’ils s’intéressent. Mais ils comptent sur notre absence de volonté à mieux s’intéresser aux choses, à notre – disons le – petite fainéantise intellectuelle et aux mots abscons qu’ils utilisent pour nous convaincre de notre incapacité à comprendre. Je trouve qu’ils y arrivent plutôt bien. Derrière le « ils« , entendez tous ces hommes publics susceptibles de prendre la parole et de nous faire croire à la chute prochaine de l’État si l’on adopte pas la prochaine loi relative à l’économie, qui porte leur nom d’ailleurs.

   J’ai été particulièrement sensible à son discours sans doute parce qu’il m’a aussi rappelé mon professeur d’éco-socio au lycée qui nous disait avec aplomb que la sécurité sociale rapportait de l’argent à l’Etat. Parce qu’une population malade coûte beaucoup plus chère à l’Etat qu’une population en bonne santé. Voilà le genre de cours qu’il nous dispensait. Je pense que je lui dois mon affection aujourd’hui pour toutes ces matières. Il aurait pu aussi nous dire (je m’en charge pour lui) que les arrêts de la Cour de Justice de l’Union Européenne sont de véritables cours d’économie avec une indéniable vertu pédagogique. Oui, ça fait peur, mais si vous vous interrogez, allez voir.

   Eloi Laurent ramène donc le facteur humain dans nos discours économiques déshumanisés. Cela me semble aujourd’hui absolument nécessaire. Et les humains, il en parle au sens large, incluant là-dedans les flux migratoires actuels. On nous assène aujourd’hui du malheur qui attend la population face à des migrants « envahisseurs », les théories xénophobes telle que la crainte du grand remplacement de la population d’un pays ont le vent en poupe. Mais au fond, si on cessait un instant de voir tout en négatif ? Et si, oui, disons-le, osons le dire, et si les migrants pouvaient nous enrichir ? On se dit qu’Eloi Laurent a bien du courage de lancer une telle idée mais c’est sans compter sur son argumentaire étayé qui vient renforcer ses dires.

   En plus de l’humain, il rappelle que le prochain défi majeur qui nous attend est la protection de notre environnement. Quoiqu’on en dise, l’humain et son environnement sont lié et on ne peut continuer à croire que ce qui se passe au Brésil, ne touche pas l’Europe. Avec une pointe de dérision, l’auteur rappelle qu’avec la politique économique que nous avons actuellement, nous n’avons aucune raison de changer nos comportements afin qu’ils deviennent plus écologiques… Face à l’argument du coût financier d’un tel changement, Eloi Laurent rétorque par des propositions d’économie audacieuses, misant sur l’innovation pour rebondir. L’économie n’est pas là pour nous contraindre mais c’est un puissant levier sur les comportements humains qui peut permettre aux politiques mais surtout à nous, citoyens, de faire avancer les choses dans le sens nécessaire (à notre survie…). Je n’ai pas manqué de relever son allusion à une économie verte et non  une croissance verte, loin d’être anodine, cette petite précision tend à aller vers une autre théorie économique. Sans être le thème de son ouvrage, qui présente des mythes articulés autour de trois grands thèmes, je serai ravie de connaître son opinion sur l’idée de cesser de courir avec une croissance déstructrice (et vouée à l’échec, l’aspect exponentiel de la croissance ne peut s’envisager de façon infinie sauf en théorie…) mais plutôt envisager une économie stable.

   Je vais m’arrêter là, au risque de vous faire une longue glose sur ce livre, de m’enflammer sur les sujets abordés, bref d’avoir une chronique davantage passionnée si cela était possible ! C’est un livre positif qui croit en l’humain et en ses capacités. Lisez-le. Intéressez-vous à ce qu’il dit. Ouvrez-vous l’esprit, soyez critiques. Bien sûr la SF et la Fantasy ça fait du bien au moral, mais je vous assure, lire ce bouquin, ça fait aussi du bien à notre moral de citoyen(ne) !!

Bonne lecture,

Maêlle

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