Petit pays de Gaël Faye

   J’ai pris une claque littéraire. J’ai lu Petit pays de Gaël Faye.

   Ce livre m’a charmé l’année dernière lors de sa sortie. Je l’ai remporté grâce à Sophie et son calendrier de l’Avent et je ne peux que m’en féliciter (et la remercier chaleureusement encore une fois !). Si vous voulez savoir de quoi il retourne, laissez-moi vous parler de ce voyage littéraire incroyable que j’ai fait.

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Gabriel vit au Burundi. Un petit pays d’Afrique qui subit de plein fouet les conflits ethniques, les coups d’État et l’instabilité politique de la zone. Mais Gabriel vit dans son impasse protégée du reste du monde. Jusqu’à…

   C’est l’histoire d’un gamin métisse, fils d’une magnifique rwandaise et d’un français au relent de colonialisme. C’est le cocon de l’enfance qui accomplit sa métamorphose à coup de fusil, de meurtre et de sang.

   On sent la chaleur écrasante, l’eau rafraîchissante de la rivière. Le chant de ces oiseaux exotiques, le bruit des moustiques dont ils sont préservés par les moustiquaires posées au-dessus des lits. J’ai glissé mes doigts sur les alvéoles de ce tissu en entendant l’orage qui gronde au-dessus du Burundi. J’ai couru dans les jardins chaparder des mangues dont on se gave jusqu’à en être repue, la peau du ventre distendue. Apprêtez-vous à sentir sous vos pieds nus, la chaleur de la terre, la poussière qui se glisse entre vos orteils. L’enfance embarque inexorablement Gabriel sur le bateau voguant vers l’adulte qu’il deviendra.

   Alors que l’on suit les blagues entre copains, les radeaux de bois qui naviguent sur la rivière Muha, on le voit qui perd petit à petit son innocence d’enfant. Pourtant son père le préserve de la politique en refusant de l’impliquer dedans, ainsi que sa sœur, Ana. Mais c’est sans compter sur l’angoisse qui se lit dans les yeux, la peur qui s’inscrit sur la peau, l’horreur qui étreint le cœur de ces parents que l’on aime, ces amis qui sont comme des frères. Néanmoins cela aura le mérite de le porter vers un discours de tolérance, si beau… Mais la guerre se fiche de ce qui est beau. Elle se nourrit de ce qui est mauvais en nous.

   Petit pays d’Afrique baigné par le sang et les larmes de ceux qui y vivent. Petit morceau de terre africaine qui se gorge du sang de ses enfants. Quand soudain l’espoir des élections laisse place au désarroi suscité par ceux qui le trahissent. Et soudain, la musique classique, synonyme pourtant d’une certaine forme de beauté, retentit. Elle passe en boucle à la radio. Elle devient alors la voix de la discorde, elle annonce les difficultés à venir. Voilà que le couvre-feu vient interrompre les moments de jeu enfantin. Les problèmes d’adulte surgissent dans les esprits encore jeunes, les faisant devenir des hommes trop vite, trop violemment. Comme une balle pénètre un corps, la haine pénètre les esprits. Les voilà viciés, remplis d’une colère étrangère à leurs blagues d’enfants.

   Tout le monde se met à vivre au rythme des couvre-feux imposés à la population par une armée en déroute. Les corps jonchent les rues, le sang coule dans les rigoles des caniveaux. Les attentats, les assassinats comme les meurtres deviennent monnaie courante. La scolarité est aléatoire, on tente de préserver encore un peu les enfants même si les murs des écoles deviennent plein et hérissés de tessons de bouteilles brisées.

   On retient sa respiration, on se sent oppressé comme Gabriel qui va trouver refuge dans des livres. Face à l’horreur quotidienne, il oppose la force de son imagination.

   Petit pays est « violent ». Parce qu’il vous embarque sans vous prévenir dans une guerre que l’on a choisi d’ignorer et que l’on prend soin de ne jamais évoquer dans le programme scolaire, même dans le chapitre Histoire de l’Afrique. Parce que nous avons le rôle de ces colons arrogants et racistes décrits par l’auteur, alors même que l’on s’attache tant à ces enfants burundais. Nos passages sur ces terres ont ravagé des cultures. Pourtant il n’y a pas de culpabilité dans les mots de Gaël Faye mais beaucoup de douceur. La douceur de l’enfance teintée de cette mélancolie propre à ceux qui sont nostalgiques. Car fuir la guerre, c’est accepté le déracinement, le départ sans se retourner, la mort de sa famille restée au pays. C’est tout cela qui transparaît, cette douleur du pays perdu mais surtout de l’enfance. Il faut du temps à Gabriel pour accepter que ce qu’il a laissé derrière lui a disparu avec lui. Il n’en demeure que des souvenirs couleurs sépias qu’il préserve dans son esprit et son cœur. 

   Petit pays se savoure, se déguste, se dévore. Il ne vous laissera pas indifférent. Vous en ressortirez éprouvé et ému. Mais surtout ébloui par la beauté d’une Afrique méconnue, à laquelle Gaël Faye donne la saveur de l’enfance perdue.

« Le génocide est une marée noire, ceux qui n’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Je vous souhaite une belle lecture.

Livre lu dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire

Troisième billet pour ce challenge, je suis arrivée à mi-parcours de mon objectif !

leatouchbook

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