Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé

   J’ai entendu parler de cette bande-dessinée chez Mô du Bar à BD mais c’est la chronique de son acolyte du blog du petit carré jaune qui a emporté ma conviction de lire celle-ci. En effet, étant enceinte à cette époque, j’appréhendais quelque peu cette lecture… Mais ce fut une sacrée découverte. Le dessin relativement simple et sans chichis, avec une mise en couleur sobre sert un témoignage poignant qui m’a bouleversé.

Fabien Toulmé raconte sa propre histoire. Celle d’un futur papa qui craint que son deuxième enfant soit atteinte de trisomie 21 et qui va voir sa crainte devenir réalité.

   L’auteur-dessinateur se dévoile sans honte, avec pudeur et avec une franchise et une transparence qui nous vont droit au cœur. Il nous livre ses sentiments sans faux-semblant et on se retrouve dans cette humanité débordante de vérité qui nous heurte et nous bouscule. 

   Pour une raison qui semble échapper tant à Fabien Toulmé qu’à nous-mêmes, celui-ci, alors que sa femme est enceinte de leur second enfant, redoute que celui-ci naisse porteur de la trisomie 21. Et quand je dis redoute, il faut entendre par-là qu’il en fait des cauchemars, que ça l’angoisse véritablement. C’est une hantise. Sans doute parce que ce handicap, si visible, il en riait quand il était enfant. Parce qu’il s’est moqué un jour d’un « mongol ». Comment ne pas vouloir que son enfant subisse ce sort ? Alors évidemment il attend l’échographie dite morphologique du 5ème mois avec une impatience difficilement contenue : « Tout va bien, rien à signaler. » Ce résultat semble le libérer et lui permettre de s’autoriser à être heureux de la future venue du bébé. Sa femme, inquiète comme toute maman de ce que son bébé présente un souci de santé majeur, est beaucoup plus sereine que lui. La fin de la grossesse se déroule sans difficultés mais à la naissance de Julia, Fabien Toulmé a un choc. Et nous aussi.

   Parce qu’avant la naissance de Julia, l’auteur-dessinateur s’étonne de ce qu’il y ait encore des enfants trisomiques avec les progrès de la science. Comme si la science était infaillible… Il ira même jusqu’à dire qu’il ne trouve pas les enfants trisomiques franchement beaux. Et voilà que sa fille présente une face un peu plate, un nez drôlement court, des yeux légèrement bridés, un cou un peu large… Fabien Toulmé ne parvient pas à la prendre dans ses bras, ni à ressentir de l’amour pour cet enfant. Il est sous le choc et le diagnostic tombera peu de temps après : sa cadette est trisomique.

   Alors s’ensuit une longue histoire, celle d’une rencontre entre un père et sa fille. Toute la bande-dessinée raconte le long cheminement de Fabien Toulmé et le parcours du combattant qu’ils vont emprunter avec sa femme pour assurer à Julia les soins dont elle a besoin par ailleurs. Sur ce chemin, ils vont faire des rencontres qui vont les aider dans leur relation avec leur fille. Je garde un souvenir assez ému de ce médecin qui leur dira que Julia est une enfant qui a les mêmes besoins que les autres. Elle a besoin d’amour, d’attention. Mais pour cela il faut aider parfois les parents à accepter cet enfant différent.

   A chaque chapitre une couleur, à chaque couleur une étape dans l’évolution de Fabien Toulmé. Petit à petit, Julia prend sa place dans cette famille. Louise sa sœur aînée ne fait aucune différence entre Julia et une autre petite fille. C’est sa sœur et elle ne se pose aucune question. C’est encore une enfant, sa naïveté, sa candeur est touchante et vous percute en plein cœur. Louise n’est pas encore pétrie des préjugés qui génèrent les moqueries. Elle se réjouit de tous les progrès de sa petite sœur et se fiche bien qu’elle parvienne à marcher plus tard que les autres. Elle est emplie d’un amour sans limite pour Julia.

   Quand vous arrivez sur ces cases, à ce moment où Fabien Toulmé réalise que ça y est, Julia est son enfant ; qu’il l’aime et qu’il a peur pour elle. C’est les yeux embués de larmes que j’ai lu ces phrases tant elles semblent être l’aboutissement de tout cette histoire. C’est cette honnêteté qui vous donne le sentiment d’être en symbiose avec l’auteur. Il est comme vous et moi. 

   Lorsque j’ai refermé cette bande-dessinée, il m’a fallu quelques minutes pour me ressaisir. On comprend que le chemin n’est pas terminé mais qu’il sera différent à accomplir maintenant que Fabien se sent pleinement le papa de Julia. Et cela nous apporte une incroyable sérénité à nous lecteurs.

   Cela va sans dire que je vous conseille cette lecture…

Bonne lecture,

Maêlle

 

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