L’espionne de Paulo Coelho

   Ce livre parle de l’espionne mais surtout d’une femme. Une femme au destin aussi tragique que flamboyant, à savoir Mata Hari. On la connaît peu voir pas du tout sous son vrai nom, Margaretha Geertruida ZELLE. Fille d’un riche fabricant de chapeaux et de cape en Hollande, elle aura connu une vie comme à nulle autre pareille. Paulo Coelho propose dans son roman L’espionne de retracer les grandes lignes de la vie de Mata Hari et surtout ses dernières années. Mais on se demande en refermant ce roman, qui était vraiment Mata Hari ? Une femme qui mentait pour égayer un quotidien parfois difficile ou pour le plaisir du mensonge ? Une espionne qui agissait dans les intérêts de la France ou pour ceux de l’Allemagne ? Finalement, cette femme demeure un mystère tant elle eut une vie atypique à une époque où les femmes étaient muselées, guidées, chapeautées et parfois maltraitées. Une chose est certaine, Margaretha aura eu le goût de la liberté, un désir difficile à assouvir pour une femme des années 20.

   Le livre commence brutalement par l’exécution de Mata Hari après sa condamnation par un tribunal militaire dont l’idée de justice est quelque peu écornée. On passe rapidement sur une jeunesse esseulée pour entrer dans la vie de la jeune femme lors de son départ dans les Indes néerlandaises, une colonie hollandaise à l’ouest de Java. Margaretha part là-bas avec son mari, de 19 ans son aîné, officier dans l’armée royale des indes dont elle a fait connaissance par l’entremise d’une annonce dans un journal. Elle aspire à découvrir le monde et il semblerait qu’elle ait cru que ce choix de mariage lui permettrait d’assouvir son désir de voyages.

   Mais c’est sans compter sur la désillusion qui arrive quand la routine s’installe. D’exotisme elle ne verra que ce qu’une femme d’officier peut voir, de la vie conjugale elle découvrira le fléau des violences. De tous les récits que faits Mata Hari, il convient de garder un certain recul car nous savons d’ores et déjà que la jeune femme a une propension marquée pour le mensonge. Elle m’a donné l’impression d’une femme qui cherche la reconnaissance à tout prix, le mensonge étant un moyen comme un autre de parvenir  à ses fins. Désabusée, la jeune femme ne voit le fait de coucher avec les hommes qu’un moyen aussi de parvenir à ses fins.

   Son retour en Europe signera la fin de son mariage et son départ pour une nouvelle aventure, à Paris, où elle deviendra célèbre sous le nom de Mata Hari (nom du soleil en Indonésie). En prenant le parti d’écrire son roman du point de vue de la jeune femme, Paulo Coelho soutient plus ou moins cette dernière dans sa version des faits. On peut imaginer qu’elle ait réellement à la fois pensé mais également agi de la façon dont l’auteur nous le décrit. Tout est parfaitement vraisemblable d’autant que la réalité historique s’invite dans le récit pour l’intégrer. Bien sûr, Paulo Coelho le dit lui-même, il a du inventer les dialogues entre Mata Hari et les services de renseignements, mais également entre elle et les hommes qui ont défilé dans sa vie. Mais l’ensemble s’imbrique si bien que nous avons le sentiment de suivre la petite histoire de l’espionne dans la grande Histoire de la France.

   Ce qui dégoûte c’est de voir comment elle fut délaissée. Elle eut une vie mondaine dans laquelle tous les plus grands ont souhaité avoir leur rôle. Adulée, on fit des cartes postales et autres babioles à son effigie. Adorée, elle collectionnait les amants qui l’entretenaient. A ce moment-là, elle suscite l’envie des hommes, la jalousie des femmes et finalement tout ce qu’elle gagnera ce sera la haine d’une patrie. Alors qu’on se presse à venir la voir à ses spectacles, peu de ses anciens amants se sont empressés de venir à son procès témoigner en sa faveur. Délaissée, avec un comportement à l’audience qui laisse le champ libre à tous les montages de l’esprit possibles (elle mentira, se contredira parfois…), elle finira condamnée et non graciée. Alors qu’elle ne croyait plus/pas à l’amour, elle aura été amoureuse, véritablement amoureuse, d’un officier russe dont elle s’est occupée avec affection et pour lequel elle s’est d’ailleurs mise en péril. Mais il ne daignera pas venir à la barre la soutenir. Mata Hari devient un symbole, il faut des coupables à toute cette liesse populaire pour dissimuler l’enlisement d’une guerre qui fauche les enfants, les frères, les maris, les pères. Seuls les nantis s’en sortent et ils donnent en pâture des « soi-disant » espions pour calmer l’ardeur de « l’arrière ».

   On peut trouver la femme quelque peu désagréable par certains aspects, mais on ne peut qu’admirer le courage dont elle a tout de même fait preuve tout au long de sa vie pour vivre comme elle l’entendait. Symbole d’une liberté que les hommes de l’époque refusent catégoriquement d’offrir aux femmes, elle brave une société patriarcale pour vivre libre. Alors même que les hommes se seront bousculés à la porte de sa chambre, voilà que les mêmes vont déplorer ses mœurs légères. Tiens donc, voilà que l’hypocrisie pointe sous les masques.

   Le livre est prenant, il nous embarque dans la vie de cette femme qui m’a impressionnée par son audace et sa force. Elle est sûre d’elle et jusqu’au bout elle est convaincue qu’on va l’aider, que ses amis haut placés vont intervenir en sa faveur. Ce contraste entre ce qu’elle espère et ce qui va se produire est d’autant plus marquant pour le lecteur. Le livre se termine par une lettre de son avocat, un ancien amant à elle qui aura eu à cœur de la défendre mais qui ne sera pas parvenu à la sauver. C’est touchant et cela clôt l’histoire avec une touche d’amour et de tendresse qui aura finalement était la seule chose qui aura vraiment fait défaut à Mata Hari : l’amour sincère d’un homme.

Bonne lecture !

Maêlle

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4 réflexions sur “L’espionne de Paulo Coelho

  1. Linetje 10 janvier 2018 / 9 h 58 min

    J’ai toujours été fascinee par ce personnage et en même temps très frustrée de ne pas connaître la vérité sur ce qu’elle était. Un peu comme les Romanoff au final…

    • Maêlle 13 janvier 2018 / 12 h 43 min

      C’est ça, son auréole de mystère apporte un peu de frustration… Mais fait tout le charme de l’individu aussi 😉

  2. Linetje 10 janvier 2018 / 9 h 58 min

    Enfin j’ai trouvé ton article super. On sen que le personnage comme le roman t’ont inspiré

    • Maêlle 13 janvier 2018 / 12 h 43 min

      Merci ma chérie ! Oui, c’est un beau roman très sympa à lire.

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