Il de Derek Van Armen

   Ce livre a une histoire qui mérite de figurer en préambule de mon article. Rien qu’avec cette anecdote, cela donne envie de se plonger dans sa lecture, pourvu que le style policier/thriller vous attire. Il est un roman. Un pavé de 956 pages au format poche, que j’ai dévoré. Il n’est pas tout jeune, le récit en lui-même a été publié pour la première fois en 1992. Oui, vous avez bien lu, cet ouvrage a 24 ans. Jusque là rien de transcendant si on omet de préciser qu’il a été édité en France pour la première fois en 2013, soit 21 ans plus tard. Pourquoi avoir tant attendu alors qu’il avait connu un succès certain outre-Atlantique ? Sûrement parce que le déroulement des événements après sa publication américaine a quelque peu refroidi les intentions éditorialistes européennes.

   En effet, le gouvernement américain lors de la sortie de l’ouvrage a été stupéfait de la précision avec laquelle l’auteur expliquait les techniques d’investigation de tous les grands services d’enquête américain. C’était trop précis, trop exact, trop détaillé pour ne pas devenir suspect. Le gouvernement mena une enquête, mis en examen l’auteur… Ce fut rocambolesque, à tel point que L’Express lui consacrera un article lors de sa publication en France. Je vous invite certes à le lire, mais pour ceux qui n’ont pas encore découvert le livre et seraient intéressés, je vous conseille fortement à ne pas lire l’amorce de l’interview mais seulement le contenu de celle-ci, au risque sinon de vous voir privé d’une bonne part de suspense !

   Alors avec une telle annonce, encore fallait-il que le livre soit à la hauteur de la réputation allez-vous me dire. Même si pour ma part, je me suis lancée dans cette lecture sur le simple conseil d’une amie particulièrement calée dans ce genre de lecture. Verdict ? Il l’est. Totalement. Même après tant d’années Il conserve une force indéniable et une capacité à vous happer absolument inouïe.

il

Une femme est retrouvée morte chez elle ainsi que ses deux filles dans une mise en scène morbide terrifiante. Scott, agent du VICAT se penche sur cette signature atypique et se retrouve à faire équipe avec Franck Rivers, un ancien soldat revenu du Vietnam chez qui affleure les stigmates de la guerre qu’il vient de vivre.

   Je n’avais pas lu depuis longtemps un thriller de cette qualité. Derek Van Arman est un orfèvre de l’angoisse. Il vous cisèle un suspense sur-mesure qui maltraite le lecteur consentant. Tout commence par ces meurtres, pièces maîtresses et introduction à l’horreur. Car « il », c’est le mal incarné, la quintessence du tueur. C’est cet homme qui vous paraît ordinaire mais qui est en réalité le miroir des horreurs humaines.

   Il est clair qu’on comprend pourquoi le FBI, la CIA et la NSA se sont inquiétés que de tels propos soient écrits. Vous ne serez pas ébahis par les compétences technologiques totalement désuètes face à celles que nous utilisons aujourd’hui. La force du roman n’est pas de révéler l’usage d’un ordinateur centralisateur de données capable d’effectuer des recherches. Tout réside dans le travail intellectuel, dans la psychologie du tueur.

   Un tueur n’est pas une machine, aucun ordinateur au monde ne pourra vous fournir une réponse après avoir entré toutes sortes de critères. C’est un humain et cela nécessite donc qu’un humain le traque. Pour tâcher de s’immerger dans sa vision des choses, pour tâcher d’appréhender l’environnement de l’auteur. Et pour y parvenir, cela nécessite de connaître son ennemi. Véritablement.

   C’est pourquoi nous suivons Scott, le vieux sage qui sait beaucoup de choses. Usé par la vie et les horreurs qu’il a vues, il n’en demeure pas moins un homme droit, consciencieux et optimiste. Une des choses qui m’a impressionné, ceux sont les chiffres annoncés, le nombre de morts violentes, le nombre de tueur potentiel, c’est faramineux. Et pourtant, face à cette masse immense, Scott poursuit. Il m’a fait penser au brise-glace qui avance et brise le maximum de meurtriers autour de lui. Pour devenir l’agent qu’il est devenu, il lui aura fallu du temps et c’est bien cela qui semble manquer parfois.

   Ce livre révèle une part de notre animalité, dévoile la face sombre d’une humanité décadente. C’est oppressant et nous donne envie de rejeter cet aspect du monde dont nous faisons parti. En vain.

   Derek Van Arman poursuit l’enquête, nous malmène avec des chapitres qui se terminent sur une scène pleine d’angoisse… Pour débuter sur une autre différente. Il mène, de front, deux enquêtes dont nous esquissons un lien dans les dernières pages. Une première enquête en lien avec le triple meurtre et une disparition ; une seconde enquête qui se développe plus lentement concernant des jeunes filles/femmes retrouvées assassinées avec des dents arrachées. Oui, l’auteur a le talent et la capacité de vous faire suivre plusieurs enquêtes et de vous amener tranquillement vers un final grandiose… Mais terriblement humain.

   Ici vous ne serez pas épargnés par la noirceur de l’homme. On ne sauve pas une vie parce qu’elle doit être sauvée pour le récit. En quelques lignes il vous décrit et vous rend attachant un personnage qu’il n’hésitera pas à faire sauvagement tuer. Cette dimension, dérangeante de par sa brutalité, est surtout terrifiante par sa véracité.

   L’enquête est haletante et portée par des protagonistes parfaitement maîtrisés. Scott et Franck Rivers sont les piliers de cette histoire. Le seul moment où je me suis un peu perdue dans les personnages, c’est lorsque Franck forme une équipe de surveillance. Utiliser les noms et les surnoms rend les choses un peu compliquées à suivre et j’ai du m’y reprendre à plusieurs fois avant d’assimiler qui était qui. Hormis ce passage, c’est un livre dont les pages se tournent aisément pour peu que vous soyez enthousiasmés par le récit. Tout est très bien ficelé et se déroule tout seul. Les pièces s’emboîtent parfaitement les unes aux autres pour nous délivrer un récit très prenant.

   Au-delà de découvrir la face sombre de l’humanité, de faire une overdose de café et de craindre un cancer de la gorge, le tout accompagné d’une irrépressible fatigue – Derek nous fait totalement vivre avec ses personnages – j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup à apprendre sur la façon d’enquêter, d’analyser et surtout de tirer profit des renseignements trouvés. C’est une vraie traque, une chasse à l’homme organisée et surtout légalisée. Scott conserve toujours à l’esprit la nécessité de justice qui échappe quelque peu au jeune chien fou de Franck. Mais la sagesse de l’un compense l’ardeur de l’autre et nous offre un duo parfaitement équilibré.

   Même si le style « duo » peut nous sembler éculé, même si aujourd’hui les téléphones portables et autres objets numériques aident les enquêteurs, l’essence du travail de l’officier transpire dans ce roman. L’enquête, ce travail de fourmi, qui nécessite passion, patience et rigueur, fonde le travail de ces agents de terrain. Ils poursuivent ceux que l’humanité ne peut tolérer car ils la menacent. Et je vous invite à les rejoindre le temps d’une enquête pour découvrir ‘Il‘.

Bonne lecture !

Maêlle

Publicités

Une réflexion sur “Il de Derek Van Armen

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s