Et il dit de Erri de Luca

   Je poursuis ma découverte de cet auteur dont je vous ai déjà dit tant de bien, ici ou . J’ai suivi avec passion son contentieux avec la justice qui lui a valu une relaxe médiatique rassurante sur l’état de la justice italienne malgré les relents de corruption qu’il dénonce.

   Je continue donc de vous en parler et de lire ses ouvrages, de façon assez aléatoire, profitant de ses « pauses » pour me plonger dans des livres plus anciens. Alors que La nature exposée vient de sortir chez Gallimard, j’ai donc choisi de lire Et il dit sorti sorti en France en 2011

Un homme parti dans la montagne revient dans un état d’épuisement avancé. Qu’il soit encore en vie semble un miracle. Qu’est-il parti chercher dans la montagne ? Qu’a-t-il trouvé ?

   Erri de Luca décide cette fois de s’approprier une œuvre littéraire aussi connue que rarement lue, à savoir le passage dans les livres religieux évoquant les 10 commandements. Entre les comédies musicales et autres films, documentaires, dessin-animé, on a tous plus ou moins une petite idée de l’histoire. À savoir la libération du peuple juif placé sous le joug du pharaon en Egypte. Puis Moïse qui reçoit de Dieu, des tablettes gravées sur lesquelles sont inscrites des préceptes. Voilà une version ultra synthétique d’un texte que je n’ai jamais lu.

   Je suis consciente d’être élevée dans un pays qui a une longue histoire chrétienne derrière lui mais je ne suis pas une adepte de la religion et des principes qu’elle entend transmettre à ses « fidèles ». Aussi, il était assez hasardeux de me lancer dans cette lecture dont je ressors bien moins enthousiasme que je le suis d’habitude après la lecture d’un ouvrage d’Erri de Luca.

   Il est assez clair, qu’à travers ce livre, Erri de Luca ne fait aucun prosélytisme mais rend hommage au peuple juif avec lequel il nourrit une relation particulière. Il est bon de souligner que cet auteur a appris seul, en autodidacte, le yiddish, la langue couramment parlée par les juifs qui tend à disparaître. Tant et si bien qu’il a été sollicité pour procéder à des traductions ainsi que s’est évoqué dans Le tort du soldat.

   J’admire sa connaissance et son amour de la langue. C’est un auteur très attaché au sens des mots, à leur origine et j’apprécie particulièrement cela. Aussi, Et il dit reflète sa vision du texte. La connotation religieuse apparaît bien dans l’œuvre mais il est vrai qu’il ressort davantage l’attachement que porte le personnage principal aux mots, à la façon dont on les prononce et au sens qu’il leur est donné. Le début m’a emporté. Cet homme atypique qui grimpe sur les falaises, qui ressent la pierre, la terre tout en voulant rencontrer un bout de ciel. Comme à son habitude, Erri de Luca nous berce de sa poésie pour nous parler de cette relation qui lit l’homme à la terre.

   Alors finalement pourquoi moins d’enthousiasme ? Peut être pour le cœur même du sujet, son aspect religieux qui me dérange un peu. On a le sentiment que ce Dieu qui a donné au peuple juif la possibilité de sortir de sa situation d’esclaves, attend en retour que les hommes et femmes se plient aux règles qu’il leur donne. Qu’elles soient fondées ou non n’est pas la question, mais plutôt cette idée de « donnant-donnant ». Vous l’aurez donc compris, l’écriture m’a transporté, comme toujours, même si mon voyage n’a pas été aussi prenant que d’habitude, le sujet ne m’ayant pas vraiment parlé.

   J’ai néanmoins apprécié la façon dont les femmes sont mises en valeur. Leur rôle de mère, d’épouse, de force est assez prégnante. Si la femme est celle qui donne la vie, l’homme est celui qui doit transmettre les souvenirs. Il est le garant de la mémoire collective qu’il transmettra à ses enfants. Il y a une vraie complémentarité entre l’homme et la femme et une place offerte à cette dernière qui peut surprendre quand on sait combien les religions ont pu être « dures » vis à vis de la femme (ou du moins ceux qui ont interprété et mise en œuvre ces dernières).

   Je sors donc de ma lecture avec un sentiment en demi-teinte. Je ne peux pas dire que ce fut mauvais, Erri de Luca reste un grand auteur donc j’apprécie vraiment la plume. Mais ça n’est clairement pas un coup de cœur. Et j’ai le sentiment qu’au fond, c’est presque ça qui me chagrine le plus !!!

   Si vous voulez découvrir Erri de Luca, foncez ! Mais pas vers ce titre-là en premier, sauf si vous avez des accointances particulières avec la religion.

En tout état de cause, lisez !!

Bonne lecture !

Maêlle

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