L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan

   J’émaille ma lecture du pavé de l’été par quelques incursions dans d’autres livres. Il faut dire aussi, que ma lecture est un peu laborieuse… Sans doute ai-je du mal à accorder le temps nécessaire pour me plonger pleinement dans Les chevaux célestes… Aussi je compte beaucoup sur les vacances pour me permettre d’y parvenir ! Entre temps, je vais donc vous parler de L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan. Disons-le tout de go : je n’ai pas été franchement convaincue par ce roman…

Fiona May est une brillante juge aux affaires familiales, saisie en urgence par la direction d’un hôpital afin de trancher une question épineuse : un enfant mineur, dont les parents sont témoins de Jéhovah, refuse de se voir administrer le traitement adéquat. Ses risques de survie sont compromises par les convictions des parents que l’enfant a adoptées. Ce dossier débarque dans la vie de Fiona en même temps que des problèmes conjugaux…

   Je pense qu’une partie de ma déception est due au fait que je m’attendais à ce que l’ensemble du roman soit centré sur ces moments décisifs qu’allaient vivre la juge. Ceux qui l’amènent à prendre sa décision dans un cas aussi difficile. D’ailleurs quand vous lisez la quatrième de couverture, vous pensez que tout ne va tourner qu’autour de cette question. Mais finalement, les déboires conjugaux prennent le pas sur l’histoire de cet enfant, fils de témoins de Jéhovah.

   Ian McEwan maîtrise parfaitement le monde judiciaire anglosaxon. Les nombreuses références que fait Fiona tout au long de l’étude de son dossier et lors de la rédaction de son jugement, confortent le sentiment d’authenticité de l’histoire et d’exactitudes des éléments rapportés par l’auteur. On sent que la recherche est minutieuse et surtout, que le sujet est compris par l’auteur qui nous le restitue avec beaucoup d’aisance. La chose n’est pas vraiment facile, le common law étant un droit dit jurisprudentiel. C’est-à-dire que la source principale de règles juridiques se trouve dans les décisions des tribunaux et non dans les codes que nous avons l’habitude de voir en France. Dès lors, la règle principale dans ce droit est celle du précédent. Cela signifie que les tribunaux doivent se conformer à la décision prise précédemment par un autre tribunal dans un cas similaire au leur. Bien entendu, à côté de cela vous trouvez également des lois écrites mais par comparaison, elles sont beaucoup moins nombreuses que chez nous. Cela étant dit, on comprend mieux pourquoi l’auteur prend le temps de rappeler les décisions sur lesquelles Fiona se fonde ou va se fonder pour régler des litiges. On sent la femme rigoureuse, très minutieuse quoique rongée par son travail qui prend une place non négligeable dans sa vie. Peut-être un peu trop, ce qui explique en partie les difficultés qu’elle rencontre avec Jack, son mari.

   Autant elle semble être une magistrate fort compétente et respectée, autant je l’ai trouvée passablement pathétique dans sa relation conjugale. Si l’auteur avait pour objectif de rappeler que derrière le juge se trouve l’humain, cette histoire en est une parfaite illustration. L’adage selon lequel « les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés » s’applique brillamment à Fiona qui semble incapable de réagir avec la finesse d’intelligence qui semble pourtant la caractériser dans la rédaction de ses décisions. Pour une juge aux affaires familiales, cela semble assez ironique. Sauf que je n’ai pas trouvé cela très drôle mais plutôt lent et lourd.

   Elle m’a donné le sentiment de s’enferrer dans une logique absurde dont elle semble avoir du mal à sortir et pour cause : sa capacité de remise en question est inexistante. Cet aspect du récit atténue quelque peu le plaisir de lecture que procure la première partie relative à cet enfant en souffrance pour lequel elle doit décider de la poursuite du traitement. La plume fluide de l’auteur nous entraîne dans un contre-la-montre avec la maladie qui ronge cet être, pourvu d’intelligence mais dénué de la capacité de pouvoir l’imposer au corps médical. Dès lors, seul « l’intérêt de l’enfant » doit guider Fiona dans la quête de sa décision. L’auteur maintient le doute jusqu’au bout de ce qu’elle va faire, nous dépeignant un jeune sûr de lui mais aussi fragilisé par une leucémie galopante. On sent la maîtrise de l’auteur, le suspens est au rendez-vous. Dommage que cela ne dure qu’un petit moins de la moitié de l’histoire.

   La suite, outre les raisonnements relatifs aux difficultés générées par la vie de couple, m’a paru trop évidente. Trop simple. Trop facile à deviner. C’est donc assez dommage. En fin de compte, ce fut une lecture rapide et agréable mais sans plus. Si certains aspects m’ont fasciné, leurs charmes n’ont pas suffi à me faire apprécier le reste du roman.

Bonne lecture !

Maêlle

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