La mémoire dans les poches de Luc Brunschwig & Etienne Le Roux

   Un beau dessin qui sert un beau scénario… Voilà le mariage réussi en bande-dessinée, celui qui m’enthousiasme et m’emporte. C’est ce que j’ai découvert avec la trilogie La mémoire dans les poches de Luc Brunschwig et de Etienne Le Roux édité chez la maison d’édition de Futuropolis dont le catalogue recèle de belles pépites.

Laurent Letignal œuvre dans son quartier, dans sa banlieue dite populaire pour venir en aide à des étrangers cherchant à apprendre le français, à s’intégrer. C’est ce que sa mère lui a inculqué, l’entraide, la solidarité. Une mère imposante, omniprésente, envahissante face à un père discret et effacé mais fier de son fils. Ce dernier a écrit un livre qui commence à rencontrer un succès de plus en plus grandissant. Soudain, sans prévenir, son père disparaît. Avec un jeune enfant. Pourquoi, pour aller où ? Autant de questions auxquels Laurent va vouloir trouver des réponses.

   Cette trilogie c’est l’écho d’un passé fui dans un présent compliqué. C’est une histoire pleine d’humanité qui parle d’un enfant traumatisé et d’un adulte qui s’est construit avec une part de lui-même amputé. Finalement, la petite histoire de cet homme va nous plonger dans la grande Histoire, celle qui s’est déroulée durant la seconde guerre mondiale. Mélange des époques qui se rappellent l’une à l’autre et dans laquelle on découvre de troublantes similitudes.

   Nous suivons tout d’abord le parcours de Sidoine Letignal. Sidoine a tellement peur d’oublier quelque chose qu’il note tout ce qui lui semble important sur des bouts de papier qu’il conserve dans ses poches. Sidoine note même sa propre date de naissance… Mais du coup, il est une anthologie des moments marquants de sa vie et de celle de sa famille. Dans ses bras, un tout jeune enfant qui pleure. De pharmacie en bar, on le voit errer sans savoir où il va, ni ce qu’il cherche. Grâce à des retours en arrière nous découvrons qu’il vit dans une banlieue parisienne avec sa femme Rosalie et leur fils Laurent. Petit à petit, nous découvrons ce passé – récent – qui la conduit jusqu’à ce moment, jusqu’à cet enfant. Il faut apprendre à faire connaissance avec Sidoine…

   En arrière-plan de cette histoire qui est avant tout une histoire de famille, de liens familiaux, tout au long de ces 3 tomes, il y a le racisme. Celui de tous les jours auquel est confronté Laurent au sein de sa banlieue et qu’il tente de vaincre en offrant de son temps et de sa passion sincère pour les autres. J’ai trouvé Laurent très touchant et me suis beaucoup attachée à lui, ce qui tombe bien car petit à petit l’histoire va se recentrer sur lui plutôt que son père. Après la fuite de Sidoine, nous continuons avec la recherche de Laurent.

   A ces parcours qui s’écartent, qui s’égarent, les liens familiaux s’étirent jusqu’à la rupture. Ça éclate, la vérité éclabousse l’innocence de Laurent, celle que nourrisse tous les enfants vis à vis de leurs parents. Alors qu’on le pense adulte, il va grandir encore, gagner en maturité et surtout partir dans une belle aventure : celle qui consiste à partir à la rencontre de son père. Ce père qu’il aime, qu’il admire, qu’il respecte, que sa mère a tendance à occulter. En raison de cette discrétion, Laurent chérit les souvenirs qu’il a avec de lui. Pourtant il va être confronter à un voile de mensonge opaque… Mais Laurent recèle une volonté farouche de déchirer ce voile et de savoir ce qui se passe derrière.

   Derrière, c’est son père qui va surgir. Dans la nudité crue de la vérité quant à son histoire. Qui est vraiment Sidoine Letignal ? Quel est son véritable passé ? Autant de questions auxquelles Laurent va tenter de trouver des réponses. Il va d’ailleurs y mettre les moyens et ce à partir du tome 2 qui se déroule 3 ans après le premier. L’épilogue de cette histoire arrive avec le bruit de la guerre et la folie nazie dans le tome 3. L’ensemble est cohérent, bien écrit, bien mené.

   Je me suis plongée avec beaucoup de plaisir dans cette histoire familiale dense et riche en émotion. Luc Brunschwig déroule parfaitement son histoire, sans nous égarer parmi les rebondissements. J’ai trouvé qu’il y avait une forme de courage dans l’acte de son père, au moins autant que dans la décision de Laurent de retrouver celui-ci. Cette histoire est servie par les sublimes dessins de Etienne Le Roux. Beaucoup de rondeur dans les personnages comme pour souligner leur douceur et leur humanité. Les couleurs, très sobres, très douces concourent à cette chaleur humaine que l’on ressent à travers les pages. Les teintes varient assez peu quand il s’agit de souvenirs, soulignant avec un côté sépia, l’ancienneté de ce qui va nous être conté. Mais ne cherchez pas trop de couleurs vives, les planches en recèlent peu. Etienne Le Roux préfère rester dans la même palette de couleurs, ne les variant qu’en fonction de l’instant qui est dessiné. Le tout donne des dessins et des couleurs bien assorties à l’histoire.

   C’est donc une très belle découverte que je vous invite à faire également. Mo’ a été emballée par le tome 1 et a apprécié le tome 2 (mais n’a pas encore lu le tome 3 !)

Bonne lecture !

Maêlle

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6 réflexions sur “La mémoire dans les poches de Luc Brunschwig & Etienne Le Roux

  1. Mo' 24 janvier 2018 / 20 h 42 min

    Et le tome 3 m’attend toujours. Il est dans ma PAL. Avant de le lire, je vais relire les deux premiers tomes pour me remettre tous les petits détails en tête.
    Merci pour le partage 🙂

    • Maêlle 24 janvier 2018 / 20 h 47 min

      Du coup, j’ai pu enchainer les 3 tomes donc c’était plus simple mais vu que ta chronique du tome 2 date un peu ça peut être plus sympa de tous les relire ! J’irai lire ce que tu as pensé du tome 3 dès que tu l’auras lu 😉 Bonne lecture et avec plaisir pour le partage, c’est normal je lis souvent tes chroniques qui m’inspirent (au détriment de ma PAL !!! 😂) Je lis Le pouvoir des innocents et j’ai vu que tu en parlais aussi, je vais aller voir… Bonne lecture !

      • Mo' 24 janvier 2018 / 20 h 57 min

        Ah ces PAL… ^^ Quand la mienne est trop grosse je me dis que je n’aurais jamais le temps de tout lire et dès que j’en ai extrait trois ou quatre titres… je m’inquiète de cet espace libre et je m’arrange pour le combler 😛
        « Le Pouvoirs des Innocents » est une série qui m’a marqué ! J’ai lâché dans les spins-off en revanche (je les ai commencé mais les ai tous arrêtés au bout de deux ou trois tomes ; ils sont bons mais je ne sais pas gérer l’attente entre chaque sortie alors… j’oublie…)

      • Maêlle 26 janvier 2018 / 18 h 41 min

        La mienne se réduit en ce moment, je commence à taper dedans mais surtout en version numérique donc je ne vois pas le vide qui se créée !!! 😀 Mais je comprends ton sentiment, nous avons tous une relation particulière avec nos PAL…
        Oui j’ai vu qu’il y avait plein de « suites » et je ne sais pas où ils en sont mais je te dirai à l’occasion si certaines sont terminées ça t’épargnera l’attente 😉

  2. Livre O'Vert 🌿 (@LivreOvert) 27 février 2018 / 19 h 26 min

    Ces bandes dessinées sont à la médiathèque où je travail, ce serait vraiment l’occasion que je la découvre ! C’est plaisant de découvrir des chroniques pour des livres que j’ai autour de moi, mais que je ne prend pas le temps de lire. 🙂

    • Maêlle 28 février 2018 / 14 h 49 min

      Oh oui fonce les découvrir !! C’est une très belle découverte 🙂 Et j’irai lire ce que tu en penses 😉

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