La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

   Il était une fois… Once upon a time…

   Combien de contes ont bercé votre enfance ? Grimm, Perrault et compagnie sont autant de noms connus qu’appréciés, même si pour beaucoup, nous connaissons davantage la version édulcorée de Walt Disney. Qu’importe, et si le style revenait à la mode ? Et si, nous nous mettions, à nouveau, à croire en ces histoires qui finissent bien malgré la cruauté des épreuves infligées aux protagonistes ? C’est le pari de Jean-Claude Grumberg pour son livre-conte La plus précieuse des marchandises. Et ça fonctionne…

   Il était une fois une pauvre bûcheronne qui récupéra une petite marchandise tombée du train qui passait dans son bois. Avec le pauvre bûcheron, ils vont lui donner tout ce qu’ils ont : pas grand-chose à manger mais énormément d’amour.

   J’ai découvert l’auteur suite à son passage dans la matinale de France Inter le 21 janvier 2019 dont vous pouvez entendre le podcast ici. Né en 1939, Jean-Claude Grumberg est issu de parents juifs dont le père est décédé en déportation. A 3 ans, il a vu son père partir pour les camps de la mort. Alors évidemment cela marque et on comprend aisément qu’il ne parvienne pas à écrire des « bluettes ». Son histoire personnelle transparaît dans son livre. Malgré l’horreur de ce qu’il a vécu, Jean-Claude Grumberg nous parle d’amour. Et d’un amour en particulier, celui qui transcende tout : l’amour maternel, paternel, parental. L’amour sacrificiel que l’on éprouve pour ces enfants qui se lient à nous.

   Peu importe que vous soyez le parent « biologique ». Il n’y a pas besoin de biologie dans cet amour. Il naît, il croit ou pas. Tout dépend de la femme, de l’homme, de l’enfant. C’est d’ailleurs pour cela que les protagonistes de l’histoire ne portent aucun prénom. Nous sommes eux, ils sont un peu nous. Et quand cet amour existe, il permet tout. Même de survivre à une guerre horrible alors que l’on est jeté d’un train dans la neige par un père désespéré.

   L’histoire est crue, dure, faite de souffrances qui nous heurtent. Nous pleurons le choix – terrible – de ce père. Nous souffrons avec la pauvre bûcheronne d’entendre cet enfant hurler de faim. Mais derrière tout cela, il y a d’autres sentiments qui pointent le bout de leur nez. D’abord, l’amour de cette bûcheronne pour ce petit paquet. Immédiatement, intensément, elle l’aime et il n’existe plus que cet enfant qui lui fait soulever des montagnes. Si elle peut endurer la famine, la privation, elle ne peut supporter voir son enfant tombé du train souffrir des mêmes maux. Elle n’est plus une simple bûcheronne, elle est devenue une mère. Et ce statut transcende la femme. Mais aussi son homme, le pauvre bûcheron, qui se laisse atteindre par ce nouveau sentiment à l’égard de ce petit paquet. Ensuite, il y a le sentiment du survivant – qui n’est sans doute pas sans lien avec ce que Jean-Claude Grumberg dit lors de son interview. Ce père qui a fait un choix horrible dont il ignore les conséquences, se retrouve seul dans ce camp où la mort règne en maîtresse. Qu’est-ce qui peut donner envie de survivre, de tenir bon dans cet enfer ? L’espoir. L’infime espoir que son geste désespéré ait été bénéfique. Ce même espoir étouffé par ce sentiment d’avoir survécu sans raison. Pourquoi moi et pas les autres ? Ou pourquoi les autres et pas moi ? Ce doit être terrible à ressentir, nous effleurons la sensation en lisant ce conte.

   J’ai eu le ventre noué, les yeux embués de larmes face au flot tumultueux des sentiments charrié par ce conte. C’est bref mais prenant. C’est intense et percutant. C’est un conte alors l’histoire finit presque bien. En tout cas, nous terminons notre lecture illuminé par un sourire flamboyant et une forme d’apaisement pour ce pauvre père et c’est ce que nous pouvons espérer de mieux…

Belle lecture,

Maêlle

Lecture partagée dans le cadre du Défi lecture 2019 – catégorie 20 – Un livre ayant une couverture sans image

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