L’origine de nos amours de Erik Orsenna

   J’ai découvert Erik Orsenna pour la première fois il y a de cela quelques années avec son roman La fabrique des mots. Je m’attendais à retrouver son esprit romancier dans L’origine de nos amours mais j’ai été agréablement surprise de découvrir qu’en réalité il allait nous parler de lui. Véritable livre-hommage à son papa, la délicate plume de l’auteur se révèle pleine de mordant pour parler avec plein d’enthousiasme de ce père décédé. C’est un livre d’amour, l’amour qui lie un père à son fils et un fils à son père. L’amour qui se noue entre ces deux hommes et les femmes qui vont rythmer leur vie. Erik Orsenna nous parle d’un mort avec ce que la vie recèle de plus beau : l’amour.

Erik Orsenna se marie. Ce n’est pas la première fois qu’il se lie à une femme mais cette fois-ci son père disparaît. Malgré un frère psychiatre et une sœur perspicace, il n’y a qu’Erik qui comprend pourquoi son père a pris cette décision qui les plonge dans un abîme de perplexité.

   Erik Orsenna nous parle de lui. De son enfance heureuse entre un père malchanceux en affaires et une mère éprise de cet homme au sourire à la Kirk Douglas. Mais cet amour s’estompe. Au fil du temps Erik assiste au naufrage du couple parental. Finalement ses parents divorceront. Père et fils se retrouvent tous deux divorcés en même temps. Et ce père, beau comme tout, porté sur la gente féminine va comprendre que son plus jeune enfant a la même malédiction que lui. Ils ne savent pas aimer les bonnes femmes. Ils se mettent toujours en tête d’aimer une femme inaccessible. Partant de ce constat, son père se met en tête de trouver les origines de cette malédiction et entraîne avec lui son fils, avide de ses histoires qu’il lui raconte lors de leur déjeuner mensuel à La Flotille.

   C’est une histoire de relation paternelle, entre un père qui veut sincèrement que son fils puisse vivre le grand amour et un fils qui vit la vie au jour le jour, conscient de ses défauts et de sa conquête permanente des femmes. La question n’est pas de savoir si ils aiment ces femmes. La réponse est évidente : oui. Ils les ont toutes aimées. Mais sans s’expliquer pourquoi ils ne parviennent pas à faire durer. Comme si ils étaient dans la quête éperdue de LA femme.

   La père d’Erik Orsenna va se lancer dans des recherches de psychogénéalogie. Pour lui tout est bon pour aider son fils à ne pas connaître le même sort que lui. De l’amour filial nous partons à la découverte des amours de l’auteur. Tout cela s’imbrique avec les histoires racontées par son père, notamment celle de leur ancêtre cubain. Un homme doté d’un cou excessivement musclé à force de tourner la tête pour admirer les courbes des belles cubaines… Pendant qu’un professeur de piano joue de ses mains sur l’instrument qu’est le corps de sa femme. Une sacrée histoire, surtout racontée comme elle l’est !! A cette occasion, Erik Orsenna se félicite au moins d’une chose qui, pour lui, explique les séparations toujours pleine de respect avec ses femmes : il n’a jamais mené de double vie.

   La plume est légère, limpide, fluide. On glisse dans les moments d’intimité entre père et fils où la pudeur le dispute à la franchise. On se retrouve immergé d’amour, il y en a de toutes parts. Et on comprend que le seul amour dont on ne peut douter et qui ne souffre d’aucune exception, c’est celui qui lie les parents à l’enfant. Car c’est auprès de son père que l’auteur trouve du réconfort. C’est aussi ce dernier qui tend à vouloir protéger son enfant.

   Je me suis sentie spectatrice d’une histoire familiale merveilleusement bien racontée. Le père d’Erik est un conteur qui enjolive tellement que ses enfants se méfient souvent de ce qu’il raconte. Mais en même temps, Erik se régale des récits de son père même si il est difficile de déterminer le vrai du faux. Néanmoins, d’une telle capacité de raconter des histoires en découle une autre : celle de n’être pas dupe quand ceux sont les autres qui vous en racontent. Même lorsqu’il s’agit de votre propre fils et dans votre propre intérêt.

   Les rencontres père-fils rythment un récit qui coule tout seul. Je me suis laissée embarquer et comme Erik, j’attendais la suite de l’histoire. Ce livre se lit avec une grande facilité et apporte son petit lot de plaisir. L’amour qui en ressort vous remonte le moral et vous accompagne tout au long de votre lecture. Loin d’un livre endeuillé par la mort d’un des personnages principaux, c’est un véritable rayon d’amour qui viendra illuminer votre quotidien de lecteur.

Bonne lecture,

Maêlle

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s