Comment tu parles de ton père de Joann SFAR

   Comment tu parles de ton père faisait parti de ma liste de livres que je souhaitais lire dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire organisé par Sophie. Joann Sfar est un auteur intrigant. Il a un petit côté torturé mais totalement lucide, plein d’autodérision et de pertinence dans ses propos. En somme, il m’a charmé par sa plume et son dessin. Il ne me restait plus qu’à acquérir Comment tu parles de ton père. Je n’ai pas eu besoin de le faire, Lintje me l’a offert pour Noël. Une super amie littéraire c’est celle qui sait vous acheter pile le livre que vous espériez sans lui avoir rien demandé ! Je n’ai pas résisté, j’ai grignoté quelques lignes avant de m’endormir le 1er janvier pour bien commencer l’année. Puis, à peine Ellory a-t-il été rangé dans la bibliothèque que je me suis ruée sur celui-ci. Il m’aura fallu que quelques heures pour le lire mais je l’ai savouré comme on se délecte d’un bon plat en bouche…

Joann Sfar a « perdu » son papa comme il a « perdu » sa maman quand il était enfant. Ce n’était pas n’importe qui André Sfar. Difficile de se remettre du décès de celui qui a été à la fois le phare de toute une vie et parfois une forme d’ombre sur la sienne.

   Joann Sfar a évoqué rapidement son papa dans le carnet Greffier en expliquant sa connaissance du prétoire par le fait que son papa, avocat de profession, l’emmener avec lui au tribunal. Joann Sfar nous dépeint à travers ce livre le portrait de ce père assez impressionnant.

   Bien sûr qu’en tant qu’enfant il est triste de ne plus avoir son père près de lui. Mais au-delà de son absence physique, la principale interrogation de Joann Sfar c’est de se demander comment faire pour vivre sans lui. Son père l’impressionnait, il redoutait son jugement, souhaitait se conformer à sa façon de voir les choses tout en cherchant à se défaire de son emprise paternelle et s’envoler de ses propres ailes. Malgré la rigidité d’André Sfar quant à la religion juive dans laquelle il s’est investi après la mort de la mère de Joann, on apprend qu’il n’essaiera jamais de décourager Joann dans son désir de devenir dessinateur.

   Difficile de juger après coup cet homme qui s’est retrouvé à élever seul un enfant de trois ans. Aurions-nous fait mieux ou nos parents auraient-ils fait mieux ? Impossible à dire. Le recul de Joann sur ce qu’il a vécu avec son père l’amène à être parfois critique avec lui… Mais également a souvent demandé pardon pour ses propos. On sent bien qu’il ne lui en veut pas pour ce qu’il a vécu. Seulement d’être mort.

   Séducteur au caractère tempétueux, bagarreur mais profondément aimant avec son enfant, André Sfar est le genre d’homme qui interpelle, qui marque profondément l’esprit de son jeune enfant. Joann ne peut dissimuler l’admiration qu’il éprouve pour ce père qui a finalement su montrer ses forces et ses faiblesses. Il ne tarit pas d’éloges et s’interroge sur sa propre capacité à parvenir à la hauteur de ce dernier. Il lui est difficile de se défaire de ce besoin de devenir « aussi bon » que son père. Ne le couvre-t-il pas de trop d’éloges en s’oubliant lui-même ?

   A travers ce livre de confessions plein de pudeur et bourré d’humour, Joann Sfar s’interroge et nous interroge sur notre relation avec nos parents. Mais aussi sur la vie sans eux. En se remémorant le passé, Joann Sfar sert son présent et fait de ce récit une catharsis qui lui permet d’accepter qu’il ne sera jamais son père. Nous sommes chacun bon dans notre domaine, vouloir égaler celui que l’on place sur un piédestal est inutile.

   Joann Sfar évoque également la religion juive, Israël et la politique. Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense sur ces sujets sensibles, combien il peut être mal vu par sa propre famille pour avoir des idées différentes d’elle. Cette religion à laquelle son père l’a initiée et dans laquelle il lui demande de demeurer est parfois un poids difficile à porter. Pour autant, Joann Sfar montre bien sa capacité à dépasser les principes de celle-ci pour aborder la religion à sa façon. Cela n’a jamais empêché son père de l’aimer… Et de lui demander de prier après son décès. Il y a une forme d’admiration mutuelle et de confiance que Joann Sfar semble avoir du mal à discerner dans ses propos mais qui m’a semble-t-il sauter aux yeux.

   C’est l’histoire d’un amour filial entre un père grandiloquent et un fils intimidé par celui-ci. C’est l’histoire d’un enfant devenu père dont le sien décède. C’est l’histoire de la vie dans laquelle on peut tous se retrouver mais que l’on ne sait pas tous raconter comme Joann Sfar.

Bonne lecture,

Maêlle

Deuxième lecture dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire

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5 réflexions sur “Comment tu parles de ton père de Joann SFAR

  1. Linetje 29 janvier 2017 / 19 h 43 min

    Je ne savais pas qu’il était sur ta liste mais en le voyant il m’a semblé une évidence pour toi !!!! En tout cas Joann Star semble avoir offert une part très intime de sa vie qui recèle beaucoup de tendresse

    • Maêlle 30 janvier 2017 / 13 h 56 min

      Tu ne me lis plus… Je savais bien qu’entre nous c’était difficile en ce moment mais à ce point ??? 😉
      Plus sérieusement, Joann Sfar livre une tranche intime de sa vie, où il est – malgré le deuil omniprésent – beaucoup question d’amour.

  2. Acr0 30 janvier 2017 / 13 h 19 min

    Ce livre m’intrigue 🙂 Je ne connais pas la « plume » de l’auteur et les retours comme le tien, sont très positifs.

    • Maêlle 30 janvier 2017 / 14 h 05 min

      Je comprends que tu sois intriguée 🙂 Je ne peux que te conseiller de te laisser tenter par cet auteur, dont la vraie force réside dans un certain humour sous-jacent et son auto-critique. Parler du deuil de cette façon montre sa capacité à en parler sérieusement tout en choisissant des anecdotes drôles. En somme c’est un beau mélange à lire 🙂

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