Si j’étais une femme, je m’épouserais de Joann Sfar

   Je récidive avec un Joann Sfar à travers un de ses carnets, à savoir celui intitulé Si j’étais une femme, je m’épouserais. Une hypothèse assez originale issue d’une réflexion sur l’amour que l’auteur a mené après une déception amoureuse.

   Si je garde de Greffier, un autre carnet de Joann Sfar, un excellent souvenir, j’avoue que celui-ci ne m’a pas autant convaincu. Chronique d’une lecture en demie-teinte.

   J’aime beaucoup lire Joann Sfar car je trouve ses réflexions très souvent justes et pertinentes. Et même quand je ne suis pas d’accord avec lui, je ris souvent de ses petits strips qu’il poste sur Instagram aussi intelligents qu’insolents. Je m’attendais à retrouver cet humour mais ce carnet se révèle davantage une catharsis qu’un recueil humoristique.

   Au contraire, Joann Sfar nous entraîne dans les méandres de sa souffrance amoureuse, que l’on comprend bien vite. Amoureux fou (et passionné sans doute !) d’une femme mariée qui l’a bercé d’illusions quant à son prochain divorce, Joann Sfar se retrouve seul avec un profond sentiment d’injustice et de trahison. On le serait à moins. Pour autant, j’ai eu du mal à le plaindre tout du long, me sentant un peu lassée à force de son discours plein de lamentations… Sûrement parce que je vois les choses un peu autrement, peut-être parce que je n’aime pas m’apitoyer trop longtemps sur mon sort, j’ai finalement pris davantage de plaisir à le lire quand il a commencé à accepter la réalité : il désire ardemment une femme qui ne veut plus de lui. Il faut qu’il apprenne à vivre sans elle.

   Ce carnet est très intimiste, Joann Sfar nous dévoile sans pudeur, ses sentiments et jusqu’où il va pour essayer de se sortir de cet état d’esprit néfaste. Il balaie toutes les étapes qu’il traverse et elles sont variées ! Il nous parle aussi bien de sa relation illustrée de dessin pornographique avec une inconnue via Internet (un passage drôle) que de ses séances chez la psy (un peu barbante tant il ressort de ses écrits qu’il a la sensation de stagner). Son histoire personnelle, analysée par la thérapeute ne lui semble pas pertinente pour expliquer ce qu’il ressent. Si il y a bien une chose qu’il conserve même dans son malheur le plus profond, c’est sa lucidité. Ce qu’il traverse, c’est un chagrin d’amour et la mort de sa mère n’a plus rien à voir avec cela.

   On constate que de nombreuses personnes tentent de l’aider mais à ce moment-là, Joann Sfar souhaite surtout se faire plaindre et ça ça n’est pas du goût de tout le monde, notamment son ex-femme. Malgré sa lucidité, notamment sur le fait que ça doit être pénible pour cette dernière de l’entendre pendant des heures au téléphone, on constate que l’auteur ne change pas d’attitude pour autant… Ce qui paraît surprenant et se révèle également un peu agaçant. Malgré tout, on comprend que ce chagrin prenne autant de place dans sa vie puisqu’il a un impact majeur sur le pan professionnel. Joann Sfar n’arrive plus à dessiner, il n’a plus d’inspiration. Difficile de dire à son éditeur « Je n’ai pas encore les planches du Chat du rabbin, j’ai un chagrin d’amour ». En somme, Joann Sfar m’a donné le sentiment de vouloir guérir rapidement, de se noyer dans tout un tas de discussions, de thérapie de guérison et pour finir par faire ce carnet, alors qu’en réalité, la seule chose qui peut vous aider à vous remettre d’un tel chagrin d’amour c’est… Du temps. On réalise en terminant ce carnet, qu’en fin de compte, c’est bien ce qu’il lui a fallu pour tourner la page.

   Côté dessin, on retrouve le tracé habituel de Joann Sfar, le tout en noir et blanc avec seulement quelques touches de couleur ici ou là. C’est une sobriété efficace qui met en exergue les mots utilisés par Joann Sfar. Ses discussions avec Gainsbourg m’ont plu de par leur côté totalement décalée avec l’histoire. Les traits de Sfar esquisse les personnages pour mieux les révéler.

   Je souhaite récidiver avec la lecture de Si Dieu existe, un autre carnet écrit dans un tout autre contexte. Je ne suis pas spécialement attirée par les autobiographies et je crois que ce carnet s’en rapproche trop pour que je puisse pleinement l’apprécier. Je préfère l’impertinence et l’humour de Sfar à sa tristesse d’amoureux…

Bonne lecture !

Maêlle

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