Le procès du Dr Forrester de Henry Denker

   Le chiffre 2 écrit sur la première page blanche trahit le lieu de provenance de ce livre : la grande braderie d’Emmaüs. C’est un livre assez ancien sorti du fin fond de ma bibliothèque pour m’accompagner lors d’un trajet en train et d’un court séjour. Le thème était assez original pour m’intriguer quand bien même le livre tout entier, la couverture en premier lieu, accusait quelques années. Mais qu’importe, de vieux ouvrages peuvent recéler de belles histoires. Celui-ci m’offrira un bon moment de détente à travers une histoire simple mais sympathique quoique très prévisible sur certains pans.

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                Admirez le brushing…

   Kate Forrester court dans tous les sens. Seul médecin au lieu des deux normalement requis, pour tenir les urgences de l’hôpital de la Cité, un établissement réputé. Médecin attentive et rigoureuse, elle est pressée par une femme pour examiner sa fille. Claudia Stuyvesant se plaint de maux de ventre, de nausées. Après de multiples examens, des demandes d’analyses, Kate n’est guère avancée. Alors quand elle meurt, au-delà de la difficulté d’admettre qu’elle a perdu un patient, elle demeure particulièrement frustrée de ne pas comprendre comment celle-ci en est arrivée là. Seulement ce que Kate n’a pas suivi, trop absorbée dans son travail, c’est qui était sa jeune patiente. La fille d’un magnat prêt à tout pour détruire la carrière de la jeune médecin, Claude Stuyvesant.

   C’est une histoire assez classique mais plutôt bien écrite. L’écriture est très fluide, j’ai tourné les pages très rapidement, l’intrigue se développe facilement. On se plaît bien avec les personnages que l’on fréquente, peu nombreux et bien maîtrisés par l’auteur.

   Kate est une médecin passionnée, consciente des sacrifices consentis par elle-même et sa famille pour lui permettre de devenir le médecin qu’elle est aujourd’hui. Alors qu’elle pourrait envisager une carrière de médecin de campagne non loin de sa famille et de l’exploitation agricole familiale, elle décide de poursuivre son apprentissage dans un très grand hôpital, celui de La Cité. Un choix pas toujours évident à assumer, preuve en est durant cette garde fatidique.

   On se doute que la médecin soupçonne quelque chose d’anormal concernant la jeune Claudia. Mais elle est soumise aux contraintes des urgences de nuit : des analyses plus lentes à être effectuées, d’autres urgences, vitales cette fois, qui l’accaparent. Posée et consciencieuse, elle note les signes qu’elle constate chez la jeune femme, sans parvenir à poser de diagnostic, comptant sur les analyses pour l’aider. On la sent très professionnelle. Pourtant quand la jeune femme meurt malgré son massage cardiaque, elle s’en veut terriblement. On ressent de plein fouet sa jeunesse qui s’accommode mal d’une patiente décédée. Malgré l’aide de son collègue, rien de plus ne pouvait être fait. Ce n’est pourtant pas le discours que les parents de la jeune fille accepteront d’entendre.

   Pourtant nous la vivons aussi cette garde infernale. L’auteur nous plonge avec brio dans la réalité de ces services soumis à des pressions et contraintes difficiles à imaginer. Les premières pages sont consacrées à cette fameuse nuit. L’arrivée permanente de blessés, la diversité des pathologies présentées (infarctus, blessure par balles, enfant maltraité…) qui nécessite de savoir poser rapidement un diagnostic juste. Le rôle des infirmières, toujours présentes, disponibles, qui cherchent à faciliter le travail du médecin de garde tout en étant elles-mêmes soumises à un rythme soutenu. Le rôle de chacun est développé au travers des heures qui s’égrènent. On lit l’épuisement physique qui s’installe, la pendule que l’on commence à regarder un peu plus souvent. Puis la relance parce qu’un nouveau patient arrive. Et voilà le bipper qui sonne, un autre patient appelle. Les hurlements d’une mère lorsque Claudia commence à partir. Et la jeune médecin qui accourt, tente le tout pour le tout avec son collègue descendu à sa demande pour procéder à un examen relevant de sa spécialité. Pour finir, les menaces balancées par une mère éplorée d’avoir perdu sa fille unique, à peine entendues, encore moins comprises, par une jeune médecin éreintée qui réalise péniblement qu’elle vient de perdre une patiente.

   La différence entre la menace et sa mise à exécution est bien souvent liée aux moyens mis en œuvre par celui qui veut la voir appliquer. Et Claude Stuyvesant a énormément de moyens. L’hôpital de son côté, a une vitrine qu’il doit défendre, un sérieux qu’il ne peut voir entamer par une erreur de diagnostic. Car c’est ce que l’on va reprocher au docteur Forrester : d’avoir négligé sa patiente. Dur à entendre pour celle qui se démène pour toutes ces pauvres hères qui débarquent aux urgences. Face à ce magnat, prêt à tout pour assouvir la soif de vengeance qui étreint son cœur de père, l’hôpital doit solliciter son cabinet d’avocat. C’est ainsi que Kate fait la connaissance du jeune Scott, l’avocat qui va la défendre. Si l’auteur est très doué en ce qui concerne le jeu de l’avocat, l’histoire d’amour est assez grossière et n’a guère fait vibrer mon cœur de lectrice…

   Mais je dois reconnaître à Henry Denker un incroyable talent pour décrire la tension qui règne lors des négociations, puis lors du passage devant la commission de discipline médicale. L’avocat ne lâche rien et les simulations d’interrogatoires qu’il fait à Kate sont sans aucun doute criant de vérité. Il la malmène, lui montre les risques de s’exprimer comme elle le fait. Il lui dicte comment faire, comment comprendre les sous-entendus. Il lui explique la façon dont tout peut être décortiqué et que le propos le plus anodin, le plus naïf peut se retourner contre elle et causer sa perte.

   J’ai trouvé que l’intérêt, la force du livre résidait dans ces passages. Puis durant l’audience, on se met à angoisser comme Scott face aux réponses que va faire Kate. Celle-ci n’a eu que peu de temps pour se confronter à des hommes aguerris dans ce domaine. On craint le faux pas, la mauvaise déclaration qui lui portera le coup de grâce. C’est sa carrière qu’elle joue. On a l’impression d’un immense coup de poker.

   Et bien sûr, on peste un peu. Contre tous ses collègues qui la laissent tomber, sauf un qui dénoncera vivement le tort que porte à leur profession ce genre de procédure. Déjà il pointe du doigt ce qui sera un fléau par la suite : les procédures à outrance, où on attaque un médecin sans fondement simplement parce qu’on refuse l’évidence. Un médecin ne peut contrer la mort. Seulement la maladie. Contre la direction de l’hôpital, parfaitement lâche, même si on peut concevoir que le directeur souhaite préserver son établissement. Après tout c’est comme une entreprise, il faut qu’il tourne pour pouvoir payer tout le monde quitte à abandonner un excellent élément. On aurait pu espérer qu’il mette justement dans la balance le prestige de son hôpital pour défendre son médecin. Mais c’est sans doute une réaction un peu naïve.

   Sans être un grand roman, Le procès du Dr Forrester vous fera passer un bon moment. En cette période estivale où on peut préférer des lectures aisée, celui-ci en fait parti. Un peu de suspens, d’angoisse, un soupçon d’histoire d’amour que l’on peut emmener sur la plage pour se détendre en bronzant !

Bonne lecture !

Maêlle

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