L’héritage des Rois-Passeurs de Manon Fargetton

   Voilà un petit moment que j’avais délaissé le style fantasy, sûrement par manque d’inspiration. Et puis voilà que Bragelonne nous fait le plaisir de nous permettre d’accéder à de nombreux titres en format numérique à un tout petit prix : 0,99 €. Comment résister ? Face à l’engouement suscité par une telle opération, elle a même été prolongée. Heureusement pour moi sinon pour un peu je loupais le coche !! Toutefois, face à mes étagères remplies de livres non lus et le constat douloureux que certains ne me donnent plus envie, j’ai décidé d’être raisonnable en me posant la limite de 10 livres et surtout, seulement ceux qui me donnaient vraiment très envie. Avec comme mot d’ordre de varier les styles.

   Me voilà donc avec L’héritage des Roi-passeurs dont le résumé m’a tout de suite enthousiasmé. A peine téléchargé aussi vite lu ! Et j’ai repris pied dans la fantasy au travers d’un ouvrage de qualité, qui m’a beaucoup plu. Un seul bémol que je développerai plus avant dans la suite de mon article. J’ai aimé retrouver la magie et à ma grande surprise je me suis plu dans les arcanes du pouvoir et les jeux d’influence qui s’y jouent. Néanmoins, je pense avoir pris plaisir parce que tout ne tourne pas autour de cela. L’intrigue est dense, le récit est fluide et vous emporte vers le royaume d’Ombre. Suivez-moi, je vous fais passer de l’autre côté.

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Ravenn doit honorer sa promesse et rentrer à Astria pour prendre le trône qui lui reviendra de droit après le décès de sa mère dont la fin de vie est proche. Enora fête ses vingt ans avec son frère jumeau Erwan. Ce qui devait s’annoncer comme une mémorable fête familiale et amicale, vire au cauchemar. Aidé de Julian et Charly, Enora va devoir s’enfuir pour le royaume d’Ombre.

   Dès le début nous faisons la connaissance des deux jeunes femmes. Très vite nous comprenons qu’elles n’évoluent pas dans le même monde. Tandis que l’une se révèle une redoutable tueuse de dragons, l’autre nous emmène en moto depuis Paris jusqu’en Bretagne pour une fête d’anniversaire. Un monde que nous maîtrisons, un monde que nous découvrons.

   Je dois dire que ma première impression fut de me dire, quasiment dès le début de ma lecture, que ce que je prenais pour un livre de fantasy young adult (je ne sais pas pourquoi je m’étais faite cette idée), se révélait être une œuvre mature. Adoptant un point de vue extérieur, l’auteur nous permet de cerner l’ensemble de ses personnages. Chacun possède son caractère, son histoire et réagit différemment. L’auteur, qui garde toujours une forme de recul vis à vis de ces derniers, adopte principalement le point de vue de Ravenn, Enora, Julian et Hank. Vous faites quelques incursions auprès de Charly et du père de Ravenn. Ces dernières sont toujours pertinentes. Elles permettent de comprendre sans de longues descriptions fastidieuses, le raisonnement du personnage et la raison de sa réaction. Alambiqués, travaillés, profondément maîtrisés, on sent que l’auteur connaît ses personnages. Ils trouvent chacun leur place avec beaucoup de justesse.

   J’ai beaucoup aimé Ravenn, sa détermination, son intelligence mais aussi sa capacité à écouter les autres pour comprendre aussi de ses erreurs. Elle a souvent un coup d’avance mais pas toujours, et c’est ce doute entretenu qui fait aussi la force du récit et nous maintient en haleine. On ne sait pas trop si elle va réellement parvenir à surmonter tous les obstacles. Sa sœur et son frère sont un parfait exemple. Leur ambiguïté est entretenue et les éclats du début nous amènent à être méfiant vis à vis de chaque personnage. Tous ont un intérêt à défendre mais il n’est pas toujours celui que l’on croit.

   Manon Fargetton nous emmène en Ombre, un royaume en miroir du nôtre mais différent par bien des aspects. A travers les péripéties des différents personnages, elle en profite pour nous éclairer sur ce monde. Les incursions entre les chapitres de notes d’encrés du Royaume (des scribes) sont particulièrement efficaces pour nous faire appréhender les tensions qui ont existé, l’histoire de celui-ci, sans alourdir le récit. Un choix judicieux quand on développe autant l’environnement.

   La magie est présente en Ombre, sous une forme précise. Nous en découvrons le fonctionnement durant un passage plutôt difficile pour l’un des personnages. Mais instructif. J’ai aimé les revers subis par certains personnages, on s’en réjouit quand c’est dans l’intérêt de Ravenn, on tremble quand il s’agit de douter de la loyauté de certain. L’idée du passeur m’a beaucoup plu et j’ai apprécié en découvrir tous les tenants et aboutissants. L’explication est à la hauteur du récit : imprévisible et bien trouvée.

   Le sexe, sans être omniprésent, n’est pas tabou tout comme la violence. Point trop n’en faut et l’auteur l’a compris. Elle nous sert une héroïne homosexuelle parfaitement assumée. Mais une affinité difficile à imposer quand le protocole prévoit le mariage de la futur reine avec un roi issu des magiciens… Tous des hommes (pour ce qui est des femmes et de la magie, je vous laisse le soin de découvrir les raisons de cette discrimination). La façon dont elle se sort de tout cela m’a surpris et je l’ai trouvé très bien amené, comme toute l’histoire.

   L’écriture est fluide, Manon Fargetton se lit avec aisance et plaisir. Son écriture, quoique aisée, n’en demeure pas moins, comme je le disais au début, très mature. C’est un excellent compromis, une façon d’écrire qui m’a plu. Le langage utilisé dans le monde d’Ombre, si il surprend un peu au début et nous amène à buter sur quelques tournures de phrases, ne nous empêche en rien de comprendre. Et nous finissons, comme nos héros, par le lire aussi facilement que le reste.

   Mais alors, dans tous ces éloges, où y-a-t-il un couac ? Une belle écriture, un récit fluide, des personnages travaillés, une histoire bien ficelée… Et un gros « mais ». A la fin, j’ai été particulièrement déçue. Alors que je savourais mes dernières pages, perdues dans les heures sombres d’un royaume où j’avais appris à vivre au long des pages parcourues, voilà que l’auteur me déçoit. Je peux difficilement en dire plus sans vous révéler une information essentielle, aussi je fais le choix de me taire. Seulement voilà, c’est un événement qui se passe tel quel, sans aucune explication rationnelle. Alors que tout est expliqué, logique ou tout du monde exprimé à travers les personnages, nous avons une scène qui surgit, qui semble avoir été écrite alors que le récit était terminé. Comme si l’auteur réalisait qu’elle avait oublié un truc et vous le rajoute grossièrement dans le récit. Après une aussi bonne lecture, imaginez mon désappointement que de lire ceci. J’ai envie de dire bêtement : mais pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir trouvé autre chose ? Pourquoi vouloir accomplir cette scène qui n’avait visiblement pas sa place à cet endroit ? Ou tout du moins, pourquoi ne pas l’avoir davantage expliquée ? Bref, je suis restée sur ma faim. J’ai terminé le livre, voulant à tout prix savoir ce qu’il en était de la toute fin. Mais j’ai gardé un petit goût de déception.

   La qualité de la lecture tout au long du livre ne peut que me pousser à vous dire de vous précipiter dessus et à le dévorer. Néanmoins soyez prudent sur la fin, une petite maladresse m’a un peu attristée…

Bonne lecture !

Maêlle

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