Mon ombre assassine de Estelle Tharreau

   Les éditions Taurnada m’ont proposé la lecture de plusieurs romans policiers, à commencer par Mon ombre assassine de Estelle Tharreau. Je me suis plongée dans ce roman avec confiance, ayant déjà lu deux livres de l’autrice qui m’avaient laissé tous deux un souvenir de lecture très agréable. Néanmoins, je n’ai pas ressenti avec cette lecture le même enthousiasme que précédemment.

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

   Le choix de l’autrice de nous dévoiler dès le début la nature profonde de Nadège Solignac a quelque peu gâché mon plaisir. En effet, j’ai trouvé difficile d’entrer dans l’histoire en ayant absolument aucune empathie pour la personnage principale. Je ne me suis pas attachée à elle, je n’ai pas réussi à nouer véritablement un lien avec elle. Au contraire, le fort sentiment de répulsion éprouvé à son égard m’a presque envie de poser le livre dès le début. Si c’est une vraie réussite pour l’autrice en terme de capacité à transposer des sentiments à l’égard de ses personnages, c’est aussi – dans mon cas – un risque quand cela est aussi violent et précoce.

   Toute la narration est effectuée du point de vue de Nadège Solignac sauf quelques incartades, à savoir des PV d’auditions de différents protagonistes et des coupures de journaux. Le montage de l’histoire est donc très intéressant puisque nous découvrons toute l’histoire à travers la principale concernée. Néanmoins, cela limite aussi l’impact sur la lectrice que je suis. En effet, elle se dévoile entièrement et immédiatement. Il n’y a aucun doute quant à ce qu’elle a commis, aucune tentative de compréhension. Juste un monologue froid et empli de cruauté d’une femme abjecte.

   Je m’attendais – et c’est ce qui fait peut-être aussi que je fus moins touchée par cette lecture – à ressentir un certain doute quant à sa culpabilité, une hésitation. Finalement, l’autrice nous instille un autre doute, celui de savoir si elle sera bien poursuivie pour ce qu’elle a commis ou si elle va passer à travers les mailles du filet. Cela met un peu de temps à se mettre en place, il faut bien lire la moitié du roman avant de comprendre le ressort mis en œuvre par Estelle Tharreau et donc commencer à ressentir le « piment » de l’histoire. Et c’est peut-être ce délai qui a rendu ma lecture un peu laborieuse au début.

   La plume fluide et agréable de l’autrice m’a néanmoins permis de finir l’histoire facilement, d’autant qu’une fois que nous avons compris ce qu’elle cherche à instiller en nous, on se prend un peu plus au jeu et on a envie de savoir. D’ailleurs on se met à espérer de la réussite des enquêteurs, tant et si bien que le livre devient un véritable page-turner. D’un début laborieux, on dénoue petit à petit une intrigue qui rend la lecture nettement plus agréable.

   L’autrice nous décrit une personne lambda, une femme ordinaire, admirée, appréciée qui se révèle être une véritable psychopathe. En cela, elle nous montre bien que ce qui peut pousser une personne à tuer, ne l’empêche pas nécessairement de se mêler aux autres. Alors que nous pouvons avoir parfois une image fantasmée du tueur ou de la tueuse, ici l’autrice choisit une femme agréable, très éloignée de tous les stéréotypes que nous détenons en la matière.

    Il y a quelques maladresses concernant la machine judiciaire (le juge d’instruction qui s’exprime à la presse m’a hérissé quelques poils) mais globalement c’est plutôt respectueux du système judiciaire français, ce qui est un point positif à mes yeux. Je sais bien que nous sommes dans un roman, mais il ne coûte rien de chercher à être le plus vraisemblable possible quand on l’intègre dans une société existante.

   En somme, c’est un roman de bonne qualité mais qui n’a pas su me convaincre pleinement. J’ai le sentiment d’être passer un peu à côté ou d’avoir eu des attentes non conformes par rapport au livre. Je vous invite malgré tout à découvrir la plume d’Estelle Tharreau qui est un vrai plaisir à lire avec ce roman ou un des autres, De la terre dans la bouche ou L’impasse.

Bonne lecture !

Maêlle

Lecture partagée dans le cadre du Défi Lecture 2019 – Catégorie 69 – Un titre qui tient en 3 mots

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