Interférences de Connie Willis

   Je suis tombée dedans. J’ai été happée, emportée, j’étais ailleurs. Je ne pouvais plus le lâcher, je vivais au rythme des aventures de C. B. Schwartz et de Briddey. Je voulais le terminer, savoir la fin et pourtant je ralentissais mon rythme redoutant de parvenir à l’ultime chapitre… Quand je l’ai terminé, ma première réflexion a été : il aurait pu faire 200 pages de plus. J’ai appris ensuite qu’il faisait pourtant déjà plus de 600 pages ! Ce fut éprouvant, intense. Une véritable aventure littéraire qui m’a transportée.

   Pourtant rien ne prédestinait ce livre à devenir un de mes coups de cœur. Je m’attendais à une romance avec un peu de science-fiction mais sans trop d’exigence. J’ai lu un roman haletant, au rythme soutenu et à l’intrigue maîtrisée. Bref, il faut que je vous en parle et en même temps je ne sais pas comment commencer cette chronique…

Dans un futur pas si lointain, une intervention chirurgicale a été mise au point pour améliorer l’empathie dans le couple. Tous les amoureux en rêvent. Briddey se réjouit quand Trent, son petit ami, lui propose cette opération avant leurs fiançailles : leur lien émotionnel s’en trouvera renforcé et la communication n’aura plus de secrets pour eux. Mais les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévu : Briddey se retrouve connectée à quelqu’un d’autre.

   Ce livre est une critique indirecte de notre société faite avec une certaine dose d’humour, de romance et un véritable suspense. Connie Willis maîtrise à la perfection ses personnages. Nous vivons toute l’histoire à travers Briddey, personnage principal du récit, une femme déterminée, indépendante – enfin autant que possible avec son envahissante famille – qui a réussi sa vie professionnelle et qui est sur le point de réaliser sa vie personnelle. C’est une femme qui vit avec son temps : mails, téléphones vissés à la main ou à l’oreille, réseaux sociaux… Pour montrer l’aspect hyper connecté de la société, l’autrice les rend envahissants. C’est au moins aussi intrusif que la famille de Briddey, ce qui n’est pas peu dire !

   Elle est en permanence sollicitée sur son lieu de travail où la pression hiérarchique passe aussi par ces mails incessants. On ne conçoit pas/plus qu’une personne ne soit pas joignable, ne réponde pas au téléphone ou au mail immédiatement. Chez elle, l’intimité est relative puisque sa famille semble estimer avoir toute latitude pour débarquer chez elle à son insu et, surtout, à l’improviste. Briddey vit donc avec l’espoir d’emménager dans un bel appartement avec Trent, doté d’une porte sécurisée, barrant l’accès à sa famille. Et c’est donc assez paradoxalement qu’elle accepte une opération qui diminue clairement son espace libre. Et alors qu’elle souhaite garder ça aussi confidentiel que possible, l’ensemble de l’entreprise est rapidement au courant. La vitesse de transmission de l’information semble générer chez Briddey une course contre la montre permanente qui nous épuise.

   C’est donc dans ce contexte d’hyper communication, d’hyper connectivité que la vie de Briddey va basculer. A l’issue de l’opération, Briddey va se mettre à entendre une voix… Qui n’est pas celle de Trent. L’intervention ne devait pas la rendre télépathe mais surtout ne devait pas la connecter avec un autre homme que son fiancé. Commence dès lors un incroyable défi pour elle : dissimuler cette capacité télépathique tout en apprenant à la maîtriser. Heureusement pour elle, elle va trouver en son « connecté » un redoutable allié. Et se révéler à elle-même.

   C’est alors que l’autrice tisse une incroyable histoire qui se tient en seulement quelques jours mais à un rythme effréné. Il me reste en mémoire de nombreuses scènes qui m’ont touchées entre nos deux protagonistes. L’autrice dose parfaitement bien les émotions et les sentiments, faisant de Briddey comme de C.B. Schwartz des personnages auxquels on s’attache profondément. Elle nous décrit une société similaire à la notre par bien des aspects mais donc certains sont poussés à l’extrême. Et elle fait l’éloge du jardin secret, de l’intimité, de cet espace dans lequel les autres n’ont pas d’accès ou de droit de regard. Elle rappelle finalement l’importance de cette chose si simple qu’est un endroit où on puisse se retrouver seul avec nous-mêmes.

   Je n’ose en dire davantage de peur de vous révéler des éléments qui vous empêcheraient de pleinement savourer les scènes qui vous seront décrites sous la plume parfaitement fluide et agréable de l’autrice. Mon expérience particulièrement immersive de ce roman a laissé en moi la trace de toutes les émotions que j’ai traversées. Je ne peux que vous inviter à le lire. Et vous souhaiter une aussi agréable lecture que la mienne.

Maêlle

Lecture partagée dans le cadre du Défi lecture 2019 – catégorie 1 – Un livre qui évoque un réseau social

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