Notre-Dame aux Écailles de Mélanie Fazi

   J’ai découvert Mélanie Fazi depuis maintenant quelques temps, d’abord dans une anthologie (69 – Anthologie SFQ), puis dans sa traduction Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle. J’avais poursuivi avec son roman Arlis des forains qui m’avait moins enthousiasmé. Mais comme certain(e)s auteur(s), autrice(s), il m’a été dit qu’elle était meilleure novelliste que romancière. Alors, c’est tout naturellement que je me suis tournée vers son recueil de nouvelles Notre-Dame aux Écailles. Je dois dire qu’en effet, sa plume se révèle plus juste, plus pertinente dans ces courts récits d’intensité variable. Au nombre de 12, elle dépeint à chaque fois un nouvel univers, des personnages différents et une intrigue propre. Elle parvient pour chacune de nos lectures à nous immerger immédiatement dans ce petit monde qu’elle esquisse en quelques pages. Je suis un peu admirative de cette capacité que détiennent certaines plumes à nous emmener voguer dans les eaux de leur monde en à peine quelques mots…

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   Avec le recul – j’ai lu ce recueil il y a maintenant plusieurs mois – je réalise que toutes les nouvelles ne m’ont pas autant marqué et seules certaines me sont restées bien en mémoire. Pour les autres, il a fallu que je pioche dans des articles pour me remettre en tête un mot, une idée et de là elles me sont revenues en mémoire. C’est ainsi que je peux dire, que certaines m’ont vraiment transporté et marqué, quand d’autres m’ont paru moins attrayantes.

   Mélanie Fazi reste fidèle à un style qui lui est propre et qu’elle maîtrise très bien. À travers ces courts récits, elle nous dépeint des angoisses qui nous habitent tous plus ou moins, elle les extériorise à sa façon. Ainsi, de simples objets du quotidien se mettent à receler une puissance inconnue jusqu’alors. En offrant à ceux-là un peu de vie, un peu d’âme, nos personnages vont tantôt s’en trouver renforcés, nourris, tantôt délestés d’une partie d’eux-mêmes.

   La Cité travestie, nous emmène à Venise et m’a laissé un peu perplexe… Ville de soupirs au sens propre, on y suit un jeune homme amoureux sans le sou, qui vit avec sa compagne jusqu’au jour où… Je n’ai pas trop accroché à ce récit très sombre. Aussi sombre, mais beaucoup plus humide, fut la nouvelle Noces d’écume. Une femme va tout faire pour sauver son mari, pris malgré lui dans un lien indéfectible avec la mer. Une vision revisitée de la sirène, de cet appel du large qui m’a interpellé et mis parfois un peu mal à l’aise. Question malaise, la nouvelle Le Nœud cajun atteint un certain niveau… Dans la chaleur très sèche d’un été rude, un enfant manque à l’appel à l’école alors que les parents veillent à son éducation. Voilà qu’il en va de même de sa sœur. Que se trame-t-il ? Quand un des hommes du village va voir, voilà qu’il trouve le père, un homme bien sous tout rapports, connu de tous, qui attend assis sur les marches de sa maison, un fusil à la main. Son air hagard, ses vêtements sales intriguent. Ce n’est rien à côté de la réalité de ce qui se passe derrière la porte d’entrée fermée… La douleur qui émane de cet homme transcende tout le récit et nous laisse un peu chancelant.

   Un peu moins sombre, mais toujours teintée d’étrangeté, En forme de dragon est une nouvelle déconcertante à côté de laquelle j’ai du passer. Le lien entre l’enfant et la musique, entre le père et l’enfant est intéressante mais je n’ai pas vu ou compris la finalité de cette histoire qui m’a laissé sur ma fin… A l’inverse de Notre-Dame aux Ecailles, la nouvelle qui donne son titre au recueil est pleine d’une forme de douceur. Elle parle du cancer et de la façon dont notre héroïne parvient à trouver de la force dans une statue pour se battre contre ce qui la ronge de l’intérieur. Une nouvelle forte et intense, pleine d’émotions qui m’a touché.

   Nous passons de l’ombre, de la nuit, à la lumière avec la nouvelle Mardi-Gras, qui est une explosion de couleurs ! Nous suivons la fête du mardi gras dans une Nouvelle Orléans tout juste dévastée par l’ouragan Katrina. Fantômes et croyances populaires se mêlent à la tristesse, au deuil mais aussi à la joie de vivre, à l’envie d’en découdre face à la nature dévastatrice. Si on se sent plein de moiteur dans la chaleur de cette ville, la musique omniprésente, les colliers de couleurs envahissent nos sens. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé… Tout comme la nouvelle Villa Rosalie. Quelle merveilleuse idée que cette maison faite des habitant(e)s qui y ont vécu. Littéralement nourrie par celles et ceux qui se sont succédé(e)s, la villa choisit ses habitantes et est douée de vie. C’est ce que notre personnage principal va découvrir. C’est une histoire qui parle du lien qui peut nous attacher entre un lieu et nous-même. Cette histoire m’a parlé et a fait écho en moi.

   La nouvelle intitulée La danse au bord du fleuve est très intense et belle, l’idée d’un fleuve amant est parfaitement exploitée par Mélanie Fazi. C’est une nouvelle empreinte de sensualité et de fougue. L’histoire d’une femme qui donne sa confiance à une autre et découvre une histoire d’amour, de sexe aussi incroyable que dérangeante. De l’eau, on passe au feu du soleil ardent d’Afrique où un lion vient se coucher devant la terrasse d’une maison, regardant une jeune femme avec attention. Il attend quelque chose d’elle… A moins que ça ne soit elle qui attend quelque chose de lui et ignore quoi ? Tout est possible. Ce face à face ne prendra fin qu’une fois que le lion aura ce qu’il veut. Il y a quelque chose d’initiatique dans cette façon qu’ils ont de se jauger et de se mesurer l’un à l’autre.

   La dernière nouvelle, Fantômes d’épingles se situe un peu à part. Elle n’est pas glauque mais il se dégage quelque chose de compliqué, d’ambiguë dans cette relation entre une jeune femme et sa poupée. Il y a une prise de conscience. La poupée tant chérie, devenue l’exutoire nécessaire, indispensable, à la survie de sa propriétaire, devient redoutée et redoutable. C’est une lutte avec elle-même qu’elle doit mener. L’histoire est finalement assez violente dans ce qu’elle décrit, dans ce que la jeune femme vit. Mais la richesse de celle-ci est dans le dénouement que l’on redoute autant qu’on espère.

   Comme vous pouvez le constater, ce fut douze expériences de lecture très différentes. Le point commun entre toutes fut la qualité indéniable de l’écriture de Mélanie Fazi. Son univers fantaisiste et étrange est empreint d’une grande richesse. Alors si vous ne connaissez pas, je vous invite à découvrir l’écriture de cette autrice.

Bonne lecture !

Maêlle

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