Brigade des mineurs de Raynal Pellicer et Titwane

   Mis en avant par les bibliothécaires de la médiathèque où je vais régulièrement flâner, je ne connaissais absolument pas le travail de Raynal Pellicer et Titwane. Je dois donc cette très très belle découverte à ces hommes et femmes qui ont décidé de mettre ce beau livre sur un présentoir.

   J’ai tout d’abord été interpellée par le titre, la brigade de protection des mineurs étant une institution aussi emblématique que la BRB (brigade de répression du banditisme) ou l’ancien « 36 » (pour le 36 Quai des orfèvres, siège de la police judiciaire parisienne). Même quand on a jamais travaillé à Paris, on connaît de nom, de réputation, la brigade de protection des mineurs qui tend à devenir, dans le jargon quotidien, la brigade des mineurs. En effet, si une grande partie de son activité consiste à protéger des mineurs, il ne faut pas oublier qu’elle officie aussi parfois à l’égard de mineurs auteurs. Ce livre est un documentaire ancré dans le réel, dans le quotidien de cette brigade. Les dessins de Titwane m’ont laissé pantoise : des photos n’auraient pas mieux illustré les propos tenus et transcrits par Raynal Pellicer. C’est un beau livre pour lequel je vais essayer de vous faire une belle chronique.

   Le duo aux manettes de l’ouvrage commence par nous expliquer ce qui ressort de la compétence de la brigade des mineurs. C’est relativement simple : dès lors qu’il y a une victime mineure, elle est compétente. Parfois quand mineurs et majeurs sont mêlés, la brigade est saisie pour venir prendre en charge le ou la mineur.e. Cela recouvre un large panel de faits même si reviennent de façon récurrente les mêmes : la prostitution qui est un fléau, les violences sexuelles, mais aussi les violences physiques, la pédopornographie… La brigade des mineurs possède une vraie spécialisation, une vraie compétence reconnue par les autres services. Parmi tous les services de police désœuvrés, la bridage des mineurs fait office presque d’exception : elle a quasiment les moyens de fonctionner correctement. Illustre cette idée la remarque d’un des membres de la brigade qui dira à ses anciens collègues qu’il a des trombones ici… Pour une fois, les enfants ne sont pas oubliés par l’administration.

   On sent qu’une véritable passion anime les différents membres de l’équipe. Si la victime est mineure, il ne faut pas oublier qu’ils se retrouvent le plus souvent confrontés à des auteurs majeurs. Derrière le dévouement, il y a le professionnalisme dont fait preuve chacun pour mener à bien les enquêtes qui leur incombent.

   La brigade est divisée en groupe opérationnel en charge des affaires hors milieu familial, réparti selon des secteurs géographiques et en groupe d’enquête en charge des affaires intrafamiliales. Mais tout le monde tourne sur la permanence. C’est ensuite que les dossiers sont distribués. Il est à noter une chose que beaucoup doivent ignorer : la brigade des mineurs est opérationnelle 24 heures sur 24. Et ceux sont les policiers qui la compose qui assurent cette permanence. Leur compétence, leur avis peut donc être toujours sollicité, à tout moment. Je trouve cela  important de savoir que les mineurs victimes seront toujours pris en charge par le service le plus expérimenté.

   Bien sûr, nous parlons là d’un service propre à Paris qui dispose d’une organisation particulière en raison, notamment, de la masse des affaires signalées… Et des problématiques particulières à la capitale. Nous découvrons, avec un certain effarement disons-le, le fléau de la prostitution de jeunes filles, le plus souvent mineures, sous la mainmise dans la majeure partie des cas, de femmes plus expérimentées ayant souvent subies la même chose qu’elles à leur arrivée en France. Elles peuvent faire preuve d’une telle cruauté à l’égard de ces jeunes filles naïves. Naïves mais aussi pétries des traditions de leur pays et des menaces brandies là-bas. La violence est autant physique que psychologique. Mais la brigade maintient sa pression et continue d’agir sur ces réseaux pour espérer endiguer ce flux continu de maltraitance. Jouant du fait qu’elle n’est pas la brigade des mœurs, dans le domaine de la prostitution, la brigade des mineurs obtient parfois des informations d’autres prostituées. C’est tout un monde que l’on découvre à travers le récit qui nous en font et les dessins qui les illustrent.

   L’ouvrage est divisé en plusieurs enquêtes, racontées du début à la fin avec une précision incroyable. Présents sur tous les fronts, notre duo est présent à 5 heures du matin pour partir avec un groupe sur les lieux d’une perquisition. L’attente, le rôle de chacun, la façon dont l’enquête est menée, j’ai suivi tout cela avec fascination et un grand intérêt. Certains chapitres nous emmènent à la découverte d’un service, notamment celui, très intéressant, qui lutte contre la pédophilie et la pédopornographie qui sévit sur le net. Sans nous dévoiler toutes leurs techniques, les policiers expliquent avec clarté et précision leur façon de faire. Parfois ils n’hésitent pas à confier leur sentiment sur une affaire en particulier. Cette humanité nous rappelle que quiconque peut un jour se retrouver dans ce genre d’affaire.

   J’ai été époustouflée par la qualité des dessins de Titwane. Je ne saurai dire davantage que cette impression de me sentir dans les locaux de la brigade à chaque page. Je vous laisse admirer quelques uns de ces dessins. Il est certain que je vais aller à la découverte d’autres ouvrages illustrés par ce dessinateur.

   Loin des clichés que l’on peut avoir, Raynal Pellicer et Titwane nous livre le portrait sans concession d’une brigade où le quotidien est difficile parce que ça touche justement des enfants et que souvent cela exacerbe le ressenti. Le duo n’en est pas à son coup d’essai puisqu’ils ont déjà fait Brigade criminelle, Enquêtes générales… Plein de très belles et instructives lectures en perspective ! Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir les coulisses de cette administration mal connue qu’est celle de la police (et de la justice d’ailleurs), ces ouvrages sont une incroyable source d’informations que je vous invite à découvrir.

Bonne lecture !

Maêlle

Lecture que je soumets dans le cadre du Défi lecture 2018, catégorie 70 – Un livre qui ne va dans aucune autre catégorie.

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2 réflexions sur “Brigade des mineurs de Raynal Pellicer et Titwane

  1. Livre O'Vert 🌿 (@LivreOvert) 27 février 2018 / 19 h 30 min

    Ce livre semble magnifique et pour le moins étonnant. Par ce qu’il raconte et par ses illustrations ! Un joli livre pour s’instruire et mettre en avant certains aspects du métier, d’après ce que je vois 🙂

    • Maêlle 28 février 2018 / 14 h 48 min

      Complètement ! C’est une vraie découverte, on part à la rencontre de ces policiers et on découvre l’envers du décor… Une manière de s’informer et de comprendre des services souvent mal compris et/ou décriés…

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